Michel Claise, juge d'instruction: "Il faut réfléchir à criminaliser la radicalisation"

Le juge d'instruction Michel Claise était l'invité de Jeudi en Prime
Le juge d'instruction Michel Claise était l'invité de Jeudi en Prime - © RTBF

Invité de Jeudi en Prime, Michel Claise a d'abord été interrogé sur l'actualité de la soirée. Selon l'agence Belga, l'homme le plus recherché d'Europe, Salah Abdeslam, aurait été en contact avec un avocat pénaliste. L'avocat cité, Sven Mary, ne fait aucun commentaire. Rien de plus normal selon Michel Claise. "Il doit se taire dans toutes les langues (...) Le rapport entre client et avocat est bétonné par le secret professionnel et personne n'a le droit de pénétrer cela."

Mais alors comment la presse a-t-elle été informée ? L'avocat aurait-il était mis sur écoute ? Impossible selon le juge d'instruction. "On ne met pas un avocat sur écoute (...) Il est possible qu'une personne sur écoute soit en communication avec son avocat mais alors, immédiatement, le PV qui reprend la conversation est mis de côté." Michel Claise précise qu'un juge d'instruction ne convoquera pas Sven Mary, toujours en raison du secret professionnel.

Qui finance les terroristes ?

L'homme traque la criminalité en col blanc. Et parfois il écrit sur ce qu'il vit, notamment un Essai sur la criminalité financière, paru en novembre 2015. Ce soir dans Jeudi en Prime, il a surtout parlé de financement du terrorisme, répétant combien il est étonné que la lutte contre ce fléau ne soit pas une priorité. "Il y a deux jours, on a publié l'extension du cadre des juges spécialistes du terrorisme mais il n'y a pas de postes spécifiques de juge terroriste financier (...) il faut absolument une cellule spécifique", scande le juge d'instruction. Pour lui, il faut à la fois comprendre comment les terroristes belges et français ont pu se financer et comment, plus globalement, fonctionne le financement de l'organisation terroriste État Islamique. "On peut bombarder les camions de pétrole mais si on se demandait plutôt qui les achète et si on repérait les banques qui permettent cela ?"

Une idée : criminaliser la radicalisation

Moment fort de l'interview, lorsque Michel Claise s'interroge: "Quand on sait que l'Arabie Saoudite et le Qatar font parvenir de l'argent chez nous pour la radicalisation (notamment dans les écoles coraniques), je pense que nous devons réfléchir à l'incrimination de la radicalisation". Criminaliser les propos radicaux? Quand on lui répond que ce serait compliqué à mettre en place et que cela risque de mettre à mal la liberté de pensée, Michel Claise évoque à nouveau ces écoles coraniques ou encore certains cours de morale où émergent des propos radicaux inquiétants. Il ne donne pas plus de détails sur cette criminalisation de la radicalisation mais avance une piste à explorer.

Son histoire personnelle : corruption et agressions

Michel Claise admet que lui-mêle, qui traque la corruption, a déjà été l'objet de tentatives de corruption. "C'est arrivé. Mais tant que les magistrats restent indépendants et payés de manière convenable, comme les policiers d'ailleurs, cela évite tout risque de corruption. Mais il faut un pouvoir qui accepte de maintenir cette indépendance et ce n'est pas facile".

Récemment, la magistrate Karin Gérard a été agressée dans les environs du Palais de Justice de Bruxelles. Les magistrats se font-ils du souci ? Michel Claise dit n'avoir jamais entendu ses collègues exprimer leur peur. "Mais certains magistrats sont sous protection de manière permanente, que ce soit en matière de terrorisme ou de grand banditisme", ajoute-t-il. Lui révèle avoir déjà été agressé personnellement. Sans donner plus de détails.

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