Caméras et amendes: des communes se rebiffent contre les itinéraires alternatifs de Waze

A Kortenberg, les non-résidents ne peuvent plus circuler dans la rue Minneveld entre 7h30 et 9h. Des caméras intelligentes contrôlent les numéros de plaque. Ceux qui empruntent la rue sans en avoir le droit s’exposent à une sanction administrative communale sous forme d'une amende d’une cinquantaine d’euros.

Cette décision fait suite à l’augmentation du trafic dans la commune. Il faut dire que Kortenberg est voisine de la chaussée de Louvain et de la E40. Quand les grands axes sont embouteillés, les automobilistes cherchent des itinéraires alternatifs avec l’aide d’applications telles que Waze, de plus en plus populaire. Si les automobilistes se félicitent de gagner du temps, les riverains, eux, encaissent. Depuis l’installation des caméras, le trafic a diminué de moitié.

Une expérience qui fait des émules. A Steenokkerzeele, voisine de la E40, on s’apprête aussi à installer ce type de caméras avant la fin de l’année.

Wim Mombaerts (Klaver-NVA), premier échevin, espère que cela poussera les automobilistes à privilégier les artères régionales. "Ici, ce n’est pas un endroit pour des centaines de voitures chaque matin, chaque soir. C’est agressif et cela entraîne des conflits avec les usagers faibles, les cyclistes et les piétons", explique-t-il.

De plus en plus de communes réagissent

Une opinion partagée par Benoît Godart de l'Institut Vias (ex-Institut belge pour la sécurité routière). Il constate que les communes sont de plus en plus nombreuses à chercher des solutions face à l'augmentation du trafic de transit liée à l'utilisation des applications. Certaines investissent dans des aménagements tels que des casse-vitesse ou des chicanes, d'autres revoient leur plan de mobilité.

Mais l'efficacité de ces dispositifs reste limitée, sans compter les coûts et les désagréments supportés par les riverains. Le placement de caméras intelligentes est donc à l'heure actuelle "la meilleure solution" selon lui. "A Kortenberg, personne n'est pris en traître", estime-t-il. "De grands panneaux annoncent la couleur bien à l'avance et laissent la possibilité aux automobilistes de faire demi-tour".

Mais est-ce bien légal?

Pour Nathalie de Wulf, avocate au barreau de Bruxelles, de tels dispositifs ouvrent la voie à des recours. "Les communes abusent de leur pouvoir. Elles outrepassent leurs droits et leurs compétences", estime-t-elle. "On a un principe d’égalité des Belges devant la loi et tout le monde bénéficie d’une libre circulation identique sur tout le territoire… Alors pourquoi cette plaque d’immatriculation plutôt qu’une autre, pourquoi telle voiture plutôt qu’une autre, pourquoi telle heure plutôt qu’une autre… Il faut que la dérogation, si elle existe, reste une exception et qu’elle soit proportionnelle. Et là, fondamentalement, il y a un problème de proportion et cela crée une inégalité des Belges devant la loi".

Sur les aires d'autoroute aussi

Les communes ne sont pas les seules à faire les frais du trafic de transit. Sur le conseil des applications, de plus en plus d'automobilistes empruntent les aires d'autoroute pour contourner les bouchons, sans s'y arrêter. Mais gare aux conducteurs trop créatifs : là aussi, selon Benoît Godart, des mesures commencent à être prises, par exemple en mettant une partie de la station service en "circulation locale". Ceux qui s'en servent comme raccourci prennent le risque de se faire longuement contrôler, histoire de perdre le temps qu'ils pensaient gagner...

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