Visites dans les maisons de repos : pour de nombreuses villes wallonnes, c'est non

Plusieurs responsables politiques et sociaux wallons expriment jeudi leur incompréhension face à l’autorisation des visites aux pensionnaires des maisons de repos et d’autres centres d’accueils sanitaires – communiquée par le Conseil national de sécurité, mercredi soir – et annoncent qu’ils n’appliqueront pas cette mesure dans leurs établissements.

Si certains dénoncent l’absence de concertation avec leurs équipes pour autoriser de nouveau les visites, tous annoncent avoir consulté les acteurs de terrain de leur région pour maintenir leur interdiction.

Interdiction à Mons

À Mons, le bourgmestre Nicolas Martin a annoncé son intention de prendre un arrêté visant à interdire toute visite dans les maisons de repos ainsi que les centres pour personnes avec un handicap du territoire montois, indépendamment du caractère public ou privé de ces établissements.

D’après l’administration communale, les foyers d’infection sont encore trop nombreux et les risques de contagion trop importants. En cause également, le manque criant d’effectifs humains et de moyens pour protéger le personnel ainsi que la trop grande "probabilité de réduire à néant des semaines d’efforts".

"On dénombre plus de 1000 résidents, soit plus de 1000 visiteurs potentiels qu’il conviendra d’équiper pour respecter les mesures d’hygiène. C’est autant de masques, de surblouses, de paires de gants et de surchaussures qu’il faudra trouver (quotidiennement). Autant dire que c’est presque impossible", a-t-elle ajouté.

Par ailleurs, le CPAS montois a déclaré qu’il allait réfléchir avec la ministre de la Santé wallonne, Christie Morreale, à un échéancier qui prenne en compte le besoin des familles, les conditions de travail du personnel et la santé des résidents.

À Liège aussi

Même son de cloche à Liège, où le bourgmestre Willy Demeyer prépare un arrêté de police pour empêcher les visites, arguant que le risque encouru par les pensionnaires et le personnel restera trop important tant que le nombre de tests pour déterminer les personnes porteuses du virus ne sera pas suffisant.

Le bourgmestre de La Louvière, Jacques Gobert, prend des dispositions similaires, considérant que le matériel nécessaire pour accueillir ces visiteurs priverait le personnel de protections indispensables. Le maïeur annonce d’ores et déjà une interdiction d’accès aux établissements concernés jusqu’au 3 mai inclus.

Péruwelz, Ath, Seraing, Tournai…

"Je refuse de réduire à néant tous les efforts consentis depuis le début de cette crise", souligne, pour sa part, le bourgmestre de Péruwelz. "Après discussion avec le président du CPAS et les directeurs d’institutions situées sur le territoire de Péruwelz, j’ai pris une ordonnance de police interdisant les visites dans les homes et les institutions de l’entité", indique-t-il.

Conjointement avec l’autorité politique athoise, son médecin coordinateur et la directrice des maisons de repos et de soins de la ville, le CPAS d’Ath a, lui aussi, décidé de ne pas rouvrir les maisons de repos, fait-il savoir par communiqué.

"La situation que nous connaissons et que nous essayons de stabiliser est loin de se terminer, et il n’est pas opportun de permettre à des extérieurs […] de pénétrer au sein de nos institutions et d’ainsi mettre à mal le travail de protection de nos équipes soignantes" explique-t-il.

"Décision raisonnable"

Une opinion partagée par la Ville de Seraing, qui n’autorisera, elle non plus, aucune visite. Cependant, l’administration sérésienne n’exclut pas de revoir sa position en accordant un droit de visite aux résidents en fin de vie, après réévaluation de la situation et en accord avec la direction des établissements concernés. "Mais pour l’heure, et pour des raisons de sécurité, cette mesure doit être correctement étudiée et n’est donc pas encore entrée en vigueur", indique-t-elle.

L’autorité communale de Frameries emboîte le pas de ses homologues précités. "Nous sommes bien conscients des désagréments que cela engendre pour les résidents et leurs familles mais nous pensons prendre ici la seule décision raisonnable", dit-elle.

À Tournai, la présidente du CPAS, Laeticia Liénard, a adressé un courriel au gouvernement wallon. "Je comprends l’aspect humain de cette décision. Elle ne me semble néanmoins pas compatible avec la réalité que vivent au quotidien les acteurs de terrain", estime-t-elle, refusant ainsi de rouvrir les établissements d’accueil. "Ce choix restera d’application tant que nous ne disposerons pas d’un consensus entre le gouvernement et les fédérations représentatives du secteur", précise Laeticia Liénard.

Incompréhension des familles face à l’annonce du fédéral

À Antoing, le président du CPAS, Claudy Billouez, maintient également les mesures de confinement. "La décision a été prise de concert avec le bourgmestre et les diverses directions. C’est une brèche dans l’effort que tout le monde fait depuis un mois. Même les familles ne comprennent pas la décision de la Première ministre", s’étonne-t-il.

Pour Namur, le gouverneur de la province préfère d’abord envisager comment organiser les visites "concrètement, sereinement et de manière coordonnée". Il demande à chaque maison de repos de ne pas encore les permettre, "sauf dans les situations déjà prévues depuis plus d’un mois (fin de vie ou urgence vitale)" et attend un éventuel positionnement plus précis de la Région wallonne.

"Pour le moment, la priorité reste au testing dans les maisons de repos. Ensuite, nous nous concerterons avec le secteur pour déterminer les modalités concrètes permettant d’y organiser les visites", a affirmé jeudi la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale (PS).

Les visites dans les maisons de repos seront sur la table du comité de concertation vendredi.

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