Vincent Dujardin: "Baudouin était un roi d'union, un pacificateur du pays"

Vincent Dujardin: "Baudouin était un roi d'union, un pacificateur du pays"
Vincent Dujardin: "Baudouin était un roi d'union, un pacificateur du pays" - © Tous droits réservés

Que faisiez-vous ce jour-là? Il y a 25 ans -le 31 juillet 1993- le roi Baudouin s’éteignait à Motril. Un événement qui a provoqué une onde de choc à travers le pays. Quelle fut son influence réelle, que reste-t-il de son règne et en quoi a-t-il inspiré ses successeurs?

Pour Vincent Dujardin, professeur d’Histoire contemporaine à l’UCL, le décès du souverain a surpris tout le monde: "Au sein du conseil des ministres, personne ne se doutait de l’état de santé du roi. Ce l’était moins pour la reine Fabiola qui savait qu’il avait été entre la vie et la mort en 1992." Le roi ne s’était confié qu’à l’ancien Premier ministre Pierre Armel dont il était très proche. L’homme politique se souvient d’un dernier appel téléphonique le 19 juillet en ces termes: 'J’ai ressenti cet appel comme un adieu.'"

Il y eut ensuite l’incroyable ferveur des Belges lors de l’annonce du décès. A ses funérailles, plus de 500 0000 personnes viendront se recueillir au Palais royal. 1993 est aussi l’année de la 4ème réforme de l’Etat, et de la montée de la peur du séparatisme. La ferveur est aussi liée à l’aspect inopiné de la disparition d’un roi qui régnait depuis déjà 42 ans, mais n’avait que 62 ans lors de son décès. Il y avait enfin son aura populaire: "C’était un roi très humain, très à l’écoute, et respecté au-delà des clivages politiques et philosophiques." Preuve de son prestige à l’étranger, 44 chefs d’Etat et de gouvernement seront présents aux obsèques et 94 pays y seront représentés.

Du roi triste au roi populaire

Le roi véhicule aussi l’image d’un homme qui a souffert, explique Vincent Dujardin : "A 5 ans, il perd sa mère. À 10 ans il connaît la guerre et à 15 ans, il est déporté. Il traversera ensuite l’Affaire royale et ne connaît rien du pays lorsqu’il revient en Belgique. Et il n’aura pas d’enfant… C’est un roi qui a souffert. Se crée ainsi l’image du ‘roi mélancolique’ qui, devenu prince royal à 19 ans, s’estime illégitime par rapport à son père."

Pour l’historien, l’élément déclencheur du passage de ce statut sombre à celui de roi populaire correspond à l’année 1960, lorsque le mariage avec Fabiola lui permet de révéler le "vrai Baudouin".

La mort de Baudouin, pas celle de la Belgique

Vincent Dujardin n’associe pas le décès du roi avec la mort annoncée du pays: "Quelles que soient les qualités d’un roi, il n’est pas le ciment du pays. Baudouin était un roi d’union, un pacificateur du pays. Il favorisait ce qui rapproche plutôt que ce qui sépare".

Les prémices de la fédéralisation du pays étaient déjà présentes durant le règne de Baudouin: "La Belgique avait déjà beaucoup évolué depuis 1958. La fin de la Belgique de Papa remonte à 1959, lorsqu’il lâche le mot ‘indépendance’ à propos du Congo. La Belgique n’est plus une puissance coloniale. C’est ensuite la loi Gilson en 62-63 (ndlr: qui établit la frontière linguistique). Puis la première grande réforme de l’Etat en 1970, qui tisse la Belgique fédérale." Une évolution à laquelle le roi Baudouin était réticent, explique l’historien: " Il avait fait des réserves par écrit au Premier ministre Wilfried Martens y compris sur la réforme de 1993. Aujourd’hui le fait régional est reconnu. "

Le règne de Philippe dans la continuité

On retrouve, selon Vincent Dujardin des éléments de politique similaire dans le règne de Philippe. Comme L’attachement à l’Europe, à la jeunesse et au souci de la cohésion du tissu social, ainsi qu'il l’a montré après les attentats. Avec, aussi, le rôle toujours très présent de la fondation roi Baudouin. Dans sa relation aux médias également avec une certaine prudence vis-à-vis des réseaux sociaux. Il serait aussi plus en retrait sur le plan politique. Mais l’historien constate qu’à la fin de son règne "Baudouin n’avait pas le poids politique qu’on lui attribue aujourd’hui."

Une foi publiquement affichée

La conviction religieuse de Baudoin et de la famille royale était aussi plus affirmée. Avec, comme illustration, l’épisode de l’"impossibilité de régner " de Baudouin lors de son refus de signer la loi sur l’avortement. Le roi avait dit au Premier ministre en 1990 : "J’ai un problème de conscience, mais le processus démocratique doit se poursuivre ". Un pas de côté unique, après lequel il s’était montré plus prudent.

La royauté protocolaire: depuis 1993

Sur le plan politique, Baudouin était plus volontariste, commente Vincent Dujardin. "C’est en 1973 qu’il a, pour la dernière fois, empêché la nomination d’un ministre. Il poussera pour que Wilfrid Martens reste de Premier ministre et non pas Jean-Luc Dehaene qui ne le deviendra que plus tard." On retiendra encore qu’Albert II a été beaucoup plus en retrait que son frère. "Mais lors de la grande crise de 2007 c’est lui qui a fait le gouvernement provisoire Verhofstadt III. Et lorsqu’il empêche la séance plénière du Parlement sur BHV, il joue un peu 'à la Baudouin'. Pour Philippe, c’est encore beaucoup plus difficile à dire. Mais en 2014 à l’occasion de sa première formation gouvernementale il n’a pas mis de bâtons dans les roues lors de l’entrée de la N-VA au gouvernement fédéral.".

L’historien conclut que dès 1993, la royauté était déjà très proche d’une monarchie protocolaire.

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