Jean-Marc Nollet: "La Commission européenne est construite sur un rapport de force de lobbys"

Il a fait des centrales nucléaires un de ses principaux dossiers. Depuis des années, Jean-Marc Nollet plaide pour leur fermeture. "Polluantes, vieillissantes, dangereuses", c'est le portrait qu'il dresse des centrales nucléaires belges. Le chef de groupe Ecolo à la Chambre met en garde contre un risque réel.

L'état des centrales nucléaires

Une étude autrichienne révèle que les effets d'un nuage radioactif venu de Tihange seraient désastreux : une grande partie du Limbourg néerlandais serait inhabitable ainsi que 10% de région d'Aix-la-Chapelle en Allemagne. Alors, près de 90 communes des régions frontalières allemande, néerlandaise et luxembourgeoise s'apprêtent à engager une action en justice pour forcer Electrabel et le régulateur AFCN (Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire) à fermer le réacteur nucléaire Tihange 2. "C'est une démarche collective, des communes du Luxembourg, des communes des Pays-Bas, qui s'inquiètent qu'en Belgique, manifestement, l'autorité publique, que ce soit l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire ou le gouvernement, ne prend pas assez au sérieux les risques avec nos centrales nucléaires" déclare Jean-Marc Nollet. "Un nuage radioactif, ça ne rencontre pas de frontière" ajoute-t-il avant de dresser le bilan de santé des sept centrales nucléaires belges: "Il y en a trois qui sont périmées, qui ont atteint leur durée de vie (40 ans). Il y en a deux qui sont fissurées. Il y en a même une qui a été sabotée. Mais manifestement, ça ne préoccupe aucune de nos autorités alors qu'en Allemagne, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Belgique, les gens s'inquiètent".

Pour le chef de groupe Ecolo à la Chambre, il y a un problème dans le dispositif du contrôle nucléaire en Belgique. "Comment peut-on imaginer que le gendarme du nucléaire soit l'ancien patron de la centrale nucléaire de Doel ?" s'interroge Jean-Marc Nollet. Dans son viseur: Jan Bens, l'actuel directeur de l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire. "Il y a un manque d'indépendance" souligne le député fédéral.

Pas assez de pilules d'iode

En cas d'accident nucléaire, des pilules d'iode doivent être distribuées à la population afin de protéger la thyroïde d'éventuelles radiations. Le gouvernement fédéral a déjà annoncé que les pilules seront distribuées dans un rayon de 100 km autour des centrales nucléaires belges et étrangères, et non plus 20 km uniquement. Tout le territoire belge est donc concerné par cette superposition de territoires. Mais, dans la note du ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA), la mesure est ambiguë. Seules des personnes ciblées en recevraient. "Ici aussi, l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire est absente du débat" déplore Jean-Marc Nollet avant de poursuivre: "Ce ne sont pas les pilules d'iode qui vont empêcher l'accident nucléaire. Mais si on peut ingurgiter très rapidement une pilule d'iode, ça diminue le risque. De là l'intérêt de les distribuer. Imaginez un accident. Il faut d'abord aller chercher sa pilule au centre régional, au centre provincial, revenir chez soi, aller chercher les enfants à l'école. Ca n'a aucun sens! La première recommandation est de rester confiner chez soi!"

L'accord intra-belge sur le CETA

Autre dossier lié à l'actualité: le CETA. L'Union européenne et le Canada ont dû attendre l'accord intra-belge avant de pouvoir signer leur accord commercial. De longues journées, et même de longues soirées, de négociations entre le gouvernement fédéral et les gouvernements des Régions ont été nécessaires. Mais à l'arrivée, l'accord intra-belge est loin de plaire à Ecolo qui pointe la précipitation: "Nos parlementaires écologistes ont demandé de pouvoir continuer le travail de qualité qui était mené et cela a été refusé car, à un moment donné, les gouvernements ont dit: "En 24 heures, vous devez accepter!". C'est pas comme cela qu'il faut faire".  

Mais la Wallonie et la Région bruxelloise ont obtenu des garanties : une sauvegarde du système de protection sociale, une clause de retrait du CETA si les importations de produits agricoles canadiens perturbent trop le secteur, des juges européens nommés par les Etats membres. Selon les négociateurs, ces garanties sont importantes et essentielles. Jean-Marc Nollet reconnait ces avancées.

Il y a eu aussi des polémiques avec notamment le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker qui demande à la Belgique de réfléchir à son fonctionnement. Pour Jean-Marc Nollet, "la première institution qui a intérêt à réfléchir à son fonctionnement, c'est la Commission européenne". Le député fédéral ajoute: "Cette Commission n'est plus construite sur des valeurs et sur un projet. Elle est construite sur un rapport de forces de lobbys". 

Jean-Marc Nollet estime que l'Europe n'assume plus sa responsabilité dans le climat: "Alors qu'il n'a jamais fait aussi chaud qu'en 2015, alors que la banquise recule année après année, que fait l'Europe? Elle est absente. Elle n'est plus là. Ce sont les Etats-Unis, la Chine, qui ratifient en premier l'accord de Paris".

La répartition des efforts climatiques

Début octobre, les ministres du Climat de chaque Région et de l'Etat fédéral ont trouvé un accord sur la répartition de l'effort à produire d'ici 2020 dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique ("burden sharing"). Un mécanisme de compensation est prévu en cas de vente d'un surplus des unités de conformité (énergies renouvelables et émissions de gaz à effet de serre) d'une Région à une autre Région en déficit. Mais il a fallu du temps, beaucoup de temps, avant de trouver cet accord.

De plus, l'accord de Paris n'est toujours pas approuvé par les différents parlements que compte la Belgique. "C'est la preuve que ce n'est pas une priorité pour l'ensemble de nos gouvernements" affirme Jean-Marc Nollet. Mais, poursuit-il, "le plus important, c'est de voir des citoyens s'engager et des entreprises faire des changements technologiques".

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