"Miroir", "Diables rouges", "Vivaldi"...: que veulent dire ces noms de potentielles coalitions au fédéral?

En Belgique, le système électoral étant fondé sur un mode de scrutin proportionnel, les coalitions politiques sont nécessaires pour trouver une majorité.

Depuis fin décembre, de nouveaux noms émergent pour nommer des possibles coalitions au niveau fédéral. Il y a quelques semaines, c'était la coalition "Vivaldi" qui "tenait la corde". Il est toujours question également de la "Bourguignonne" ou coalition "anversoise". La presse flamande, elle, évoquait une autre voie avec une association N-VA/PS sous l’appellation "Diables rouges".

La coalition "Diables rouges"

Cette coalition "diabolique" réunirait donc la N-VA et le PS. Dans ce scénario, le SP.A et le MR compléteraient l'équipe. Mais pourquoi donc ce nom : Diables rouges ?

Tout d'abord, Parce que le président de la N-VA, Bart De Wever, aime parfois se présenter comme "le diable". Ce "pacte" laisserait d'ailleurs les libéraux flamands de l'Open VLD, qui gouvernent avec la N-VA en Flandre, sur le bord de la route.

Et puis les rapports entre N-VA et le PS sont compliqués, notamment parce que les socialistes francophones ont formulé des exclusives et ont indiqué à plusieurs reprises qu'ils ne s’associeraient pas avec les nationalistes flamands. Mais il y a un autre son de cloche au Nord du pays : le sp.a serait tenté par l'aventure qui pourrait avoir des impacts positifs pour le parti au niveau du gouvernement flamand.

L'équipe "diabolique" réunirait également le CD&V et le MR et serait donc composée de :

  • N-VA : 25 sièges
  • PS : 20 sièges
  • sp.a : 9 sièges
  • MR : 14 sièges
  • CD&V : 12 sièges

Une option sur la table avec un nom qui ne manque pas de piquant. Les "Diables rouges" sont populaires et représentent d'une certaine manière l'unité du pays. L'allusion à notre équipe nationale peut faire sourire, mais elle s'appuie sur une réalité importante : cette alliance offrirait une majorité stable au Parlement fédéral (80 sièges sur 150) et s'appuierait sur une majorité côté francophone et côté flamand. De quoi rassurer des deux côtés de la frontière linguistique.

Reste que les négociations ne seront pas simples et que les discussions à venir ne manqueront certainement pas de piquant. Dans ce scénario, la pizza "diavola" a rapidement remplacé la "quatre saisons" évoquée en début de semaine.

Coalition "Vivaldi" ou "quatre saisons"

En début d'année un autre scénario alimentait la discussion. Et le nom d'un artiste italien occupait le devant de la scène politique belge.

Mais que vient donc faire le nom du compositeur classique Antonio Vivaldi dans les négociations politiques belges ? Pourquoi avoir choisi le nom de celui qui est connu, notamment pour ses célèbres concertos pour violon : "Les quatre saisons" ?

La réponse se trouve justement dans cette œuvre majeure du virtuose italien. Dans un scénario de coalition "Vivaldi", les quatre saisons sont chacune représentées par une famille politique :

  • Les socialistes (PS + SP.A)
  • Les libéraux (MR + Open VLD)
  • Les écologistes (Ecolo + Groen !)
  • Les chrétiens-démocrates (CD&V)

Dans ce scénario "Vivaldi", chacune des quatre familles politiques est symbolisée par sa "couleur". À savoir le rouge (pour les socialistes), l’orange (pour les chrétiens-démocrates), le vert (pour les écologistes) et le bleu (pour les libéraux). Les partis de la majorité recueilleraient alors 88 sièges sur 150. Une majorité confortable. 

Ce scénario, exclut donc la N-VA, premier parti en nombre de voix mais avec qui le PS et Ecolo ne semblent pas vouloir s’allier. Cela induirait également que la coalition ne recueillerait pas de majorité dans le groupe linguistique flamand. 41 sièges sur 89, un scénario innaceptable pour le CD&V.

Par ailleurs, dans la famille des chrétiens-démocrates, le cdH ne se trouve pas inclus dans cette configuration "Vivaldi". Les chrétiens-démocrates, en pleine reconstruction, ont choisi de se retrouver dans l’opposition à la suite de leur défaite électorale le 26 mai dernier. Ils ne sont donc, a priori, pas susceptibles de rejoindre une éventuelle coalition malgré la position de leurs homologues flamands du CD&V. C’est même le président du cdH, maxime Prévot, qui pousse le CD&V à avancer vers un scénario sans la N-VA.

