Vincent de Coorebyter: "En Belgique, les médias et les politiques utilisent de manière excessive la notion de crise"

Les négociations qui se déroulent actuellement pour mettre en place des coalitions à différents niveaux de pouvoir sont caractéristiques du système proportionnel que nous connaissons en Belgique, explique le politologue Vincent de Coorebyter interrogé sur La Première : "Depuis 1958, on doit traditionnellement mettre en place des gouvernements de coalitions qui vont associer des perdants mais qui sont restés premiers ou deuxièmes, et des gagnants au sens des partis qui ont le plus progressé. C'est le moment frustrant pour les électeurs qui ont souverainement choisi, et qui voient les partis mener totalement librement les négociations, et éventuellement tenter des coalitions qui sont plus ou moins heureuses ou plus ou moins choquantes pour une partie de l'électorat".

Le fait que la société civile soit consultée dans le cadre des négociations pour la formation de gouvernements en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles, "c'est d'abord nécessité fait loi" souligne Vincent de Coorebyter, "Si le PS et Ecolo voulaient gouverner ensemble parce qu'ils estiment avoir un maximum de convergences, qu'ils ne trouveraient pas avec d'autres partenaires disponibles, ils n'ont pas la majorité. Certains rêvent d'un gouvernement minoritaire qui, grâce à un appui de la société civile, gagnerait une certaine légitimité démocratique complémentaire. Cela ne règle pas le problème arithmétique d'une majorité parlementaire stable, qui est toujours préférable".

Si l'hypothèse de gouvernements minoritaires est envisagée c'est avant tout parce que les trois grands courants politiques traditionnels reculent en Belgique: "Libéraux, socialistes et catholiques sont passés à la Chambre à moins de 45% des voix, alors qu'il y a un demi-siècle ils étaient aux alentours de 80%. De plus, certains partis refusent de participer à des exécutifs, comme le cdH ou le PTB. Et enfin il y a les exclusives : le fait que tel parti ne veut pas gouverner avec tel autre. On cumule ces trois facteurs", poursuit le politologue.

 

Hyperbole

"Je suis confiant parce que je pense qu'on a toujours pratiqué l'hyperbole dans le commentaire politique et médiatique, et qu'on utilisait de manière excessive la notion de crise. En 2010-2011 quand il a fallu 541 jours pour mettre un gouvernement en place, il n'y avait pas de crise. Il y avait une méga-négociation institutionnelle préalable à la mise en place d'un gouvernement. Tous les partis ont pris part à la négociation. Il y avait simplement un programme infernal, qui était une réforme de l'Etat considérable. Cela s'est décanté quand la N-VA a quitté la table, et le processus s'est accéléré" dit-il encore.

"Il y aura une crise s'il y a une vacance du pouvoir parce que des partis ne parviennent pas à s'associer, à coup d'exclusives plus ou moins réciproques" selon lui

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