Vers un nouveau report du vote sur l’avortement ? Pour Eliane Tillieux (PS), "c’est un scandale d’instrumentaliser les institutions"

Après un troisième passage par le Conseil d’Etat, la proposition de loi qui dépénalise et assouplit les conditions d’accès à l’avortement revient ce mercredi en séance plénière de la Chambre. Mais le vote de ce projet de loi pourrait ne pas intervenir. Car cette loi divise toujours, et la Flandre y reste majoritairement opposée. Eliane Tillieux, était l’invité de la matinale de Première ce mercredi matin.

Alors que certains partis comme le CD&V et la N-VA en ont fait un enjeu pour la formation d’un futur gouvernement, le PS dénonce de son côté, un chantage. Interrogée par Rachel Crivellaro sur le texte actuellement sur la table de la Chambre, la députée PS qui soutien le texte a réaffirmé sa conviction que cette loi sur la dépénalisation de l’avortement et l’extension du délai dans lequel celui-ci peut se pratiquer est une avancée.

"Nous sommes convaincus que la proposition apporte une solution à toutes ces femmes qui, aujourd’hui, se trouvent confrontées à une grossesse non désirée et n’ont pas d’option ici en Belgique", faisant référence aux femmes qui se rendent aux Pays-Bas chaque année. "Elles sont entre 500" et 1000 chaque année à devoir faire ce pas, clandestin, parce que chez nous nous avons limité à douze semaines la période durant laquelle l’interruption de grossesse peut se faire", a indiqué la députée socialiste.

Délai de réflexion raccourci de quatre jours, délai pour pratiquer l’IVG étendu de 12 à 18 semaines

Pour Eliane Tillieux, il y a d’autres volets qui sont dans cette loi, notamment la réduction de délai obligatoire de réflexion qui passerait de 6 jours à deux jours. "Doit-on obliger une femme qui a pris, réfléchi mûrement sa décision d’attendre six jours pour pouvoir procéder à une interruption de sa grossesse ?", interroge la députée.

Autre élément clé du texte, le passage de la durée dans lequel l’IVG peut se pratiquer de 12 à 18 semaines. Un des points les plus sensibles du projet de loi avec des avis mitigés ou opposés parmi le corps médical qui estime que le texte va trop loin. Certains opposants au texte évoquent même un "mini-accouchement" au stade des 18 semaines.

"Les choses sont techniquement différentes avant douze semaines ou après douze semaines, cela relève de la technique médicale", "c’est autre chose néanmoins ces interruptions de grossesse se déroulent aussi aujourd’hui, ne fermons pas les yeux. Elles se déroulent aujourd’hui pour des raisons médicales", précise Mme Tillieux qui indique que le but est de "pouvoir trouver une solution" pour les femmes qui se trouvent sans autre solution que d’aller à l’étranger.

Elle ajoute : "Aujourd’hui, il n’y a pas de solution. On s’enfuit la tête dans le sable et on envoie des femmes procéder à l’interruption de grossesse aux Pays-Bas, où là ça peut se faire mais dans une langue différente, avec des centres hospitaliers qu’elles ne connaissent pas, loin de leur famille et cela coûte cher puisque cette opération n’est pas remboursée".

Vers des avortements sélectifs ?

L’un des arguments des opposants au texte de loi est que l’extension du délai pour avorter de 12 à 18 semaines est que cela pourrait ouvrir la porte à des avortements sélectifs puisqu’à ce stade, il est possible de connaître le sexe du futur enfant. "Quel mépris pour les femmes !", s’insurge la députée à la Chambre qui estime d’abord que la plupart des femmes souhaitent poursuivre leurs grossesses. Pour toutes les autres qui se retrouvent face à une grossesse non-désirée, "nous devons l’entendre plutôt que de laisser se réaliser des drames familiaux".

Répondant à ceux qui souhaiteraient que l’on laisse les grossesses arriver à terme et que les enfants soient ensuite proposés à l’adoption, elle a jugé cette proposition anachronique : "Écoutez, on est quand même au 21e siècle. Je crois qu’aujourd’hui nous avons les moyens d’interrompre la grossesse avant qu’il ne soit trop tard, pour que ces femmes puissent librement choisir de mener à terme ou non leur grossesse".

Ce que nous voulons, c’est que la femme puisse choisir

Pour Eliane Tillieux, ce ne sont pas les médecins qui doivent prendre la décision d’interrompre une grossesse ou non. "Ce que nous voulons, c’est que la femme puisse choisir" car "c’est elle qui doit pouvoir juger de son avenir, de l’avenir de ce qu’elle porte en elle et de pouvoir prendre les décisions qui s’imposent avant qu’il ne soit trop tard". La députée PS rappelle que l’OMS considère "que la viabilité d’un fœtus, c’est après 22 semaines. Et donc nous sommes bien avant."

Qui sont ces 500 femmes en moyenne qui vont aux Pays-Bas pratiquer une IVG chaque année ?

Cieltje Van Achter (N-VA) s’interrogeait hier dans la matinale de la Première sur le profil de ces "500 femmes" qui se rendent aux Pays-Bas en moyenne chaque année et estimait qu’il fallait en savoir plus sur elles avant de voter "vite, vite" la loi.

Pour l’ex ministre wallonne de l’Emploi et de la Formation, l’argument n’est pas pertinent. "Quelle est l’importance de savoir qui sont ces femmes ? Quelle est l’importance de savoir quel est leur niveau socio-économique ? Quel est leur état de mère célibataire ou de femme en couple ?", interroge Eliane Tillieux.

Pour elle, le problème c’est que "ces femmes ont atteint douze semaines de grossesse sans se rendre compte de leur état et qu’elles le réalisent après le délai et que donc nous devons pouvoir trouver des solutions". Dans la foulée, elle interpelle les partis qui s’opposent au projet de loi en leur demandant : "Quelle solution proposez-vous à la femme qui vient trouver le médecin après douze semaines de grossesse et qui dit 'je ne peux pas'. Psychologiquement, je ne peux absolument pas. Je veux interrompre ma grossesse'. Quelle est la réponse ?".

Pour elle c’est clair : il faut que la Belgique trouve une solution "sans envoyer ces femmes clandestinement à l’étranger".

Vers un nouveau report du vote du texte ?

Après trois renvois vers le Conseil d’Etat le texte de loi doit repasser à la Chambre des représentants ce mercredi. Mais le texte pourrait être renvoyé une quatrième fois et le vote reporté. Pour la socialiste, "c’est un scandale d’utiliser de cette manière, de manipuler, d’instrumentaliser les institutions".

Pour Eliane Tillieux, les amendements apportés ne correspondent pas à des éléments nouveaux du débat et il s’agit de "flibuste" pour tenter de reporter à nouveau le vote et l’empêcher.

Le texte sera-t-il renvoyé une quatrième fois vers le Conseil d’Etat ce mercredi par ses opposants ? Quel impact ce débat houleux aura sur les négociations en vue de former un gouvernement fédéral ? En tout cas, après les déclarations de Paul Magnette indiquant qu’il pouvait envisager de négocier avec la N-VA, Eliane Tillieux a confirmé la volonté du PS de "pouvoir prendre des décisions". Face à l’échec des négociations antérieures, la députée socialiste estime qu’il faut pouvoir discuter "même avec ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord" et la question de l’IVG et des autres questions éthiques devraient être scindées des autres discussions comme la relance économique, par exemple.

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