Yves Leterme: "Il est essentiel pour le pays qu'on essaie de bien gérer les affaires courantes"

Yves Leterme a été Premier ministre en affaires courantes pendant 21 mois, pendant la crise politique qui a traversé notre pays entre 2010 et 2011. Avant cela, l'élu CD&V a presté 14 mois en tant que Premier ministre "de plein exercice". On peut donc dire que l'expérience d'Yves Leterme en matière d'affaires courantes est incontestable puisqu'il a piloté plus longtemps un gouvernement dans ces conditions que dans des temps "normaux".

À l'époque où l'élu CD&V pilotait le gouvernement, c'est aussi la N-VA qui faisait blocage. Aujourd'hui encore, certains pointent du doigt les nationalistes flamands quant à la possibilité de repasser à un gouvernement "en affaires courantes". Cette forme de pouvoir Yves Leterme l'a vécue durant 561 jours entre 2010 et 2011.

L'ancien Premier ministre CD&V était en cartel avec la N-VA il y a quelques années. Un parti qui présente une volonté constante de détricoter les institutions de l’État. Alors, est-ce toujours la N-VA qui déclenche les crises en Belgique ? "Il ne faut pas oublier que la N-VA est quantitativement le parti le plus important et qu'il a le droit d'initiative pour former un gouvernement flamand et ce gouvernement, est, surtout dans un fédéralisme sans hiérarchie, un élément important dans le paysage institutionnel", répond l'ancien Premier ministre.

Selon lui, il faut avant tout "faire attention que des forces en dehors des institutions, en dehors du 'pays légal', ne se constituent pas et qu'on assiste pas, surtout du côté flamand, à une radicalisation encore plus importante et qui va au-delà des prises de position de la N-VA."

Le "poids" de la N-VA

Yves Leterme insiste sur le "poids" que le parti nationaliste flamand a acquis année après année. "Le poids politique se décide par les électeurs. On peut montrer du doigt la N-VA mais ce sont les électeurs qui ont massivement voté pour la N-VA, après avoir en grand nombre, déjà voté pour le Vlaams Belang, rappelle-t-il. Au-delà du discours d'extrême droit ou très à droite, il y a l'élément institutionnel qui est là et qui joue un rôle. Encore une fois avec ce qu'il s'est passé hier, il est mis au congélateur."

"La situation évolue. Au fur et à mesure que le temps progresse, la définition et la latitude que l'on a en affaires courantes s'élargit", explique le recordman des affaires courantes.

La démocratie abîmée?

En écoutant le point de vue des différents groupes à la Chambre, l'ex-Premier n'estime pas plausible l'organisation de nouvelles élections avant le 26 mai. Il pense aussi que la démocratie n'est pas forcément en danger. "La demande de démocratie, de transparence est toujours aussi forte. Ce qui est sous pression, ce sont les systèmes de représentation. On a un éparpillement des voix et il est difficile de créer des coalitions."

"Je crois que d’une part la globalisation et d’autre part l’impact des technologies de communication ont amené une certaine horizontalité, un certain chaos dans les relations entre le pouvoir politique et les citoyens", analyse Yves Leterme. 

La nécessité d'un "bonne gestion"

A-t-il des conseils à donner à Charles Michel pour gérer la situation dans laquelle il est empêtré ? "Non, ce serait très prétentieux de ma part de donner des conseils, répond Yves Leterme. Je crois qu’il est essentiel pour le pays que, sur base du sens des responsabilités, on essaie de bien gérer les affaires courantes, et surtout au niveau des dossiers internationaux qui peuvent impacter la vie quotidienne des citoyens".

Il invite aussi l'actuel Premier ministre à "garder son sans froid" et à essayer "dans le cadre des affaires courantes, de prendre des décisions au cas par cas sur base de ce sens des responsabilités".

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