Vaccination contre le Covid-19 : "Chaque mois perdu est une faute politique" estime Philippe Devos, chef des soins intensifs au CHC de Liège

Les chiffres liés au Covid-19 diminuent. Le début de l'année 2021 est donc plutôt positif. Mais il y a lieu de rester extrêmement prudent. C’est en tout cas le sentiment de Philippe Devos : "Nous sommes dans une meilleure situation que plusieurs de nos pays voisins, où les risques de se faire contaminer sont deux à trois fois plus importants. Cependant, il faut rester conscient que cette tendance est cyclique : en novembre dernier, nous étions les mauvais élèves et aujourd’hui, notre situation est meilleure".

Il n’empêche les semaines prochaines restent à surveiller de très près. "Nous cumulons le risque potentiel des fêtes de fin d’année, des retours de vacances et du retour à l’école. Nous craignons la fin du mois de janvier dans nos hôpitaux" ajoute Philippe Devos.

Vaccination trop lente ?

Pour sortir de cette crise, beaucoup misent sur la vaccination. La campagne a officiellement débuté, mais son rythme fait déjà débat. On annonce une vitesse de croisière de près de 100.000 vaccinations par semaine, ce qui semble peu et surtout très lent si l'on veut atteindre l’immunité collective. Pour Eric Muraille, immunologiste à l’ULB, il faut relativiser ces chiffres et surtout bien comprendre l’objectif : "Au niveau européen, la Belgique n’est pas spécialement à la traîne. Il est vrai que nous n’avons actuellement pas assez de vaccins pour vacciner tout le monde dans les 6 mois, mais le premier objectif est de vacciner en priorité les groupes à risque, c’est-à-dire les personnes en maisons de repos, qui représentent plus ou moins 100.000 personnes. Vient ensuite le personnel de santé, qui représente environ 300.000 individus. C’est en faisant cela que l’on évitera la saturation des hôpitaux".

De son côté, Philippe Devos se montre intraitable : "Chaque mois où nous traînerons à vacciner des gens, sont des mois où des secteurs d’activité devront rester fermés, comme l’horeca ou les coiffeurs. Chaque mois perdu dans la campagne de vaccination est une faute politique. Il faut être les plus rapides possibles dans la mise à disposition ce vaccin à tous ceux qui le souhaitent".

Yves Coppieters abonde dans le même sens : il ne faut pas perdre de temps. C’est une véritable course contre la montre qui doit se mettre en place, notamment parce que les chiffres de l’évolution ne sont pas suffisamment bons pour envisager un déconfinement, mais aussi à cause de certaines mutations qui, très contagieuses, pourraient avoir des conséquences très négatives dans les semaines qui viennent. "On compte encore près de 150 hospitalisations quotidiennes, ce qui est bien trop élevé. On devra surveiller l’impact de toutes les activités qui reprennent avec cette rentrée et puis aussi surveiller ce "virus anglais", le mutant susceptible d’augmenter la transmission et la contagiosité dans la population".

De multiples vaccins, avec plusieurs doses, dangereux ?

Selon Eric Muraille, même dans les pays où la vaccination est déployée de manière plus intensive que chez nous, aucun effet croisé n'a jamais été observé. Quant à la double dose de vaccin, c’est même le gage d'en voir augmenter l’efficacité. Pourtant, certains pays comme l'Angleterre ont choisi de n’inoculer qu’une seule dose... Cette décision de santé publique ne séduit pas Yves Coppieters : "Une seule dose de vaccin en réduit sensiblement l’efficacité. Sans cette deuxième dose, le vaccin n'atteint pas 95% d’efficacité. De plus, ces deux doses sont aussi très importantes pour protéger les personnes âgées, chez qui la réponse immunitaire n’est pas optimale. C’est une stratégie de santé publique qui peut se défendre dans la mesure où l'on vaccine plus vite plus de monde, mais avec moins d’efficacité."

 

 

 

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