Willy Borsus avant la manifestation du 25 juin: "Il ne faut pas craindre la réforme des APE"

"Un vent de changements et de réformes souffle sur la Wallonie, débute Willy Borsus, depuis à peine 10 mois, ce gouvernement a décidé de 25 réformes fondamentales. Elles touchent la diminution de la fiscalité, l’assurance autonomie, les aides à l’emploi, mais aussi la gouvernance et toutes ces dispositions sont aujourd’hui d’application".

Ces mesures ont en effet été prises rapidement et sont d’ores et déjà d’application. Mais ce résultat n’est-il pas la finalité d’un travail mené en aval par l’ancien gouvernement PS-cdH ? Le ministre-président du gouvernement wallon ne le nie pas. La suppression de la télé-redevance, par exemple, est bel et bien une mesure annoncée par l’ancien gouvernement et concrétisé par le gouvernement actuel. C’est également le cas de la réforme des aides à l’emploi (les fameuses APE). "Mais c’est la marque de ce gouvernement : on réfléchit, on négocie, mais surtout on décide !"

APE et situations "anormales"

Et à propos des APE, ce dossier qui a longtemps occupé la table du gouvernement wallon : peut-on assurer que cette réforme portée par le ministre wallon de l'Emploi, Pierre-Yves Jeholet, ne représentera pas une menace pour l’emploi ? Sur ce point, Willy Borsus tient à se montrer rassurant, "Il y a une pérennisation dans l’immense majorité des situations, les gens ne doivent pas craindre cette réforme, au contraire". Et pour les autres ? Car une série d’aides "anormales" seront en effet supprimées. "Un exemple, le Forem. Cet organisme qui aide celles et ceux qui emploient ou comptent employer du personnel. Il s’est octroyé à lui-même des points APE, donc des points destinés à encourager l’emploi. C’est tout à fait déraisonnable".

Cela veut-il dire que la manifestation du 25 juin devant l’Élysette à Namur est inutile ? S’il comprend la crainte des gens, vu l’ampleur de cette réforme, il rassure et insiste sur le fait que ces textes sont très récents et que des explications très claires sont à venir. Et d’annoncer, "Nous avons prévu également une réserve de 30 millions d’euros destinée aux situations anormales". Si une petite structure se trouve dans une situation anormale à un moment donné de son existence, elle serait susceptible de toucher moins d’APE d’une année à l’autre. Mais le gouvernement tiendra compte des circonstances, assure Willy Borsus.

Ni PTB ni PP

Grande question aussi à la veille des élections du 29 mai prochain : à quoi ressemblera le portrait de famille du gouvernement wallon après le vote ? Tout comme son collègue, Jean-Luc Crucke (MR), Willy Borsus ne veut pas ni du PTB ni du Parti Populaire et penche très clairement en faveur d’une reconduction du gouvernement MR-cdH tel qu’il existe aujourd’hui. Il va même plus loin, et espère une tendance identique à la Fédération Wallonie-Bruxelles afin, dit-il "d’avoir une action coordonnée et d’avoir des gouvernements parallèles dans leur composition".

Cela semble pourtant impossible selon ce qu’en disent les sondages. Une lecture rapide de ces derniers laisse en effet penser qu’une entente MR-PS est indispensable pour se passer du PTB. Mais Willy Borsus ne lit manifestement pas ces sondages de la même manière. "J’observe deux choses. Une augmentation de l’adhésion au MR. Et, s’agissant du cdH, les sondages semblent montrer une sorte de ‘remontada’ qui, à mon avis, n’est pas du tout anodine. Rendez-vous en mai prochain à tous ceux qui pensent que ce gouvernement ne sera pas reconduit".  Si, malgré tout, ce n’est pas le cas, le ministre-président ne ferme ni la porte au PS ni à Écolo.

Assurance autonomie, nouvelle taxe ?

Vient enfin le moment de parler de la politique sociale du gouvernement Borsus. En se concentrant sur une mesure : l’assurance autonomie. Certains citoyens se demandent en effet quels sont les changements concrets de cette mesure. "Dans le dispositif d’aujourd’hui, on retrouve deux branches. Une aide directe, l’Aide aux Personnes Âgée (APA) pour les personnes de plus de 65 ans à faibles revenus, c’est un complément de revenus. La deuxième branche est un ensemble d’aides, comme les aides à domicile, des travailleurs sociaux, un ensemble qui permet aux gens de faire face aux nécessités de leur vie quotidienne". A l’avenir, explique-t-il, la première branche restera inchangée. "Et à l’échéance de la deuxième moitié de 2020, la deuxième branche va évoluer de manière spectaculaire. 2.000 personnes en plus vont être engagées, car les besoins sont plus importants. C’est une réforme qui est attendue et soutenue unanimement, y compris par les partenaires sociaux". 

Par ailleurs, le gouvernement wallon a finalement approuvé, ce jeudi, en première lecture, le projet de décret sur l'assurance autonomie, porté par la ministre de l'Action sociale, Alda Greoli (cdH). Le montant de la cotisation dont devront s'acquitter tous les citoyens à partir de 26 ans, qui devait initialement se monter à 50 euros, a été revu à la baisse, à 36 euros, soit 3 euros par mois.

Cette somme représente-t-elle une nouvelle taxe ? Willy Borsus s’en défend. "On est dans un système assurantiel. On cotise, et si on n’a pas cotisé, on ne bénéficiera pas de l’assurance santé. On a choisi de faire contribuer les gens pour cette assurance autonomie qui est tellement importante. C’est un engagement de gérer le long terme ", conclut Willy Borsus.


L’interview de Willy Borsus a été réalisée par Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du journal le Soir, Sacha Daout, journaliste de la cellule politique de la RTBF et Jacques Crémers, chef de la rédaction de La Première/RTBF

Reportage et direct dans le JT de 13h de ce lundi:

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