Dans cette formule, on ne retrouverait dans l’opposition que le PTB, le Vlaams Belang et donc la N-VA.

Quattro stagioni ou quatre saisons pour les gourmets

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La pizza "quatre saisons", une référence aux quatre familles politiques qui composeraient une éventuelle coalition "Vivaldi". © Tous droits réservés

Pour les amateurs de gastronomie italienne, la coalition "Vivaldi" est parfois aussi appelée la "Quattro Stagioni", en référence à la célèbre pizza "quatre saisons". Dans ce classique de la pizza italienne, la pizza est divisée en quatre portions comportant des ingrédients différents, chaque portion représentant une saison de l’année. Les "quatre saisons" de Vivaldi déclinées donc dans un classique de la cuisine transalpine.

Autres coalitions possibles : suédoise, orange-bleue, arc-en-ciel…

Une référence à l’art et à la gastronomie pour évoquer la construction d’une majorité fédérale belge (actuellement difficile à faire émerger), c’est original. D’habitude, les noms des différentes majorités font davantage référence aux couleurs des partis ou familles politiques qui la compose. Les possibilités sont nombreuses et les noms pour les identifier parfois originaux :

  • Suédoise : Cette coalition regroupe les partis libéraux (MR et Open VLD, bleu), la N-VA, (jaune) et le parti chrétien flamand (CD&V, représenté la croix), d’où la référence au drapeau suédois, qui consiste en une croix jaune sur un fond bleu. C’est cette coalition qui était au pouvoir d’octobre 2014 à décembre 2018. Appelée aussi coalition "Kamikaze" par ses détracteurs en raison de son "très haut" risque ou de la possibilité d’un "suicide" (tout comme les vols des kamikazes japonais) politique par certains francophones qui se retrouvent en minorité et représentés par un seul parti qui n’a pas la majorité du collège francophone (vingt députés sur soixante-trois) dans cette configuration, le MR.
  • Bourguignonne : La "bourguignonne" (aussi appelée "coalition anversoise" ou "violette-jaune") évoque l’association des nationalistes flamands (jaune) avec les socialistes (rouge) et les libéraux (bleu). Cette dénomination fait référence aux armoiries de l’ancien duché de Bourgogne dont les couleurs étaient le jaune, le bleu et le rouge. Le terme a été utilisé pour la première fois lors des négociations entre la N-VA, l’Open VLD et le SP.A en vue de former une majorité à la ville d’Anvers, suite aux élections communales de 2018, d’où l’autre appellation : coalition anversoise.
  • Arc-en-ciel : C’est le nom qui a été donné au gouvernement fédéral formé de 1999 à 2003 de la combinaison du bleu du Open VLD et du MR, du rouge du PS et du SP.A et du vert de Groen ! et d’Ecolo. La coalition "arc-en-ciel" a refait de nouveau parler d’elle du côté francophone en 2019. Des négociations associant PS, MR et Ecolo pour former les gouvernements en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles aboutissent aux gouvernements Di Rupo III et Jeholet.
  • Violette : Appelée aussi coalition "mauve", cette coalition regroupe les partis socialistes (PS ou SP.A, rouge) et libéraux (MR ou Open VLD, bleu).
  • Olivier : L’olivier, appelé aussi "coalition progressiste" (centre gauche), regroupe les partis socialistes (PS ou SP.A), chrétiens/humanistes (cdH ou CD&V) et écologistes (Ecolo ou Groen !).
  • Tripartite : La tripartite traditionnelle désigne généralement l’association des familles libérales, socialistes et chrétiennes/humanistes.
  • Turquoise : La coalition "turquoise" regroupe les partis libéraux (MR ou Open VLD, bleu) et écologistes (Ecolo ou Groen !, vert).
  • Jamaïcaine : Cette association regroupe les partis libéraux (MR ou Open VLD), chrétien/humaniste (cdH ou CD&V) et écologiste Groen ! et Ecolo, son appellation ne fait pas ici référence aux couleurs des partis belges, mais à celles des partis allemands correspondants. On parle parfois également de coalition namuroise en référence à la tripartite qui est à la tête de la capitale wallonne depuis 2006.
  • Orange-bleue : Appelée aussi bleue-romaine, celle coalition regroupe les partis libéraux (MR et/ou Open VLD, bleu) et chrétien/humaniste (cdH et/ou CD & V, orange).
  • Orange sanguine : Les appellations sont nombreuses pour cette configuration qui regroupe les partis libéraux (MR et/ou Open VLD, bleu), chrétiens/humanistes flamands (CD&V et/ou cdH, orange) et les socialistes (PS et/ou SP.Aa rouge). Les autres dénominations possibles pour cette coalition : Lilas, Sanguinello ou Wijn Appelsin.
  • Portugaise : Ce scénario encore inédit en Belgique évoque l’association des socialistes du PS (rouge) avec les écologistes d’Ecolo (vert). Une association qui pourrait être soutenue par la gauche radicale du PTB, éventuellement même depuis les rangs de l’opposition. Ce scénario, a été évoqué pour la première fois suite aux élections fédérales et régionales de 2019 et la forte poussée du PTB du côté francophone lors des négociations pour la formation d’une coalition en Wallonie. Le nom coalition portugaise fait référence à la coalition gouvernementale au Portugal emmenée par le social-démocrate du PS António Costa et soutenue par la gauche radicale et le conglomérat communiste-écologiste formé par le PCP et Les Verts. De plus, les couleurs du drapeau portugais correspondent. Enfin, cette coalition a également été qualifiée de coalition iranienne par Benoît Lutgen, ancien président du cdH, fustigeant l’alliance socialistes-écologistes, toutefois, en ne mentionnant pas le PTB.
  • Coquelicot : Le coquelicot est un projet porté par l’écologiste francophone Jean-Marc Nollet. Dans une note de 2019 il étaye un projet de coalition minoritaire entre son parti (Ecolo) et les socialistes francophones (PS), associant des acteurs de la "société civile". La formule "coquelicot" désigne les couleurs rouge et verte des deux partis ainsi que, dans la pensée de Jean-Marc Nollet, de l’impératif écologique, au cœur de la campagne électorale, à la suite des mouvements pour le climat en 2019. Le projet de coalition coquelicot ne se concrétisera cependant pas.
  • Rouge-romaine : La coalition rouge romaine regroupe les partis socialistes (PS ou SP.A, rouge) et chrétiens/humanistes (cdH ou CD&V, orange).

