Les ministres du gouvernement Borsus ont prêté serment devant les députés wallons

Aucun des ministres socialistes du gouvernement Magnette n'était présent ce vendredi au parlement, pour une séance qui devait officialiser la "mise en service" du gouvernement Borsus.

Le président du parlement wallon André Antoine (cdH) a ouvert la séance par l'examen de la motion de méfiance constructive présentée par huit parlementaires (4MR et 4 cdH), qui permet d'obliger la démission d'un exécutif, contre son gré. Et donc de défaire le gouvernement PS-cdH pour le remplacer par l'alliance MR - cdH, suite à la décision du parti humaniste de ne plus gouverner avec les socialistes, empêtrés dans de multiples scandales, autant du côté bruxellois que wallon.

Dimitri Fourny (cdH): un "vote historique"

Les auteurs de cette motion la défendent : au nom du cdH, le député Dimitri Fourny parle de la nécessité de "mettre fin à la paralysie du gouvernement wallon dans les huis clos de l'Elysette". "Ce vote est historique car il va permettre l'alternance" poursuit-il. "Nous venons de prendre 35 jours pour ne pas perdre 2 ans de plus".

Dimitri Fourny a rappelé les raisons pour lesquelles son parti ne voulait plus gouverner avec le PS. Il a évoqué non seulement les affaires face auxquelles les socialistes auraient mis trop de temps à réagir, quand ce n'était pas à reculons, mais aussi leur attitude changeante. Selon lui, la cohérence et la loyauté dans l'exécution des accords de gouvernement était mise en péril.

"Aujourd'hui, le parti socialiste est de plus en plus divisé entre sociaux démocrates responsables et néo-communistes aventureux", a-t-il lancé. "Nous pensions avoir signé en 2014 un accord avec des sociaux-démocrates, nous nous sommes retrouvés au final pris dans une course derrière le PTB". Dimitri Fourny a aligné les reproches, suscitant régulièrement les réactions réprobatrices des bancs PS: État tentaculaire, ministre-président qui n'était pas disponible à 100%, réputation dégradée de la Wallonie, etc. Les médias ont aussi été pris pour cible: une "certaine presse complaisante" aurait "colporté" la thèse d'une déchirure du contrat, qui ne plaît manifestement pas au cdH.

Jean-Paul Wahl (MR) : "Nous ne pouvions laisser les Wallons dans l'incertitude"

Le MR a fait le choix de la sobriété dans son intervention. Le nouveau chef de groupe, Jean-Paul Wahl, a invoqué le sens des responsabilités de son parti. "La crise n'a pas été provoquée par le MR", a-t-il rappelé. "Nous avons considéré que nous ne pouvions pas empêcher les institutions de fonctionner".

Christophe Collignon (PS): "Qui trahit un jour, trahit toujours"

Le socialiste Christophe Collignon reproche à Dimitri Fourny d'avoir pris la parole trop longtemps, et surtout d'avoir déjà commencé à défendre la prochaine Déclaration de politique régionale. Ce qui "ne mérite qu'une chose : le mépris" selon le chef de groupe socialiste. "Ce qui se passe aujourd'hui est une trahison, la rupture d'un accord qui marque la déloyauté du cdH".

L'initiative du cdH se justifie uniquement, à l'entendre, par une tentative de sauver sa peau face à une érosion électorale devenue inexorable. "La raison majeure de l'arrêt de mort de l'actuelle coalition gouvernementale est ailleurs. Le cdH voit son avenir s'assombrir inexorablement. Son président a tranché: à tout prix, il faut sauver le soldat cdH". La politique du nouveau gouvernement de droite se rapprochera de celle menée à l'échelon fédéral, a averti le PS.

"En appelant le MR à la rescousse, Benoît Lutgen aura réussi un tour de force: il se rapprochera subtilement d'Anvers (fief du président de la N-VA, Bart De Wever). Le souffle du parti nationaliste flamand ne sera jamais loin d'ici". Le PS a imputé au cdH l'imbroglio institutionnel de l'espace francophone, dont les entités seront écartelées entre les majorités différentes. "On cherchera vainement la cohérence d'un gouvernement wallon qui devra travailler main dans la main en adéquation avec les matières communautaires, comme l'enseignement".

"Chers collègues du MR, je vous souhaite réellement bonne chance, mais n’oubliez pas l’adage 'qui trahit un jour, trahit toujours'". Christophe Collignon remercie les cinq ministres socialistes du gouvernement Magnette : "Ils n’ont eu de cesse d’avoir comme objectif prioritaire le service au bénéfice de toutes les Wallonnes et de tous les Wallons".

Stéphane Hazée (Ecolo): "Le blocage persiste"

Ecolo s'est tenu à équidistance du PS et cdH, coupables des mêmes maux, d'après lui. Il a pris note des engagements pris en matière de gouvernance par la nouvelle coalition. "Nous sommes loin d'un basculement: dès que l'on s'approche du cœur du système, le blocage persiste", a regretté Stéphane Hazée.

PTB : "Cirque politique"

La motion n'a pas plus trouvé grâce aux yeux du PTB. "Ce à quoi nous assistons, relève plus du cirque politique que de la démocratie", a fustigé Frédéric Gillot.

Vote oral

Les micros prévus pour les députés qui s'expriment devant toute l'assemblée étaient en panne, ils devaient tenir à la main un micro sans fil, mais qui produisait des grésillements. Au moment du vote, André Antoine annonce que le système informatique pour voter est en panne, le vote de la motion de défense s'est donc fait oralement, chaque député répondant "oui" ou "non" à l'appel de son nom. La motion de défiance est adoptée, 39 voix pour (MR — cdH — député indépendant) contre 35 (PS, moins le député Stoffels absent). Aucun parti d'opposition ne s'est abstenu au moment du vote. 

Quelques petits "couacs" techniques et autres cocasseries ont émaillé la séance:

Prestations de serment des ministres

Les ministres du gouvernement Borsus ont alors prêté serment. Et la séance a été suspendue.

Entretemps, le nouveau ministre-président Willy Borsus (MR) s'est rendu au Château de Laeken afin de prêter serment devant le Roi.

En fin d'après-midi, revenu à Namur, Willy Borsus présentera la nouvelle Déclaration de politique régionale. Les groupes de la majorité et de l'opposition en débattront dans la foulée, avant un vote de confiance qui devrait intervenir aux alentours de 22h30. Ce sera le dernier acte d'un renversement de majorité inédit en Wallonie.

Paul Magnette, qui était encore ministre-président jusque ce vendredi matin, n'était pas présent au parlement wallon. Il a réagi sur Twitter lorsque le changement de majorité a été acté par cette citation: "Ils ont voulu nous enterrer. Ils ne savaient pas que nous étions des graines".

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