Veviba: le MR, comme le PS et le cdH, réclame un audit complet de l'Afsca

Maggie De Block, Kris Peeters, Denis Ducarme et  Herman Diricks, le directeur de l'Afsca.
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Maggie De Block, Kris Peeters, Denis Ducarme et Herman Diricks, le directeur de l'Afsca. - © DIRK WAEM - BELGA

La commission de la santé publique de la Chambre se penche ce lundi après-midi sur l’affaire Veviba, le nom de cette entreprise liée au scandale de la viande qui secoue la Belgique depuis le 8 mars dernier. 

"Une entreprise mafieuse"

Le premier à prendre la parole est Denis Ducarme (MR). Le ministre fédéral de l’Agriculture parle d'une "entreprise mafieuse qui n'a pas hésité à mettre en danger la santé des consommateurs à des fins financiers". Il a d'ailleurs été interpellé sur ces termes par, entre autres, Raoul Hedebouw (PTB). Le ministre Ducarme a répondu qu'il n'avait pas trouvé de meilleur qualificatif et qu'il soutenait ses propos. 

Le ministre libéral se demande "pourquoi a-t-il fallu au juge d'instruction plus d'un an et demi pour réaliser une perquisition" compte-tenu des informations qu'il avait à sa disposition. Il a aussi invité l'Afsca à ne plus s'exprimer "dans un sens qui soutiendrait que tout a été fait comme ça devait être fait".

Des "déchets d'origine animale impropres à la consommation humaine"

Denis Ducarme est revenu sur les rétroactes et explique que si l'inventaire du congélateur n'a pas pu être entièrement contrôlé lors de la perquisition du 28 février, c'est parce qu'il y avait au moins 2000 palettes de viande. "Sur ces 2000 palettes, 200 ont été contrôlées. Et sur ces 200, 138 (70%) se sont avérées non conforme à la consommation pour diverses raisons". Les contrôles ont mis en évidence la présence de "déchets d'origine animale impropres à la consommation humaines", précise-t-il. "Or Veviba tentait d'utiliser cette viande crue dans la fabrication de viande destinée à la consommation humaine"

D'autres manquements ont également été constatés par l'Afsca : des dates de congélation postérieures à la date de perquisition, des produits périmés, des produits congelés depuis 2001, des produits sans étiquetage et donc sans traçabilité. 

Denis Ducarme parle d'"une fraude à large échelle" et "mafieuse".

Une demande d'audit sur l'Afsca

Suite à cette perquisitions une série de mesures ont été prises, mais Denis Ducarme demande aujourd'hui un audit complet de l'Afsca, comme l'ont demandé le cdH et le PS juste avant le début de cette séance. 

"Une demande d'audit sur l'Afsca et en particulier sur les contrôles et process des contrôles", précise le ministre de l'Agriculture qui affirme que cela va impliquer des réformes au niveau de l'Afsca. Car "l'Afsca n'a pas rempli sa mission". L'agence aurait dû, selon lui, réaliser des contrôles plus sévères chez Veviba puisqu’elle savait que la justice enquêtait sur ses pratiques.

Et de préciser qu'il y aura "une tolérance zéro", qu'il n'y aura "pas de pitié pour les fraudeurs" et qu'il faudra "leur faire payer, au sens propre"

En tant que ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block (Open-VLD) a confirmé la présence de ces aliments de catégorie 3 (déchets d'origine animale impropres à la consommation humaines). Des aliments qui n'auraient jamais dû se retrouver-là. Mais aujourd'hui, tout est sous contrôle selon elle. La ministre a également expliqué que la majorité des entreprises enregistrées participent volontairement au renseignement de leurs données durant toute l'année à l'Institut de la santé publique : "si des écarts avaient pu être constatés, nous l'aurions vu". 

Veviba doit continuer à payer son personnel

Kris Peeters (CD&V), le ministre en charge de la protection des consommateurs et de l'Économie a pour sa part déclaré que les 48 ouvriers et 29 employés de Veviba ne pourraient pas bénéficier du chômage économique temporaire. Pour lui, l'entreprise a l'obligation de continuer à les payer. 

Puisqu'il s'agit de "pratiques frauduleuses, voire même mafieuses, les travailleurs travailleurs ne peuvent pas être les dindons de la farce". Autrement dit, Veviba "doit respecter ses engagements à l'égard du personnel"

Parallèle avec la crise du fipronil

Certains députés ont fait un parallèle avec la crise des œufs contaminés au fipronil survenue en août 2017. Ce fut notamment le cas du ministre wallon de l'Economie, Pierre-Yves Jeholet. Denis Ducarme a rebondi sur ces propos en insistant sur le fait qu'il fallait "éviter les amalgames". Pour le ministre, le travail réalisé par l'Afsca durant la crise du fipronil a été précieux et "nous a permis de réagir de façon optimale". Cependant, il estime que ce n'est pas le cas dans ce scandale-ci. 

"Chaque plainte fait l'objet d'un suivi"

Le directeur de l'Afsca, Herman Diricks, s'est longuement expliqué sur les types de contrôle et ses fréquences tels qu'ils sont prévus par l'arrêté royal. Selon lui, l'Afsca l'a suivi scrupuleusement. 

Herman Diricks réfute catégoriquement les informations selon lesquelles l'Afsca se concentre uniquement sur le secteur de la distribution. Les chiffres le prouvent, selon lui, "le secteur de la transformation, les abattoirs, concentrent le gros des efforts"

Et il l'affirme : "Nos collaborateurs ont pour mission d'effectuer tous les contrôles de manière inopinée". Et "chaque plainte fait l'objet d'un suivi"

Le directeur de l'Afsca estime que son agence "a coopéré au mieux" tout en étant tenue par le respect du secret de l'instruction.

"Nous n'avons pas pu nous-même mener une enquête faute de moyens", a-t-il ajouté. Une enquête qui aurait sans doute été préjudiciable pour la justice.  

"Un déni le plus complet"

Ces propos du patron de l'Afsca n'ont pas du tout convaincu. Ils ont même irrité dans l'opposition. Jean-Marc Nollet (Ecolo), par exemple, a déclaré "être en colère" comme tous les citoyens et a parlé d'"un déni le plus complet" de l'Afsca "par rapport à sa capacité de contrôle"

Olivier Maingain (DéFI) a également parlé de "fuite des responsabilités inacceptable".

Olivier Maingain a également ajouté que si les pratiques mafieuses, dénoncées par le ministre de l'Agriculture, se confirment, cela veut dire "clairement qu'il y a eu corruption". Et "si corruption il y a, il faudra en dire bien plus !".

Muriel Gerkens (Ecolo) comme d'autres s'étonne qu'aucune mesure n'ait été prise par l'Afsca alors que des fraudes avaient été constatées par un agent au Kosovo et que la justice avait été saisie. "L'Afsca aurait dû agir dès ce moment-là"

Pour d'autres encore, "c'est la guerre aux prix plancher qui est coupable de cette fraude". "Une guerre qui est déjà désastreuse pour les agriculteurs". L'occasion pour le gouvernement de définir un prix minimum pour les agriculteurs. 

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