Quelles sont les coalitions fédérales possibles actuellement au fédéral ?

Actuellement, compte tenu des résultats des élections fédérales de mai 2019, seules quelques coalitions parmi les options présentées ci-dessous sont possibles arithmétiquement parlant :

L’Arc-en-ciel associant socialistes, libéraux et écologistes. Ce serait une coalition avec une majorité courte à la Chambre, avec seulement 76 sièges sur 150. Ce scénario a donc été écarté par les informateurs royaux Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V). Gouverner avec un seul siège d'avance semble un pari trop risqué.

La Bourguignonne associant les socialistes et la N-VA aux libéraux a également été écartée. Essentiellement en raison d’un manque de "stabilité" entre les partenaires. Les informateurs ont acté que de toute façon que toute coalition alliant le PS à la N-VA était impossible. La "paars geel" comme on l'appelel en Flandre assurerait 80 sièges sur 150 à la majorité. 

Reste également la fameuse Vivaldi, coalition symphonique mais qui écarterait du pouvoir la N-VA. ce qui n’est évidemment pas au goût de tous les partis côté flamand. La crainte de laisser le parti nationaliste dans l’opposition aux côtés du Vlaams Belang effraie particulièrement les démocrates-chrétiens flamands du CD&V.

En partant du principe que PS et N-VA et ne gouverneront pas ensemble, ce scénario de la Vivaldi est celui qui tient actuellement le plus la corde côté francophone.

Mais une coalition inédite et appelée "miroir" pourrait encore émerger. Elle rassemblerait les partis qui participent aux gouvernements wallon et flamand, à savoir : la N-VA, l’Open VLD et le CD&V côté flamand et PS, MR et Ecolo côté wallon. Cette coalition "miroir" bénéficierait d'une large majorité de 96 sièges sur 150, mais cette majorité serait alors "asymétrique" car on y retrouverait le PS sans le SP.A et Ecolo sans Groen!. Willy Borsus a toutefois balayé cette option sur les ondes de La Première. 

Enfin, il y a la "Diables rouges" qui associerait les partis antagonistes que sont le PS et la N-VA avec le MR et le CD&V. La formule permettrait de compter sur une majorité de 80 sièges sur 150 et une majorité dans chaque groupe linguistique. 

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