Zakia Khattabi sur la loi IVG : "Il y a un marchandage politique qui se joue singulièrement par des hommes"

Zakia Khattabi sur la loi IVG : "Il y a un marchandage politique qui se joue singulièrement par des hommes"
Zakia Khattabi sur la loi IVG : "Il y a un marchandage politique qui se joue singulièrement par des hommes" - © Tous droits réservés

Loi sur l’IVG, coalition Arizona, gestion belge du covid-19, commission "Vérité et réconciliation" sur la colonisation du Congo : tour d’horizon des actualités du moment avec Zakia Khattabi, invitée sur le plateau de Matin Première ce vendredi.

Une des actualités politiques chaudes du moment était la loi sur la dépénalisation totale de l’IVG, dont le vote a été reporté (pour la quatrième fois) à la rentrée parlementaire, en automne, pour des considérations purement politiques, dans le cadre de la formation du gouvernement fédéral. La méthode d’abus de sollicitations du Conseil d’État a été amplement utilisée par le CD & V, la N-VA et le Vlaams Belang.

Loi IVG : "une malhonnêteté intellectuelle crasse"

"Le ventre des femmes a toujours été une question politique, et sans doute naïvement, j’ai été très surprise qu’on en soit encore là au XXIe siècle." a déclaré la députée fédérale écolo. "Il y a un marchandage politique, qui, au-delà du fond, se joue singulièrement par des hommes. Ce sont tous des présidents de parti qui ont décidé de remettre aux calendes grecques ces discussions. Certains n’ont pas joué le jeu démocratique, car ce jeu voudrait qu’au bout de l’instruction, on arrive à un vote final dont chacun prend acte. Certains, qui sont minoritaires, ont imposé un calendrier et donc leur point de vue, à savoir ne pas avancer sur la question des femmes."

"Nos adversaires sur ce dossier font preuve d’une malhonnêteté intellectuelle crasse. Il y a une majorité pour voter le texte. C’est un dossier sensible, éthique, j’ai un profond respecte les positions individuelles. Il se trouve qu’ici on se retrouve avec deux positions : la première est pour légiférer, permet à chaque femme de faire un choix, d’accéder ou pas à l’avortement. Et l’autre position fait que certaines femmes, dans une situation critique, devraient pouvoir librement, et dans un cadre juridique sûr, pouvoir faire ce choix, et on le leur refuse. Il y a une proposition dans laquelle toutes les femmes se retrouvent, et puis il y en a une où une minorité impose à d’autres de ne pas avoir le choix."

Coalition Arizona, la "coalition des perdants"

Concernant les éternelles négociations autour de la formation d’un gouvernement fédéral, l’ex-coprésidente d’Ecolo montre son impatience : "Quelle que soit la majorité, il est temps qu’on aboutisse. Concernant cette coalition, je l’appelle la coalition des perdants. La Suédoise a perdu, a été très fortement sanctionnée, ils ont quand même perdu 22 sièges. Et ils se mettent d’accord pour constituer le cœur du réacteur et puis inviter à la table les gagnants. Les trois Rois mages qui se sont autoproclamés formateurs ont perdu 13 sièges, et ont décidé de prendre la main : c’est assez particulier. "

Et de rappeler que ce gouvernement se fera avec soit avec la N-VA et sans les Verts, soit avec eux mais sans la N-VA. "S’ils ferment les yeux sur les gagnants, ceux qui sont à la manœuvre ne peuvent pas fermer les yeux sur le signal des électeurs, et faire comme si la crise environnementale n’existait pas. Quoi qu’il en soit, ça doit être la priorité du prochain gouvernement. Et en effet on voit mal la N-VA et les Verts dans un même gouvernement."

"Ce qui m’inquiète, c’est de voir que l’initiative a été prise indépendamment du contexte. Je n’ai rien vu sur les conclusions que l’on tire de la crise sanitaire. C’est assez ironique de voir, à la manœuvre, des partis de droit qui ont dû réinvestir dans l’État et le service public. Je trouve que c’est un clin d’œil de l’Histoire assez savoureux."

La formation d’un gouvernement au détriment d’une gestion de crise sanitaire ?

Des propos tenus alors qu’un rebond dans les cas de covid-19 est actuellement constaté en Belgique : ce vendredi, la moyenne hebdomadaire a augmenté de 30%, et les derniers chiffres quotidiens consolidés sont inquiétants : 216 personnes ont été diagnostiquées positives ce lundi 13 juillet, ce qui laisse penser à certains experts, comme Marc Van Ranst, qu’une seconde vague se profile à l’horizon. Pour Yves Van Laethem, porte-parole du fédéral pour le coronavirus, il faut plutôt parler de vaguelette. La Belgique pourra-t-elle gérer ce rebond ? "Je suis inquiète parce que je n’ai pas le sentiment qu’il y ait un pilote pour gérer la crise sanitaire. J’ai l’impression que l’on est passé très vite dans une logique de formation de gouvernement, et pas dans un souci de renforcer et de redynamiser mais plutôt pour assurer à chacun une place dans ce gouvernement, et ça, ça m’inquiète."

L’histoire de la chasse était toujours écrite à la gloire des chasseurs

Alors que le débat autour de l’héritage colonial belge fait débat, suite à l’onde de choc provoquée par la mort de George Floyd aux Etats-Unis, Zakia Khattabi salue la mise en place d’une commission "vérité et réconciliation", ainsi que le geste du Roi qui a adressé ses regrets au Congo. "J’ai toujours en tête cet adage : ‘Tant que les lions n’avaient pas d’historiens, l’histoire de la chasse était toujours écrite à la gloire des chasseurs’. Et donc aujourd’hui il est temps de mettre autour de la table l’ensemble des protagonistes de cette douloureuse histoire, d’entendre et de légitimer le récit de chacun. A titre personnel, je pense qu’en effet il y a lieu de faire des excuses. J’ai trouvé que le geste du Roi a été plus courageux que ce que certains politiques ont été prêts à faire aujourd’hui, donc on peut saluer le geste."

Un peu partout dans le monde, des statues de personnages liés au colonialisme, et à l’esclavagisme, ont été déboulonnées pour dénoncer leur surreprésentation dans l’espace public. "Le déboulonnage est relativement contre-productif, car c’est clivant. Et, face à ces images parfois violentes, certains politiques se voilent, se cachent derrière ces images pour ne pas avancer sur le dossier. Ceux qui font le déboulonnage, militent depuis longtemps, et ont estimé qu’ils n’avaient pas d’autres moyens pour se faire entendre."

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