Violation du secret de l'instruction: les journalistes font-ils leur métier?

Le personnel judiciaire est souvent une source pour les journalistes. Le fait que certains juges ou policiers parlent avec la presse nous permet de lever des lièvres, parfois d'avoir la connaissance de faits importants, de savoir si certains dossiers traînent ou sont étouffés. Nous ne savons pas, dans le cas de Jean-Charles Luperto, si c’est le cas.

Par contre les journalistes sont tenus, sauf cas exceptionnels tels les risques d'attentats terroristes ou la préparation d'assassinats, au secret de leurs sources. Ils ne peuvent donc pas dévoiler l’identité de ceux qui leur ont fourni des informations.

La présomption d’innocence

Face à la déferlante des réseaux sociaux, garantir médiatiquement une présomption d'innocence est parfois difficile.

Même si cela peut paraître un peu classique et formel, il faut rappeler cette présomption d'innocence quand nous abordons un tel dossier, ne pas tenir des propos et des verbes accusateurs, user de qualificatifs superlatifs et proscrire les propos graveleux.

Il faut révéler les faits et en tirer les analyses: des perquisitions ont eu lieu, des instructions sont menées, des charges sont portées, des missions sont données. Tous ces faits sont publics. Concernant une personnalité politique en charge de responsabilités, il faut néanmoins rester attentif au respect de cette présomption d'innocence. D'autant plus que non seulement il n'y a pas d'aveu, mais que ces charges d'outrages aux bonnes mœurs en présence de mineur sont contestées.

Pas de traitement de faveur pour les politiques

Toutes ces précautions ne sont pas réservées aux seules personnalités politiques telles que Jean-Charles Luperto. Nous le considérons comme un personnage public comme les autres. Il n’existe aucune raison de prendre des précautions particulières sous prétexte de sa fonction politique.

Par contre, on sent bien que, dès qu'il s'agit de mœurs et de sexualité, il peut y avoir des propos stigmatisants pour des personnes ou des communautés. Dans le cas présent -et c'est public- il s’agit de relations homosexuelles, qui sont admises par la loi tant qu'elles se déroulent entre adultes consentants et qu'elles n'attentent pas aux bonnes mœurs. Par exemple dans des lieux publics.

Il faut être d’autant plus prudent que sur les réseaux sociaux circulent des propos et des insinuations homophobes. Parmi les valeurs de la RTBF figurent le respect de la diversité, l'interdiction de la stigmatisation et la non-discrimination. Nous faisons donc notre métier d'informer sur les faits et sur notre capacité à l'analyse politique et de société en veillant à ne pas relayer des dérapages.

Et il est heureux que tout cela fasse débat dans la rédaction quand il s'agit de questions portant sur la vie privée et l’exposition des personnes sur la place publique. Heureusement, nous n’avons pas la mémoire trop courte à la RTBF. Nous savons que des dossiers comme ceux-là peuvent être aussi bien fondés que manipulés. Et toute la vérité ne se dégage qu'avec le fil du temps.

Jean-Pierre Jacqmin

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