Valérie Glatigny, et les "effets pervers" du décret paysage: "Il faut éviter que les étudiants reportent trop de crédits"

La rentrée dans l’enseignement supérieur s’effectue ce lundi en "code jaune".

Interrogée dans Matin Première, la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny se veut rassurante sur le plan sanitaire : "Nous avons mis sur pied des protocoles très clairs. On sait que les étudiants devront être masqués, dans les salles qui contiennent moins de 50 personnes c’est le masque plus un mètre de distance ; dans les salles de plus de 50 personnes c’est le masque plus un mètre plus une place sur deux. Par ailleurs on doit limiter la présence sur le campus à 75%, il faut un sens de circulation, la désinfection des mains, les gestes barrières. Tout est prévu pour avoir une rentrée dans des conditions sanitaires optimales".

Si toutefois les autorités locales devaient décider qu’une commune bascule en code orange, l’université ou la haute école dont le siège y est établi devra changer les normes avec davantage d’enseignement à distance notamment.

Concernant le folklore lié à la vie estudiantine, Valérie Glatigny fait appel au "sens des responsabilités des étudiants : il n’y aurait pas de sens à se protéger toute la journée et le soir à s’agglutiner dans des fêtes".

Valérie Glatigny prépare une réforme du décret paysage : ce décret "a des effets pervers, et notamment l’allongement de la durée des études. Sur les étudiants qui ont réussi (avec au moins 45 crédits sur 60) seulement un sur cinq va terminer dans les temps, ce qui a un impact négatif, en particulier pour les étudiants précarisés ou boursiers. Avant le décret paysage, 18% terminaient leur bachelier dans les temps, c’est seulement 11% depuis le décret paysage. Il faut donc clarifier la notion de réussite et c’est particulièrement important lors des premières années. L’intention c’est de proposer que la première année ne puisse pas être réussie en plus de deux ans. Cela ne veut pas dire qu’un étudiant qui a réussi avec 55 crédits ne pourra pas passer, parce qu’il y aura un rôle important attribué au jury, puisqu’on peut avoir des circonstances particulières. Cela ne veut pas dire non plus qu’on ne peut anticiper des cours de l’année suivante, cela restera possible. Il convenait de passer le message qu’une réussite c’est 60 crédits. Il faut éviter que des étudiants reportent trop de crédits d’une année à l’autre sans bien mesurer les conséquences de leur choix, et se retrouvent avec un sac à dos de crédits non validés. Et qu’à un moment ils se retrouvent bloqués en termes de finançabilité, et que toutes les portes de l’enseignement supérieur se referment devant eux".

Trop de flexibilité nuit à l’étudiant

Normalement cette réforme sera d’application "d’ici 2021 et elle s’appliquera d’abord au bloc un. Les étudiants qui seront dans le cursus à un autre niveau ne devraient pas être impactés. Nous avons prévu des mesures transitoires", poursuit la ministre. La Fédération des étudiants francophones (FEF) estime que cela renforcera le report de la responsabilité de l’échec sur l’étudiant, et ce sera un moyen de renforcer les inégalités sociales déjà existantes : "cela ne questionne pas notre système d’enseignement supérieur et la façon dont il reproduit les inégalités sociales. Or, l’échec d’un étudiant est déterminé par sa condition socio-économique, son bagage culturel ou encore son passé scolaire", estime la FEF. Valérie Glatigny "pense que responsabiliser l’étudiant c’est lui faire prendre conscience des conséquences d’un report de crédits sur son propre parcours. Trop de flexibilité nuit à l’étudiant. Mais il va de soi que nous allons aussi travailler sur les aides à la réussite, puisqu’on sait que les étudiants qui viennent d’un milieu précarisé ont plus de mal que d’autres à comprendre les codes de l’enseignement supérieur. 83 millions d’euros par an sont prévus pour les aides à la réussite", précise encore la ministre.

La seule matière première que nous avons en Fédération Wallonie-Bruxelles c’est la matière grise de nos étudiants

Valérie Glatigny évoque aussi le financement de l’enseignement supérieur : "La seule matière première que nous avons en Fédération Wallonie-Bruxelles c’est la matière grise de nos étudiants, investir dans une formation c’est investir dans notre futur. Le gouvernement de la Fédération a décidé d’allouer cinq millions d’euros pour l’année 2020, et je vais proposer au gouvernement une planification pour atteindre les 50 millions prévus d’ici 2024".

Concernant les ressources allouées à la recherche, qui manque aussi de moyens, la ministre explique : "Il faudra être créatif et il faudra aussi frapper à la porte de l’Union européenne. Un projet est sur la table pour aider les universités à monter des projets européens de recherches, puisqu’il y a un différentiel important entre le nord et le sud. Il faut aider les universités et les hautes écoles à aller chercher des financements européens".

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