Vitesses variables sur les autoroutes: "inacceptable", "très mauvaise idée", "incohérent"

Les ministres régionaux de la mobilité et de la sécurité routière, ainsi que le co-président d'Ecolo et la Secrétaire d'Etat à la Région de Bruxelles-Capitale pour la Sécurité routière, sont contre une variabilité de la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes belges.
Les ministres régionaux de la mobilité et de la sécurité routière, ainsi que le co-président d'Ecolo et la Secrétaire d'Etat à la Région de Bruxelles-Capitale pour la Sécurité routière, sont contre une variabilité de la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes belges. - © Tous droits réservés

Le ministre flamand de la Mobilité Ben Weyts (N-VA) a écarté jeudi tout relèvement de la vitesse maximale sur certains tronçons autoroutiers, comme l'envisage le ministre fédéral François Bellot (MR). Le ministre wallon de la Sécurité routière Maxime Prévot (cdH) estime quant à lui que "c'est une très mauvaise idée".

"Nous avons déjà en Flandre 400 morts sur les routes par an. Avoir encore plus de morts pour gagner quelques minutes est pour moi inacceptable", a commenté Ben Weyts, dont le parti siège aussi dans la majorité fédérale.

Le ministre flamand dit ne pas comprendre comment le ministre Bellot peut tirer de l'étude de l'IBSR la conclusion qu'on peut augmenter la vitesse sur autoroutes.

Selon Ben Weyts, celle-ci montre que le trafic autoroutier peut être rendu plus fluide et sûr en adaptant les limites de vitesse en fonction du niveau de congestion. Des limites plus basses peuvent dégager des gains de temps, mais aussi réduire les émissions polluantes des véhicules.

La proposition de ministre Bellot vise au vrai à ne porter la limite à 130 km/h que sur certains tronçons, durant certains créneaux horaires seulement, et après une étude d'accidentologie locale. "Nous savons qu'un relèvement à 130 km/h va entraîner plus de morts, insiste Ben Weyts. Nous avions déjà l'étude de l'IBSR qui prédit, noir sur blanc, qu'un relèvement de la limite de 10 km/h entraînera 25 morts par an en plus. Nous avons aussi l'expérience des Pays-Bas où le nombre de morts sur les routes où le 130 est permis a été multiplié par trois en un an. Aux Pays-Bas, ils vont d'ailleurs voter pour abandonner la limite de 130 km/h".

Cela pourrait accroître considérablement la gravité des accidents

"C'est une très mauvaise idée car cela pourrait accroître considérablement la gravité des accidents, ce qui est d'ailleurs confirmé par tous les spécialistes de la sécurité routière, dont l'Agence wallonne de la sécurité routière (AWSR)", a réagi jeudi le ministre wallon de la Sécurité routière Maxime Prévot (cdH). Il souligne en outre que les variations de vitesse sur autoroutes sont une compétence régionale.

Si le Fédéral est compétent pour fixer la vitesse maximale sur autoroute, ce sont les Régions qui sont aux manettes en ce qui concerne les limitations hors autoroute mais aussi les variations en la matière sur autoroutes. Il en va de même pour les panneaux à messages variables et, plus globalement, les systèmes de transport intelligents (ITS).

Le ministre se dit favorable au principe de faire varier la vitesse sur autoroute en fonction des circonstances. Mais équiper l'ensemble des 850 km d'autoroutes wallonne de panneaux à messages variable coûterait plus de 125 millions d'euros, confie-t-il. D'après lui, il faut au minimum un panneau après chaque entrée sur l'autoroute dans chaque sens.

Des études sont actuellement menées pour l'éventuelle implantation de tels équipements là où ce serait le plus utile, comme autour des grandes villes telles que Namur, Liège, Charleroi ou encore à l'approche de Bruxelles, "ce qui permettrait de limiter les coûts". L'expérience de variation de vitesse entre 50 et 80km/h sur une distance de 10 km sur la liaison E40-E25 à Liège, dans le tunnel de Cointe, démontre toute l'utilité de ce genre de dispositif en ce qui concerne la sécurité routière et la fluidité du trafic, argumente Maxime Prévot.

Mr Bellot roule droit, et à pleine vitesse, dans le mur!

Selon Ecolo, le souhait du ministre Bellot de pouvoir rendre possible l'installation de tronçons d'autoroute à 130 km/h dans des zones fluides et non-accidentogènes, est incohérent.

L'étude présentée jeudi par l'Institut Belge pour la Sécurité Routière (IBSR) sur la pertinence des limitations de vitesse "pointe des enjeux de fluidification du trafic, de réduction de la pollution atmosphérique et de sécurisation des axes routiers. Et Mr Bellot y répond par une augmentation de la vitesse à 130km/h sur les autoroutes. Ce faisant, Mr Bellot roule droit, et à pleine vitesse, dans le mur!", s'exclame le co-président d'Ecolo Patrick Dupriez, cité dans un communiqué.

Selon les verts francophones, la modération de la vitesse, en particulier aux heures de pointe et dans les zones congestionnées et/ou accidentogènes, produirait de nombreux effets positifs par rapport à la situation actuelle: diminution des temps de parcours jusqu'à 25% grâce à la hausse de la vitesse moyenne des véhicules, baisse du nombre d'accidents de 3% et de tués de 6%, réduction des émissions de particules fines de 7%.

"Il est dès lors tout-à-fait étonnant - voire inconscient - que le ministre Bellot utilise ce rapport de l'IBSR pour suggérer une augmentation de la vitesse. Cette augmentation serait inutile et risquée", relève Ecolo.

Pour Bianca Debaets, la Secrétaire d'Etat à la Région de Bruxelles-Capitale de la Sécurité routière, aller dans cette direction n'aurait aucun sens puisqu'il n'y a quasiment aucun avantage alors qu'on augmenterait à la fois la pollution, les problèmes de mobilité et surtout le nombre d'accidents, en particulier les accidents mortels. Bianca Debaets, qui plaide plutôt pour des vitesses variables à la baisse dans certaines circonstances, indique vouloir s'opposer fermement à une telle mesure.

"Arriver à destination quelques secondes plus vite, voilà le seul bénéfice de la mesure suggérée par le ministre fédéral de la Mobilité. Moi, je suis plutôt en faveur d'une limitation réduite à certains endroits délicats comme c'est d'ailleurs le cas pour le virage de Forest, sur le Ring de Bruxelles. On pourrait aussi envisager des vitesses réduites de façon variable en fonction de l'heure ou de la densité du trafic comme le font avec succès les Pays-Bas", a commenté Bianca Debaets.

 

Sujet du JT 13h sur la proposition de François Bellot:

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