Visites domiciliaires: "Une mesure qui empiète gravement sur le respect de la vie privée et familiale" pour la Ligue des Familles

À 10 heures, la Commission de l’intérieur du Parlement fédéral entendra une dizaine de personnes — des représentants d’avocats, de juges, de policiers, d’associations comme le CIRÉ, la Ligue des droits de l’Homme, la plateforme de soutien aux réfugiés — sur le projet de loi autorisant les visites domiciliaires.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles, était invitée sur la Première ce matin pour donner son avis sur la question qui, selon elle, concerne aussi les familles.

"Il est 6 heures 20, beaucoup de nos auditeurs sont encore chez eux, les enfants bien au chaud sous la couette et chez certains d’entre eux, des migrants. Alors, pas beaucoup, quelques centaines, mais des migrants dorment dans une chambre ou un coin de salon, abrités du froid, de la pluie et de la police", commence-t'elle.

"Chez vous, sous vos yeux, devant vos enfants"

Avec cette loi, des fonctionnaires de police pourront entrer dans les maisons pour y arrêter des étrangers en séjour irrégulier chez eux, mais aussi chez les personnes qui les hébergent, "et c’est là que ça devient une drôle d’histoire de famille".

"Imaginez Mehdi que chez vous, là maintenant, entre 5 heures du matin jusqu’à 21 heures du soir, un policier peut rentrer chez vous, fouiller partout où il veut et même arrêter quelqu’un. Chez vous, sous vos yeux, devant vos enfants. Et si vous n’ouvrez pas, il appelle illico le serrurier. Il faut savoir que jamais une mesure n’a empiété aussi gravement au respect de la vie privée et familiale et à l’inviolabilité du domicile, qui est un droit constitutionnel. Et ça, ça nous concerne d’autant plus qu’à la Ligue des familles, nous sommes engagés activement dans la solidarité entre familles et que tous les jours, des volontaires de chez nous parrainent des familles migrantes et d’autres aussi en accueillent."

"1000 foyers identifiés pour une éventuelle perquisition"

Mais pour Delphine Chabbert, ça ne signifie pas forcément que les familles de la plateforme citoyenne, qui hébergent tous les soirs des migrants, vont recevoir la visite de policiers au petit matin.

"(...) pour deux raisons. La première c’est que les réactions ont été telles que le ministre de la Justice lui-même, Koen Geens, a précisé que les familles de la plateforme qui hébergent ne sont pas concernées. La deuxième raison est que ces visites doivent être autorisées par un juge d’instruction, on parle quand même de perquisitions, donc ça exige une requête et cette requête doit préciser l’identité de l’étranger recherché. Or, les personnes qui sont accueillies grâce à la plateforme, le plus souvent ne restent qu’une ou deux nuits, et donc très certainement la procédure n’ira pas assez vite", précise-t'elle.

"Mais dans le même temps, on a appris hier soir — c’est tout frais, vous en parliez ce matin dans le journal — dans les colonnes de La Libre que 1000 foyers sont identifiés pour une éventuelle perquisition dès l’adoption de cette loi. Raison de plus de vraiment tout faire pour l’en empêcher."

Ce qui pose problème avec cette loi

Pour elle, c'est de l'intimidation. "Il y a une volonté de criminaliser la solidarité, ce qui heurte profondément nos valeurs à la Ligue des familles."

"La Ligue des Famille, explique-t'elle, a toujours défendu des conditions de vie dignes pour toutes les familles, quel que soit leur mode de vie, leur composition de ménage, leur niveau socio-économique ou leur origine ou même leur parcours migratoire, et nous avons toujours encouragé la solidarité pour justement aider des familles qui sont dans des situations de fragilité. Et là je voudrais dire qu’on parle aussi d’enfants, de mineurs seuls à qui on doit une protection."

"Alors, cette loi nous heurte vraiment, ce n’est rien de le dire, et ce n’est pas idéologique, c’est juste humain et moral. Et puis enfin, je l’ai dit, on touche à un droit fondamental : le respect de la vie privée et familiale. Ça, c’est un réel problème pour la paix et la tranquillité de tous et vous comprendrez bien, Mehdi, que c’était difficile pour nous de ne rien dire sur un sujet pareil."
 

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