Vices de construction

Avec le retour dans l’actualité du plan de survol de Bruxelles et de sa périphérie, c’est aussi un nouveau problème communautaire que l’on a réveillé.

Pensez-bien ! Avec un aéroport national (le seul à être considéré comme tel en Belgique), situé en Flandre (Brussel-Nationaal a disparu depuis longtemps des médias néerlandophones) qui le considère comme un outil économique essentiel pour elle, mais dont les nuisances retombent essentiellement, suivant les plans de vol, sur Bruxelles, la périphérie (francophone) voire la Wallonie, tout est réuni pour une nouvelle confrontation communautaire. Surtout dans le climat actuel.

Couteaux tirés

Entre les différents niveaux de pouvoir du Royaume, cela reste tendu et le comité de concertation n’a jamais aussi mal porté son nom.

Ce dossier risque à nouveau de concentrer toutes les divergences mais aussi tous les vices de conception des institutions belges, et donc de la Belgique elle-même.

Contrairement à beaucoup d’autres, le fédéralisme belge est un fédéralisme de " déconstruction ". Il s’agit aussi d’un fédéralisme à très peu d’intervenants qui s’est installé par à coup, sans vision large ou à long terme, souvent sous le coup des émotions ou des évènements.

Le fédéralisme belge a aussi pour principal moteur la volonté d’autonomie/indépendance de la Flandre et le rejet de la Belgique qui la sous-tend. Il a aussi l’originalité de voir une majorité se sentir minorisée et se comporter comme tel.

Concertation forcée

La Belgique a surtout depuis 40 ans, la particularité unique au monde, de ne plus avoir aucun parti national. La force des anciennes habitudes a longtemps servi de liant et ensuite, on s’est organisé pour que les mêmes formations se retrouvent aux différents niveaux de pouvoir. Le système était compliqué mais la concertation permettait le compromis dans un modèle qui a toujours soigneusement évité de choisir entre un fédéralisme centré sur les communautés (thèse flamande) et un autre sur les régions (thèse wallonne et bruxelloise).

Autre difficulté pour le fédéralisme sauce belge : pas de hiérarchie des normes, une loi fédérale n’a pas plus de force qu’un décret régional, un pouvoir ne peut rien imposer à un autre, même si par ailleurs de nombreux organes de contrôle ou de conseil (Cour des Comptes, Comité de Monitoring, Conseil Supérieur des Finances, Bureau du Plan, etc…) sont restés dans le giron fédéral.

Plus globalement, un tel système avec de tels vices rédhibitoires ne peut que fonctionner qu’avec la bonne volonté de ceux qui l’ont conçu.

La dernière réforme de l’Etat accentuait encore cela en faisant du Comité de Concertation le poste de pilotage de cette " nouvelle Belgique " où personne n’avait de préséance ou en faisant par ailleurs, le pari d’accord de coopération entre les entités.

Mais aussi bien la concertation ou la coopération demandent un minimum de confiance entre les partenaires. C’est là que ça coince et toute la Belgique risque de se retrouver bloquée. On voudrait faire la preuve que ce pays ne peut fonctionner que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

 

Philippe Walkowiak

 

@PhWalkowiak

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