Utiliser les bénéfices de Tecteo pour diminuer les factures énergétiques ?

Le débat revu par Pierre Kroll
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Le débat revu par Pierre Kroll - © Kroll

Après la polémique sur le rachat des médias du groupe "L'Avenir" par Tecteo, l'émission Mise au point se penche sur les intercommunales wallonnes et l'opacité qui les entoure. Les invités s’accordent au moins sur un point en rappelant, s’il le fallait, qu’il faudrait réglementer, fixer des plafonds de rémunération et accroître la transparence de ces structures.

C’est LA grosse polémique de la rentrée. Le rachat des journaux de l’avenir par une intercommunale dirigée par un bourgmestre PS suscite des prises de positions divergentes.

Côté pile. Paul Furlan, ministre wallon des Pouvoirs locaux PS, se dit "plutôt content quand l’actionnariat d’un média devient public, pluraliste et wallon". Mais est-ce que les communes ont intérêt à investir dans les médias ? Paul Furlan rappelle que ce n’est pas une première puisque les télévisions locales sont déjà gérées par les communes.

Côté face. Willy Borsus, chef de groupe MR au Parlement wallon, se dit tout à fait opposé sur le principe qu’il qualifie d’une dérive ultra-capitaliste. A son sens, l’argent investi aurait pu l'être "dans ce qui est le cœur de la mission d’une intercommunale, réinvesti au profit du citoyen pour faire diminuer une facture d’énergie par exemple".

Mettre les bénéfices de Tecteo au profit du citoyen ?

L’idée fait des émules. Vincent Reuter, administrateur délégué de l'Union Wallonne des Entreprises, y voit lui aussi une possibilité de faire baisser le prix de l’énergie, au profit du citoyen comme des entreprises. Il remarque que les bénéfices de Tecteo avoisinent "les 150 millions d’euros sur la distribution de gaz et d’électricité, ce qui est un chiffre coquet tout de même !" Et pourtant, le prix des factures envoyées par Tecteo a plutôt augmenté ces dernières années. "Le problème c’est que Voo est déficitaire !"

Vient alors la polémique sur la nécessité de voir ces entreprises gérées par le secteur public. "Je suis moi-même un grand défenseur du service public" poursuit Vincent Reuters, "mais je me demande s’il ne se met pas lui-même en péril lorsqu’il se lance dans des activités commerciales !". Et d’avouer que cela fait des années qu’il attendait un tel rachat, parce que les débats qu’il soulève lui semblent essentiels.  

Légiférer

Stéphane Hazée, député wallon Ecolo, reproche également la confusion entre les moyens des services publics et privés et prône, non pas une charte, mais un décret qui fixe des règles et donne toutes les garanties pour assurer l’indépendance des journalistes de L’Avenir. "J’accorde toute ma confiance aux journalistes de L’Avenir mais que va-t-il se passer quand il faudra nommer une nouvelle rédaction en chef par exemple ?" Mieux vaut prévenir que guérir.

Des intercommunales qui échappent à tout contrôle

Si la transparence est le mot d’ordre d’Ecolo, elle semble aujourd’hui loin d’être acquise.

Paul Furlan (PS), qui ne veut en aucun cas apparaître comme l’avocat de Stéphane Moreau, admet que, bien que ministre de tutelle, la créature Tecteo lui échappe complètement. "Il y a 97 intercommunales sur lesquelles nous avons un contrôle total. Et 10, interrégionales, qui nous échappent. Je dois reconnaître fort humblement que nous n’en avons pas la tutelle". Il souhaite réformer cet état de fait. Mais proscrit de légiférer sous le coup de l’émotion, dans la précipitation d’une actualité médiatique.

97 intercommunales, est-ce trop ?

Pour Stéphane Harzée (Ecolo), la question n’est pas là. Parce que si des structures changent de statut via une "entourloupe", elles pourraient échapper à tout contrôle. "Ce sont les mammouths qui posent problème !"

Plus qu’un problème de nombre, c’est donc la composition des intercommunales qui pose question. Dans son enquête de terrain, Renaud Van Goethem, chercheur au GUBERNA, a pointé un manque criant d’expertise au sein des conseils d’administration des intercommunales, composés essentiellement "de mandataires locaux ou provinciaux des communes associées qui sont choisis en regard de normes de représentativité politique. Et 25 % des intercommunales expriment sans détour que leur comité de gestion manque de compétences ".

Carlo Di Antonio (ministre wallon des Travaux publics – CDH) réagit : "Il est normal que les membres d’une commune envoient des conseillers communaux. Par contre, là où il faut dépolitiser, c’est dans le management. Les gens qui font le travail ne doivent pas avoir de couleur politique."

Le fait que les intercommunales soient gérées par des élus mérite à tout le moins d’être questionné, estime Vincent Reuters de Union Wallonne des Entreprises. "Ils n’ont pas été élus pour ça ! ".

 

Vers plus de transparence

Tour de table : "Qui a déjà exercé un mandat dans une intercommunale ?" Quelques sourires gênés en plateau. Willy Borsus (MR) assume : "En tant que bourgmestre, je suis amené à m’investir dans des intercommunales. Parfois à titre gratuit. Et les salaires des administrateurs sont connus. Le problème, c’est que personne ne connaît aujourd’hui le salaire que gagne Stéphane Moreau au travers de Tecteo".

En effet, seulement 25% des intercommunales ont accepté de divulguer les salaires de leurs administrateurs lors de l’enquête du chercheur Renaud Van Goethem. "Celles qui l’ont fait affichent une rémunération moyenne de 137 euros brut par jeton de présence. Et il ne s’agit pas seulement d’une heure de réunion. Elles impliquent souvent une préparation en amont et éventuellement un suivi en aval". Les rémunérations (celles révélées du moins) n’apparaissent donc pas aussi grasses que prévu. A se demander si le terme d’opacité est vraiment justifié.

Mais justifiée ou non, l’opacité persiste. Ce qui fait dire à un spectateur que les intercommunales sont le "paradis des petits arrangements où l’on case les soldats méritants". Blanc en plateau.

S’en suivent des justifications diverses. Et quelques promesses. Avant la fin de son mandat, Paul Furlan (PS) va "déposer une proposition sur la transparence dans les intercommunales : je m’y engage devant vous aujourd’hui !".

Mais sur la situation actuelle, personne ne se voile la face. Et pour Willy Borsus (MR), "il faut arrêter de dire que tout est beau et magnifique dans les intercommunales !"

A. Dg. 

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