Vaccin contre le coronavirus : "Nous aurons besoin des 30% d’indécis pour parvenir à l’immunité de masse", explique Jean-Michel Dogné, directeur du service de pharmacie à l’UNamur

Un vaccin gratuit et non obligatoire. C’est l’annonce faite en ce début de semaine par nos autorités. Pourtant, l’arrivée de vaccins dans les prochains mois ne fait pas nécessairement l’unanimité. Beaucoup sont encore dubitatifs voire réticents à l’idée de se faire vacciner. Et ces annonces de vaccins suscitent de très nombreuses questions. Sur le plateau de questions en prime, Jean-Michel Dogné, directeur du service de pharmacie à l’UNamur, et Leïla Belkhir, infectiologue aux cliniques Saint-Luc, ont apporté quelques précisions.

Des vaccins trop rapidement ?

C''est rapide par rapport à la découverte de la maladie mais sinon, ce n’est pas très rapide, explique Jean-Michel Dogné. "Si la plupart des vaccins sont développés en 8 ans, ce ne sont pas 8 années d’étude clinique. Pour l’étude clinique en phase 3, c’est en moyenne 6 à 12 mois. Et dans ce cas-ci, les premières études cliniques ont commencé en juillet. Par ailleurs, on aura des données sur plus d’individus. Cette étude se mène sur 30 à 40.000 individus alors qu’habituellement, cela se fait sur 5000 individus".


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Si ces premiers vaccins apparaissent assez rapidement, ça ne signifie pas que l’on lésine sur la sécurité estime Leïla Belkhir. "Il y a de nombreux partenariats qui ont vu le jour entre petites et grosses entreprises mais aussi avec des laboratoires et centres universitaires, et puis, il y a aussi eu une accélération au niveau des démarches administratives. Je pense que c’est donc la conjonction de tous ces éléments plutôt positifs qui explique ce gain de temps. Mais cela ne signifie pas un manque de sécurité. La preuve, quand il y a eu des soucis avec des effets secondaires, certaines recherches ont été stoppées".

Confiance dans les premiers vaccins ?

La confiance dans un vaccin dépendra de l’agence européenne du médicament, estime Jean-Michel Dogné. "Cette agence européenne du médicament est un organe totalement indépendant. L’agence fournit un avis totalement indépendant de l’achat préalable des vaccins par l’Union européenne. Et si cette agence donne une balance bénéfice-risque positive pour un vaccin, on pourra faire confiance au vaccin. Par ailleurs, tous les détails de cette balance bénéfice-risque seront disponibles. Ce qui sera essentiel, c’est de convaincre les 30% d’indécis sur les vaccins si on veut parvenir à cette immunité de masse. Avec les 40% de personnes favorables au vaccin, on pourra ainsi parvenir à obtenir les 70% qui nous garantissent d’atteindre l’immunité collective. Cette immunité collective, il faut l’obtenir avec le vaccin et non pas avec la maladie qui représente bien entendu un risque trop important pour la population".

L’enjeu sera de bien informer et d’être très transparent ajoute Leïla Belkhir. "Se faire vacciner, c’est se protéger soi mais également les autres. Cette crise, on en viendra à bout s’il y a de la solidarité et des actions collectives".

Quels vaccins choisir ?

Pour Leïla Belkhir, il faut encore se laisser du temps. "Nous n’avons pas encore des données d’efficacité suffisamment complètes, des données d’efficacité en fonction des populations de personnes âgées, des personnes qui souffrent d’hypertension ou de diabète par exemple ou encore les personnes qui sont immunodéprimées. Donc, lorsqu’on aura ces données, l’hypothèse, c’est de dire pour telle ou telle personne, on conseillera tel ou tel vaccin. Il ne faut donc pas se précipiter mais à nouveau, c’est une excellente nouvelle de pouvoir disposer de plusieurs vaccins. Ça permettra d’éviter le monopole d’une firme pharmaceutique et puis cela permettra d’avoir le choix en fonction du type de patient et de la disponibilité de ceux-ci puisqu’ils n’arriveront pas tous en même temps sur le marché".

Vaccin toujours efficace en cas de mutation ?

Par définition, tous les virus mutent et c’est également le cas pour ce virus-ci explique l’infectiologue de Saint-Luc. "Nous avons d’ailleurs déjà identifié des souches différentes qui ont circulé. Néanmoins, la bonne nouvelle, c’est que jusqu’à présent, la protéine S vers laquelle on dirige nos anticorps, elle n’a pas été affectée par les mutations. Or, c’est cette protéine qui est ciblée dans toutes les études actuelles pour le vaccin. Donc en clair, le vaccin restera utile".

Protégé combien de temps ?

On ne sait pas y répondre à ce stade, selon Jean-Michel Dogné. Il faut tout d’abord l’ensemble des résultats des données cliniques, et ces études peuvent perdurer même quand le vaccin sera sur le marché. Enfin il faudra réaliser des études d’efficacité. Bref c’est trop tôt pour répondre à ce type de question. En tout cas dans le milieu médical, ces annonces de vaccins sont très réjouissantes ajoute Leïla Belkhir. "On s’accroche à tous les espoirs".

 

 

 

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