Violences conjugales: "Je ne voyais plus que le suicide pour partir dignement"

"Quitter son compagnon demande énormément de courage, mais cela en demande peut-être moins que de rester en couple avec une personne qui va vous détruire, voire vous mener au suicide", explique Françoise.
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"Quitter son compagnon demande énormément de courage, mais cela en demande peut-être moins que de rester en couple avec une personne qui va vous détruire, voire vous mener au suicide", explique Françoise. - © Tous droits réservés

De l'extérieur, rien ne laisse transparaître que Françoise* a été victime de violences conjugales. Il y a cinq ans, cette femme élégante, apprêtée et volubile est pourtant tombée dans les griffes d'un homme violent. Il suffit d'évoquer le sujet pour que sa carapace se fissure soudain et qu'elle révèle, les larmes aux yeux, son traumatisme.

"J'étais l'exutoire de son agressivité"

Leur histoire a duré trois ans. Trois ans durant lesquels Françoise a subi la violence psychologique et parfois physique de son compagnon. "Tout ce qui le contrariait retombait sur moi de manière inévitable, j'étais devenue son exutoire d'agressivité. Alors que je m'occupais de tout, il me méprisait, il me disait qu'il n'en avait rien à cirer de moi. Puis, quand la colère devenait forte, il était capable de jeter mon ordinateur et mon imprimante par terre et de me coller au sol.

Bien loin de s'excuser, son compagnon accusait alors Françoise d'avoir provoqué sa colère. "Il se dédouanait, c'est d'une perversité inexplicable. Il me disait que j'étais folle. Ça, c'est terrifiant. Il n'y a plus moyen de parler, de raisonner. Et c'était mon quotidien". 

"Il savait comment ne pas laisser de traces de coups"

Françoise a aussi reçu des coups, à quelques reprises. "La violence physique a eu lieu de manière sporadique. Il pratiquait beaucoup de sport et savait parfaitement s'y prendre pour ne pas laisser de traces. Il faisait 50 ou 60 kilos de plus que moi...".

Cette absence de traces physiques a d'ailleurs posé problème à la quadragénaire lorsqu'elle a voulu porter plainte contre son compagnon. "Tant qu'il n'y a pas de certificat avec coups et blessures et des traces visibles, vous n'êtes pas considérée. C'est terrible. C'est une double meurtrissure. La plainte a été classée sans suites. Si la police avait été voir son casier judiciaire, elle aurait pourtant remarqué qu'il y avait d'autres plaintes à son encontre pour acte de violence. Finalement, on l'a laissé dans l'impunité. On l'a applaudi, on lui a dit de continuer. "

Une situation qu'avait déjà dénoncé le mouvement féministe Vie féminine, dans un rapport publié au printemps dernier. 

"A travers le suicide, je voulais retrouver ma liberté"

Jour après jour, la situation de Françoise se dégrade. Elle s'isole, se sent totalement perdue. Jusqu'à considérer le suicide comme la seule issue possible. "Je ne voyais plus que ça, je pleurais tous les jours en cachette. Je voulais partir dignement. Je suis allée voir le site internet de la clinique du suicide en Suisse. A travers le suicide, je voulais retrouver ma liberté. Il n'aurait pas l'ascendant là-dessus. C'est effroyable, je n'avais plus de perspective, j'étais acculée, vidée de toute mon énergie". 

Ses dernières forces lui permettent cependant de quitter son compagnon et de se réfugier ailleurs. Les encouragements de sa fille lui seront aussi d'un grand secours pour s'extirper de l'enfer dans lequel elle a vécu pendant trois ans.

Oser quitter son bourreau

Aujourd'hui, Françoise encourage toutes les femmes victimes de violences conjugales à oser quitter leur conjoint. "Il faut sauver les enfants mais aussi sa dignité. Il faut se dire qu'il y a un meilleur possible. Cela demande énormément de courage, mais au final, cela en demande peut-être moins que de rester en couple avec cette personne qui va vous détruire, voire vous mener au suicide". 

 

(*): prénom d'emprunt

 

Ce dimanche 25 novembre, plusieurs dizaines d’organisations appellent à une manifestation féministe nationale à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

 

Si vous aussi, vous avez besoin d'aide, surfez sur www.ecouteviolencesconjugales.be  ou contactez la ligne d'écoute Violences conjugales au 0800/300.30 (24h/24, 7j/7, anonyme).

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