Vente de visas humanitaires: flou artistique ou clientélisme ?

Vente de visas humanitaires : flou artistique ou clientélisme ?
Vente de visas humanitaires : flou artistique ou clientélisme ? - © THIERRY ROGE - BELGA

Dans le cadre du scandale des visas humanitaires, la Commission de l’Intérieur de la Chambre a auditionné Freddie Roosemont, directeur de l’Office des étrangers, et Dirk Van den Bulck, directeur du Commissariat général aux réfugiés et apatrides (CGRA). Objectif : expliquer le système d’attribution de visas humanitaires de la Belgique.

En filigrane, il s’agit d’essayer de faire la lumière sur une toute une série de visas humanitaires octroyés à des Chrétiens de Syrie par le cabinet de l’ex-secrétaire d’État à l’Asile et la migration, Theo Francken (N-VA), visas délivrés sur base de listes établies par des intermédiaires privés, au contraire des habituelles ONG et organisations internationales. Or, au moins un de ces intermédiaires, le conseiller communal de Malines, Melikan Kucam, fait l’objet d’une enquête, soupçonné d’avoir monnayé ces visas. Aujourd’hui, c’est toute la gestion de ces visas humanitaires par le cabinet Francken qui fait l’objet de suspicions.

Or, d’une certaine manière, l’Office des étrangers et le CGRA ont volé au secours de l’ex-secrétaire d’Etat à l’Asile et la migration. Ils ont en effet confirmé l’absence des Nations-unis et du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) sur le terrain en Syrie lors de la guerre.

Ce qui excluait toutes possibilités d’octroyer un visa humanitaire aux populations locales via le système de « réinstallation » ou encore de « relocalisation », c’est-à-dire via l’intervention d’organisations publiques sur place et l’Office des étrangers en Belgique.

Travailler sur base de listes n’est pas habituel, mais pas nouveau

Il n’y aurait donc pas eu d’autres possibilités pour sauver les Chrétiens de Syrie des griffes de l’Etat islamique que de recourir à la filière des « visas humanitaires discrétionnaires », ceux que peut décider de délivrer le titulaire de l’Asile et la migration à des personnes en situation de vulnérabilité.

Une procédure qui ne fait l’objet d’aucune réglementation et n’impose donc de facto aucune interdiction sur le recours à des intermédiaires privés.

« Travailler sur base de listes n’est pas habituel, mais pas nouveau. Ce n’est pas la première fois que l’on a travaillé de cette manière », a indiqué Freddy Roosemont. Devant les députés, il a notamment expliqué que le fait de délivrer des visas humanitaires sur base de listes était une pratique qui avait déjà été mise en œuvre notamment en 1994 lors du génocide au Rwanda ou encore en 2010 à la suite du séisme qui a frappé Haïti.

Aucune opposition jusqu’à récemment

« L’affaire qui nous occupe actuellement est un prolongement des opérations exceptionnelles menées en 2015 pour le sauvetage de Syriens chrétiens d’Alep (244) et dans le nord de la Syrie (37) », a précisé le directeur général. « Ces personnes ont été sélectionnées par l’église orthodoxe syrienne. »

Pas de quoi cependant éclairer suffisamment la lanterne de certains députés restés sur leur faim et pour qui les opérations de sauvetage des Chrétiens de Syrie gardent un caractère opaque. Qui étaient ces intermédiaires privés qui dressaient les listes de ceux à qui il fallait porter secours ? Sur base de quels critères les réfugiés étaient sélectionnés pour venir en Belgique ? Pourquoi, alors que la guerre est terminée en Syrie, continuer à sauver des Chrétiens syriens et pas les réfugiés qui se trouvent dans les camps dans les pays limitrophes ? Encore beaucoup de questions sans vraiment de réponse, dans l’attente peut-être d’une audition de Théo Francken. L’ex-secrétaire d’État a en effet fait une petite visite très médiatique à la Commission, avant de s’éclipser pour réserver ses réactions à Twitter…

Soir première 17/01/2019

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