La manifestation des militaires s'achève dans le calme après les accrochages avec la police

Plusieurs milliers de militaires et membres de leur famille, rejoints par des policiers, ont bruyamment manifesté mardi à Bruxelles pour protester contre le relèvement de l'âge de la pension pour les membres des forces armées, une décision prise le mois dernier par le gouvernement, sans toutefois obtenir de promesses fermes du ministre de la Défense, Steven Vandeput, d'une adaptation de cette mesure.

Ils étaient près de 10 000 selon les syndicats (soit un tiers des effectifs de l'armée belge) et 8120 selon la police à battre le pavé pour dénoncer l'allongement des carrières militaires à 63 ans en 2030, une mesure qui "supprime la reconnaissance de la spécificité du métier de militaire" jusqu'ici en vigueur, selon les libéraux du Syndicat libre de la Fonction publique (SLFP-VSOA) Défense.

Ils sont plus nombreux que nous et mieux entraînés

Un face à face parfois tendu, émaillé de jets de pétards et de fumigènes, a opposé militaires et policiers sur la petite ceinture, à hauteur du cabinet du ministre de la Défense, aux cris de "Vandeput démission".

Une autopompe de la police fédérale à du intervenir à trois reprises et des renforts de policiers anti-émeutes ont renforcé par moment leurs collègues en première ligne, a constaté l'agence Belga.

"Ils sont plus nombreux que nous et mieux entraînés. Nous allons faire profil bas", avait lancé le chef du dispositif policier avant l'arrivée manifestants.

"Sept sur dix", a ensuite commenté un policier coutumier de ce genre de manifestations, interrogé sur le degré de violences utilisé par les militaires, dont certains semblaient sous l'influence de l'alcool.

Les manifestants ont quitté vers 14h30 les environs du cabinet du ministre pour poursuivre leur parcours vers l'Albertine où la dispersion a eu lieu. Les derniers d'entre eux ont, tout comme ceux qui étaient à la tête du cortège, serré la main des policiers avant de partir.

Mais la rue Lambermont portait les stigmates de cette manifestation inhabituelle pour les militaires - la dernière en date remonte à juin 2002 - et était jonchée de détritus allant des citrons, symbole du militaire que le gouvernement presse, aux pierres, en passant par les gamelles vides et les vieilles bottines, les canettes et les bouteilles.

Rencontre avec le ministre

En marge de cette manifestation, Steven Vandeput, qui est également ministre de la Fonction publique, a rencontré en début d'après-midi les représentants des quatre principaux syndicats - le SLFP-VSOA Défense, la CSC-ACV Services publics, la Centrale générale des Services Publics (CGSP-ACOD) et la CGPM-ACMP (apolitique) - qui sont sortis déçus de cet entretien.

"On est resté dans une impasse, le ministre n'a pris aucune responsabilité par rapport à ce qui se passe à l'extérieur. Il a allumé la mèche et maintenant il s'étonne et nous demande à d'essayer de la calmer (la situation). Les militaires en ont ras le bol d'avoir ce genre de décisions", a lancé à chaud un responsable du SLFP, Gilles Van Oosthuijze.

M. Vandeput (N-VA) a, dans un communiqué et dans des déclarations à la presse, reconnu l'ampleur du mouvement, parlant des 8500 manifestants comme d'un "signal très important" et assurant qu'il allait défendre la spécificité du métier de militaire.

Il a toutefois souligné qu'il ne pouvait pas faire des promesses qu'il n'est pas à même de réaliser.

Le ministre a ajouté qu'il demanderait à son collègue des Pensions, Daniel Bacquelaine (MR), d'entamer "cette année encore le dialogue social" sur les conséquences de la décision gouvernementale, en gardant à l'esprit la spécificité de la profession militaire.

Lors de l'établissement du budget 2017, le gouvernement fédéral a décidé de relever progressivement l'âge du départ à la retraite des militaires, de supprimer le calcul avantageux (tantièmes) à partir de janvier 2019 et d'introduire des conditions de carrière (comme un nombre minimal d'années de service) avant de pouvoir partir à la pension. En 2030, l'âge de départ à la retraite sera de 63 ans.

Un ras-le-bol né de frustrations

Ces mesures concernant leur pension (adoptées en octobre dernier par le gouvernement) ne passent pas. Les militaires sont inquiets et en colère, dans un contexte de menace terroriste et une charge de travail qui a considérablement augmenté pour la Défense, comme l'explique Patrick Descy, secrétaire permanent de la CGSP.

"La charge de travail ne fait qu'augmenter pour un nombre de personnes de plus en plus réduit, ce qui pose évidemment problème dans l'accomplissement des missions. Et aujourd’hui'(hui garder des gens jusque 63 ans, c'est aller à l'encontre du rajeunissement de cette défense, qui pose évidemment un problème dans le  fonctionnement avec le personnel de ce département."

La centrale générale du personnel militaire exprime également son exaspération envers le traitement réservé aux militaires ces derniers mois. "C'est un ral-le-bos qui naît de frustrations et de réformes successives qui ont vraiment coupé dans les rangs et dans les casernes. Les gens se demandent à quelle sauce va-t-on encore être mangés, quand on voit que la vision stratégique du ministre Vandeput doit encore être mise sur la table. Cette décision du relèvement de l'âge de la retraite ajoute au marasme et à la démotivation.

Le ministre leur adresse une lettre ouverte

Le ministre de la Défense, Steven Vandeput, a adressé une lettre ouverte aux militaires lundi, à la veille de leur manifestation contre la réforme de leur retraite. Il insiste sur la nécessité des mesures prises, tout en rappelant qu'une atténuation est prévue pour les carrières longues et qu'il sera tenu compte de la pénibilité du métier.

Une décision "utile et nécessaire"

"C'est une décision utile et nécessaire, qui offre une réponse aux défis sociétaux. Les défis budgétaires à long terme et le fait que nous vivons tous plus longtemps, impliquent que nous allons tous devoir travailler plus longtemps - aussi bien les collaborateurs du secteur privé, que les fonctionnaires et le personnel militaire", a-t-il écrit.

Les mesures seront étudiées en consultation avec les partenaires sociaux. "Il sera tenu compte de la situation spécifique d'un grand nombre d'entre vous", a précisé le ministre.

M. Vandeput rappelle toutefois que l'avenir de l'armée, c'est une carrière à durée limitée. Il y a deux semaines, le conseil des ministres a d'ailleurs approuvé un arrêté royal visant à améliorer la mobilité des militaires vers l'administration fédérale. La future Direction Surveillance et Protection, annoncée par le ministre de l'Intérieur, recrutera ainsi du personnel militaire.

J'espère pouvoir continuer à compter sur cet engagement

Le ministre dit comprendre les réactions exprimées par les militaires. Il lance toutefois une forme d'appel aux militaires. "Vous avez une forte dose d'idéalisme qui vous donne envie de travailler pour votre pays et la communauté. J'espère pouvoir continuer à compter sur cet engagement", a-t-il dit.

Le parcours de la manifestation

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