Visite du Président de la RDC en Belgique: la diaspora divisée

A la veille de la visite du président Félix Antoine Tshisekedi, la communauté congolaise de Belgique est très partagée. A Matonge, le quartier belgo-congolais de Bruxelles, il y les " pro " et les " anti-Félix ".

Sa nomination comme président de la République Démocratique du Congo, en janvier 2019, à l’issue d’une élection controversée – il n’aurait obtenu que 38,57% des votes alors que Martin Fayulu en revendiquait 61% - son alliance avec le président sortant Joseph Kabila, qui reste l’homme fort du pays, sa rupture avec les anciens alliés de l’opposition, tout cela a déçu ses partisans, ceux qui avaient soutenu son père, Etienne Tshisekedi, et qui voyait en lui le tombeur de Kabila.

La diaspora fatiguée

A Matonge, son élection n’a provoqué aucun mouvement de joie. On n’a pas fêté, on n’a pas dansé dans les rues, ni en en janvier 2019, ni le 30 juin 2019, fête nationale congolaise. C’est que la diaspora est déçue et fatiguée. Ceux qui s’étaient mobilisés à Bruxelles par le passé, soutenant les opposants à Kabila, Tshisekedi compris, considèrent qu’il n’est pas le président légitime.

" On va lui montrer qu’on n’est pas d’accord, nous confie un jeune du quartier. Nous, on voulait Fayulu. Tout le monde sait que ce n’est pas lui qui a gagné les élections. Ils se sont juste arrangés avec Kabila. Tshisekedi est président, mais cela n’a rien changé ".

" Moi, je ne peux pas l’accueillir, ajoute une commerçante, très en colère. Il est le fils du pays. Il fallait qu’il écarte Kabila. Kabila a détruit le pays pendant 18 ans. Le peuple souffre ".

Dans la rue, les esprits s’échauffent. " Est-ce qu’on ne peut pas lui donner une chance ? Cela ne fait que huit mois qu’il est là. On voit qu’il essaye de changer les choses. Je ne suis pas Tshisekediste, mais dans l’intérêt du pays, essayons d’oublier nos divisions ".  

 " Moi, je suis contente que le Congo renoue avec la Belgique et la communauté internationale, dit une jeune femme.  C’est très important que le président Tshisekedi vienne ici. "

Le président Tshisekedi doit séduire la diaspora

Le président Tshisekedi sait qu’il doit convaincre ses compatriotes et il a prévu de rencontrer les membres de la diaspora congolaise. A Bruxelles, les pro-Tshisekedi se préparent à cet exercice qu'ils savent risqué. En coulisses, l’ambassade de RDC a fait appel à des membres de la communauté pour préparer le terrain et éviter les débordements. Des manifestations hostiles sont prévues. Il faut les canaliser.  Dido Lakama, de l’asbl Change, a été mandaté, de manière très informelle, mais bien réelle, pour prévenir les éventuelles violences.

" J’essaye de coordonner les différentes équipes de sécurité. Mon rôle est aussi d’être entre la population et les officiels congolais. Il faut éviter les désordres dans la communauté congolaise. Cela donne une mauvaise image. Il y aura des manifestations anti-président, et il y aura aussi du monde pour accueillir le président. J’essaye de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’indicent ".

Sur le terrain, à Matonge, depuis plusieurs jours, l’entourage de Tshisekedi mobilise la communauté. On distribue des T-shirts et des pagnes à l’effigie du président, et même de l’argent. Selon plusieurs sources, des billets auraient été distribués pour encourager les gens à accueillir dignement Félix. " C’est la tradition en politique au Congo, nous confie quelqu’un de bien informé, cela se fait et cela ne choque personne ".

Dans l’autre camps, celui des " anti ", l’argent circulerait aussi. Dido Lakama confirme : " il y a des jeunes qui ont reçu de l’argent, ils ont été sollicités pour faire telle ou telle chose ". Traduction, pour semer le chaos. C’est bien cela que craignent les services de police, même si en off, les officiels belges tempèrent : " Il y aura tout au plus une centaine de personnes. Nous avons l’habitude de gérer les manifestations à Bruxelles ".

" L’accueil sera glacial, nous confie une ancienne proche de Félix Tshisekedi, aujourd’hui dans le camp des combattants, les opposants radicaux. Il a trahi l’idéal de résistance à Kabila en s’alliant à lui. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Cela dépendra de l’attitude de Félix (Tshisekedi) dès qu’il aura posé le pied sur le sol belge. La diaspora se sent utilisée. A chaque campagne électorale, on fait appel à elle. Une fois au pouvoir, les élus oublient les Congolais de l’étranger ".

Mobilisation sur les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, la mobilisation est forte.  Les " Combattants ", promettent de semer le désordre. Arrivé de Paris, Daddy Zorobibel, un membre des Combattants,  manifestera à Bruxelles. " Nous mobilisons toute la diaspora. Des Congolais de France, du Canada et des Etats-Unis viendront en Belgique. Il n’est pas normal que la Belgique déroule le tapis rouge à un homme qui n’est arrivé que troisième à l’élection présidentielle, et qui pour devenir président, a fait alliance avec Joseph Kabila, qui est un criminel et qui devrait être poursuivi en justice ".

Quel sera vraiment l’accueil réservé à Felix Tshisekedi les 17 et 18 septembre ? Nul n’est prophète. Mais son entourage sait qu’il lui faudra redoubler d’efforts pour séduire une diaspora plus que divisée.

 

 

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