Y a-t-il un espace pour la concertation sociale? Trois questions à Jean Faniel

6/11/2014 groupe des 10
6/11/2014 groupe des 10 - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Le directeur général du Centre de recherche et d’information socio-politiques (CRISP), répond à trois questions concernant les débats sur la concertation sociale à l’heure actuelle: où en sommes-nous aujourd’hui ? La concertation sociale est-elle mise à mal, et comment débloquer la situation ? Pour Jean Faniel, il y a deux points qui montrent que la concertation sociale en Belgique ne fonctionne plus.

Les différentes parties se renvoient la balle de façon incessante depuis la publication de la déclaration de gouvernement de la coalition issue des élections de mai dernier. D'un côté, les représentants des travailleurs regrettent l'absence d'espace de concertation laissé aux partenaires sociaux. De l'autre, patronat et gouvernement sont (presque) unanimes pour mettre en avant les possibilités de négociation entre partenaires sociaux prévues par le programme gouvernemental.

Mais qu'en est-il?

Concertation sociale : où en sommes-nous ?

"Nous sommes dans une période de blocage dans la mesure où le gouvernement a indiqué qu’ il n’y aurait pas de hausse des salaires possible pour rattraper le différentiel entre les salaires belges et la moyenne des salaires allemands, français et néerlandais."

"Deux positions : d’une part le gouvernement qui affirme bien vouloir discuter, et d’autre part les syndicats qui répondent: "vous voulez bien discuter mais vous ne voulez pas que ces discussions aient un effet vu que vous ne voulez pas que la concertation sociale débouche sur des inflexions à votre politique."

"Pour les syndicats, c’est inadmissible. Si on ne peut pas négocier les salaires, alors pour eux la concertation sociale n’a plus de sens. Ils craignent que le patronat arrive avec des revendications en termes de hausse de la flexibilité et de la productivité et qu’il n’y ait pour eux aucune monnaie d’échange possible."

La concertation sociale est mise à mal à l’heure actuelle ?

"Les syndicats veulent que la concertation sociale soit réelle, c’est à dire qu’elle soit ouverte, que l’on puisse discuter et que ça puisse se traduire par un infléchissement de la politique du gouvernement dans des matières soumises à la concertation sociale."

"La concertation est donc mise à mal à deux points de vue : du point de vue tripartite, puisque le gouvernement ne veut pas entendre le point de vue des syndicats car ils estiment que les syndicats ne sont pas prêts à se mettre autour de la table. Et du point de vue de la concertation sociale bipartite puisque les salaires sont bloqués, qu’il n’y a pas de marge de négociation possible et que donc les syndicats ne veulent pas rentrer dans une concertation avec le patronat."

Comment débloquer la situation ?

"Pour que la concertation sociale puisse fonctionner à nouveau, il faut qu’elle ait des interlocuteurs et des lieux où elle puisse parler, ça ils ont mais il leur faut surtout du grain à moudre : des sujets sur lesquels négocier et discuter et pas simplement des points et des virgules."

A. Glaudot

 

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