Wallonie-Bruxelles: les propos de Jean-Claude Marcourt font polémique

Jean-Marc Nollet et Jean-Michel Javaux estiment que la Wallonie doit continuer à travailler avec la Fédération Wallonie-Bruxelles
Jean-Marc Nollet et Jean-Michel Javaux estiment que la Wallonie doit continuer à travailler avec la Fédération Wallonie-Bruxelles - © BELGA PHOTO DIRK WAEM

Les réflexions qui s'entament sur l'avenir de la Wallonie, ou l'avenir de Bruxelles, sont légitimes et opportunes, estime Ecolo, mais aux yeux des Verts, il n'est pas question de rentrer dans une logique de repli.

"Alors que l'équilibre francophone reste précaire, Bruxelles et la Wallonie peuvent-elles s'offrir le luxe de ne pas travailler ensemble?", a demandé le co-président Jean-Michel Javaux lors de la présentation des voeux de son parti.

Ce week-end, en plaidant pour une "déconstruction" et une reconstruction de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le ministre Jean-Claude Marcourt (PS) a relancé le débat sur les structures francophones. Son camarade de parti et ministre-président, Rudy Demotte,  a réagi en rappelant le caractère indéfectible des liens entre les deux entités, dont il est le garant avec son collègue Charles Picqué.

Vendredi, la presse faisait état par ailleur de l'existence d'un "think tank" constitué autour de Jean-Claude Marcourt et d'autres personnalités essentiellement socialistes, réfléchissant à l'avenir de la Wallonie dans un sens régionaliste.

Les Verts se disent preneurs des débats mais il n'est pas question que ceux-ci entravent les plans déjà en cours dans les deux Régions, comme le Plan Marshall 2.vert ou les Alliances emploi-environnement, ont-ils averti. Selon eux, ces discussions doivent aussi rassembler largement, à commencer par les partenaires de la concertation sociale ou des milieux environnementaux.

"Des actes, pas des paroles", a souligné Jean-Michel Javaux, en rappelant certaines réformes déjà programmées mais qui se heurtent aux "conservatismes et aux sous-régionalismes", comme la réforme des provinces.

Interrogé dans les couloirs du Parlement, Jean-Marc Nollet s'est également prononcé pour plus de Wallonie. "Jean-Claude Marcourt a raison de dire qu'il faut davantage de Wallonie. C'est vrai pour développer l'économie, le plan Marshall 2.Vert, l'alliance emploi-environnement ; les transfert de compétences vont aussi dans ce sens". Mais le développement wallon "n'est pas antinomique de la volonté de développer la Fédération Wallonie-Bruxelles, les relations, la solidarité, la compréhension des spécificités" wallonnes et bruxelloises, a-t-il nuancé.

L'avenir de la Wallonie se situe aussi dans la lutte contre les baronnies et le sous-régionalisme, estime-t-il, refusant de parler de "repli wallon" dès lors que l'on envisage le développement régional. Jean-Marc Nollet considère la sortie de Jean-Claude Marcourt ainsi que la réaction du ministre-président Rudy Demotte comme "un jeu de positionnement interne" au Parti socialiste.

Le MR critique

Le MR a lui été très critique envers les propos de Jean-Claude Marcourt.

Ces propos démontrent "une stratégie de repli vers les Wallons", a estimé Françoise Bertieaux, chef de file des libéraux bruxellois, sur les ondes de Twizz radio.

"Je pense que la Communauté française, actuellement, est de plus en plus au service de la Wallonie et de moins en moins consciente des réalités bruxelloises", ajoute-t-elle.

Les réunions souvent conjointes des gouvernements wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles à Namur entraînent des décisions qui "ne se préoccupent pas le moins du monde" des conséquences pour Bruxelles, pense la MR.

Elle se demande si la place de Jean-Claude Marcourt est toujours dans le gouvernement de la Fédération. "Quand on veut déconstruire une institution dans laquelle on est ministre, il y a un problème".

Le Montois Richard Miller se pose la même question. Stigmatisant un "social-régionalisme wallon", il juge en outre que le premier constat à poser est "l'absence de résultats positifs probants" de la régionalisation. "Peut-on rappeler que le PS est aux commandes de la Wallonie depuis des décennies ?"

Il souligne les propos du patron de l'Agence wallonne des exportations et des investissements (Awex), Philippe Suinen, faisant de Bruxelles l'atout économique de la Wallonie.

Pour Richard Miller, il s'agit de construire une unité nouvelle en décloisonnant des compétences, en créant une circonscription unique Wallonie-Bruxelles et en apportant des réponses "efficaces" aux dossiers communs.

Le PS nuance

Le président du PS a de son côté tenu à rappeler que son parti est vaste. 

"Le PS est un grand parti, qui cultive le débat démocratique. L'avenir de la Wallonie et l'avenir de Bruxelles sont au cœur de nos préoccupations. Il est normal que le PS réfléchisse au redressement économique de Bruxelles et de la Wallonie, au meilleur moyen de créer de l'emploi et de soutenir l'activité économique dans nos Régions. Cela dans l'intérêt avant tout des Wallons et des Bruxellois", a-t-il déclaré lundi lors de son arrivée au bureau du PS.

Aux yeux de Thierry Giet, cette réflexion est "nécessaire et même indispensable!"

"C'est notre devoir, en tant que responsables politiques. Cela n'empêche en rien l'existence d'un lien fort entre Wallons et Bruxellois. Et cela ne revient en rien à un repli sur soi", a-t-il ajouté.

De son côté, le ministre Jean-Claude Marcourt a tenu à mettre les choses au point : ses déclarations sur la Fédération Wallonie-Bruxelles ne visaient nullement à nier l'importance d'un lien entre les deux entités mais à se poser la question de l'adéquation de certains outils au regard des défis qui les attendent.

Ainsi en matière d'enseignement, compétence de la Fédération : "J'ai entendu des responsables bruxellois demander que l'on tienne compte de leurs spécificités, et c'est légitime. Il faut se demander comment répondre aux enjeux des deux grands bassins de vie que sont la Wallonie et Bruxelles. C'est pour ça que j'ai parlé de déconstruction et de reconstruction", a-t-il expliqué à l'Agence Belga.


Belga

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