Vaccin coronavirus : Solidaris lâchera la liste des patients souffrant de comorbidités, si la vie privée est respectée

Les mutuelles sont au cœur du système belge de sécurité sociale et, à ce titre, elles détiennent notamment la liste des patients souffrant de diverses pathologies… Donc la liste des patients susceptibles de développer une forme grave voire mortelle de Covid-19. Il s’agit des patients souffrant des fameux facteurs de comorbidité comme les personnes atteintes de maladies rénales ou hépatiques chroniques, du syndrome de Down, des personnes atteintes d’une maladie respiratoire chronique, d’obésité (indice IMC supérieur à 30).

Ces données sont fondamentales parce qu’elles permettent de cibler la population qui a besoin le plus urgemment d’un vaccin et donc d’établir un ordre de priorité dans la vaccination anti-Covid-19. Les ministres de la Santé ont d’ailleurs établi mercredi la liste des comorbidités donnant accès à une vaccination plus rapide.

Comorbidité : quel rôle pour les mutuelles ?

La question qui se pose désormais est celle de savoir quel sera le rôle des mutuelles pour identifier ces candidats prioritaires au vaccin. Le secrétaire général de Solidaris, Jean-Pascal Labille était l’invité de Matin Première ce jeudi. Il estime que "les mutuelles ont deux rôles essentiels à jouer. Tout d’abord, elles peuvent communiquer la liste des patients avec des comorbidités pour autant que cette communication respecte la législation en vigueur sur la protection de la vie privée (le RGPD, le Règlement général de Protection des Données, ndlr). Les mutuelles pourront également jouer un rôle pédagogique, de sensibilisation auprès de ses affiliés."

Les services juridiques de Solidaris examinent en ce moment la légalité de l’utilisation de cette liste de patients. Si elle est avérée, l’idée serait alors de la transmettre à une plateforme fédérale qui elle se chargerait de contacter les personnes concernées par une vaccination plus rapide. A la question de savoir si le patient devra donner son accord à l’utilisation de ses données personnelles, le patron de Solidaris ajoute : "Si la législation sur la protection des données personnelles est respectée, il n’y aura pas de difficulté." Autrement dit, dans cette perspective-là, ce ne sera pas nécessaire.

Réglementer le secteur pharmaceutique

Sur l’antenne de la Première, Jean-Pascal Labille a par ailleurs insisté sur la nécessité de réglementer le secteur pharmaceutique : "Certaines entreprises pharmaceutiques sont devenues trop grosses et imposent leur loi aux Etats. Il y a une opacité hallucinante sur les prix dans le secteur pharmaceutique. On a dit que nous faisions de la politique quand. Non, on a dénoncé des dérives dans le secteur pharmaceutique sur la fixation des prix. Quand Pfizer annonce qu’il y aura 15 milliards de chiffre d’affaires sur le vaccin. Avec quelle marge bénéficiaire ?" La question est posée…

Dans ce contexte, le secrétaire général de Solidaris plaide pour une relocalisation d’un certain nombre d’activités en Europe. Jean-Pascal Labille va même plus loin : "En matière de santé, trois secteurs ont pour objectif de faire du profit avant de servir la collectivité : le secteur pharmaceutique, les laboratoires de biologie clinique et les maisons de repos. On doit retrouver le sens de l’intérêt commun, de l’intérêt collectif. C’est d’autant plus vrai que nous sommes en train de changer de monde et c’est peut-être ça qui crée de l’angoisse et donc on doit construire le monde de demain sur base de la solidarité, de la proximité et de la fraternité."

Enquête Solidaris : une perte de confiance dans la sécu

Des valeurs qui apparaissent essentielles dans notre société post-covid. Ce n’est pas la dernière enquête de la mutualité socialiste qui le démentira. Selon ce dernier baromètre, 7 personnes sur 10 ont des craintes concernant l’avenir de la protection et de la sécurité sociale en Belgique (augmentation des dépenses de soin de santé, diminution des allocations de pension ou de chômage, l’augmentation de la pauvreté). Les personnes sondées expriment clairement une perte de confiance dans la capacité des autorités à gérer des crises comme celle que nous traversons en ce moment. Autre conclusion de cette vaste enquête, conclusion qui interroge sur le sens même du système de sécurité sociale près de 75 ans après sa création : environ une personne sur 2 n’est prête à être solidaire qu’avec les gens qui lui sont proches.

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