Vincent Gilles (SLFP): "Il n'y a pas de climat anti-migrants au sein des forces de police"

Vincent Gilles, président du syndicat SLFP police
Vincent Gilles, président du syndicat SLFP police - © RTBF

Quel est l'état d'esprit des policiers quelques jours après la mort de la petite Mawda, tuée par une balle perdue tirée lors d'une course-poursuite sur l'E42? Interrogé sur La Première, Vincent Gilles, président du syndicat SLFP police, explique que cela "ne fait que souligner le sentiment qui prévaut parmi les collègues, c’est-à-dire une grande conscience de la gravité du moment. Cette gravité du moment, malheureusement, c’est la mort d’une enfant lors d’une intervention policière. De tout cela, les policiers sont particulièrement conscients, comme ils sont conscients qu’ils sont redevables de tous leurs actes, et même au niveau individuel. Un tir n’est donc jamais anodin. Et le procureur général a très simplement signifié que le collègue est défait. C’est ce que je veux dire lorsque je dis qu’un tir n’est pas anodin, ça laisse des traces indélébiles auprès et dans la psyché du ou de la collègue qui a fait usage de l’arme".

"Des faits de cette gravité extrême nous renvoient tous en introspection par rapport aux actes que l’on pose de manière systématique dans le cadre de nos interventions, interventions qui ne sont jamais identiques les unes aux autres. Ça nous pose effectivement la question de savoir s’il ne faut pas qu’avant chaque intervention nous imaginions différents scénarios et schémas, de manière à être le plus prêts possible à cette réalité à laquelle on va être confrontés" poursuit-il.

Usage d'arme à feu

L’usage d'une arme à feu était-il légitime dans des cas semblables ? "Ne connaissant rien des éléments de la cause, je ne vais pas m’exprimer par rapport aux faits précis. Je vais donc répondre techniquement que oui. Dans le cas qui nous occupe, à agissement suspect, les policiers avaient parfaitement le droit d’interpeller, d’identifier, de contrôler et voire de mettre en privation de liberté. Maintenant, par rapport à l’usage de la force, c’est l’article 37 de la loi sur la fonction de police qui règle cela, et pour l’usage de l’arme à feu, précisément l’article 38, celui qui le suit, en son deuxième point, c’est-à-dire le tir sur véhicule. On est légalement autorisés à tirer sur un véhicule si une personne armée est à bord. N’oublions pas que ce texte a été rédigé à une certaine époque et qu’un véhicule, dès à présent en certaines circonstances, peut être considéré par un juge de fond comme une arme en tant que telle. Donc, je dirais que techniquement et sans rien connaître des faits de la cause, la réponse est oui" selon le syndicaliste.

Certains partis d’opposition politique affirment que tout cela est le résultat dramatique de la politique d’immigration menée par le gouvernement fédéral. "L’approche des flux migratoires, donc l’approche des illégaux sur notre territoire, n’est qu’un des éléments de nos missions diverses. Évidemment, les policiers de la route de la police fédérale sont particulièrement confrontés à ce phénomène, donc ils y sont eux-mêmes particulièrement attentifs. Il n’y a pas de directives émanant par exemple du ministère de l’Intérieur imposant à tout policier de choisir de préférence le contrôle d’illégaux ou de potentiels illégaux à la constatation d’un fait de vol, par exemple. Ça, non, je dois dénier" poursuit le policier.

Pas de climat anti-migrants

Mais il n'y a pas de climat anti-migrants pour l’instant au sein des forces de police, selon Vincent Gilles: "Absolument pas. Je l’ai dit, pour la toute grande majorité des policiers, c’est le service policier à la population qui prévaut et il y a dans ce service policier à la population, cette mission de contrôle des flux au sein du territoire, dans le territoire, et donc les illégaux sont un point d’attention, mais comme tant d’autres".

Le démantèlement de la jungle de Calais fait qu'il y a davantage de passeurs sur les aires d’autoroutes en Belgique, remarque le syndicaliste : "Très clairement, Flandre orientale et Flandre occidentale ont vécu énormément de mouvements migratoires au lendemain de la dissolution de la fin des grands camps de Petite-Synthe et de Grande-Synthe. Il y a eu des incidents et des agressions à l’égard de chauffeurs, ou de policiers qui, en patrouille, arrivaient sur le parking et constataient une masse de migrants présents. Et ça a poussé le ministre à faire que la sécurité des parkings sur ces deux provinces soit assurée de manière continuelle et beaucoup plus renforcée. On doit effectivement constater un déplacement du mouvement migratoire sur la dorsale wallonne, c’est-à-dire Mons, Namur, en remontant sans doute vers Bruxelles, Ostende et Zeebrugge".

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