"Une vraie coalition de droite": le regard des analystes

Voilà donc le premier gouvernement sans le Parti socialiste depuis... 26 ans. Le vice-premier ministre en Affaires courantes, Didier Reynders, l'a répété sur les ondes de la Première ce mercredi. Ajoutant, en substance, que ce fait-là équivalait à une sorte de réforme institutionnelle pour les partis flamands. Autant dire que l'image voulue par les négociateurs de la nouvelle coalition fédérale est celle d'un changement radical. "C’est un changement, mais ce n’est pas une réforme institutionnelle, celle-là a été faite avec le gouvernement Di Rupo", commente d'abord Jean Faniel, directeur du Centre de Recherche et d'Information socio-politiques (CRISP).

"Mais on passe bien d'un gouvernement tripartite qui était soit de centre-gauche soit de centre-droit, à une coalition de droite", ajoute-t-il.

Pour le politologue flamand Dave Sinardet, le changement est bien là. "En 2007, Didier Reynders avait tenté cet argument. Mais la N-VA et le CD&V ne voulaient pas d'une 'Orange bleue', mais d'une véritable réforme institutionnelle. Ici, on a un gouvernement sans réforme de l'Etat et sans PS".

Mais donc, continuité ou rupture? "Les deux", répond Jean Faniel. "Trois partis de cette nouvelle coalition étaient déjà dans la coalition en affaires courantes", rappelle-t-il. Mais dans les décisions prises lors de ces négociations-ci, le changement sur certains points peut être qualifié de fondamental. Comme sur celui de du dossier des pensions, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre et de salive depuis mardi. "La décision de reculer l''âge de la pension est un cap qui a été franchi de façon assez surprenante pour certains citoyens. Ici, il y a un choix qui est assez marqué".

Radical aussi de par sa composition: du côté francophone, les remarques sont incessantes sur la présence et le rôle joué par la N-VA et singulièrement par son président Bart De Wever, pendant ces discussions. Un Bart De Wever discret, estiment beaucoup, qui y voient parfois anguille sous roche. "Discret, oui mais a certains moments-clé, il a joué un rôle important. La nuit où il fallait trouver un consensus pour un premier ministre, par exemple. Et ces derniers jours aussi. C’est clair qu’il a tout essayé pour installer cette coalition de centre droit".

"Ce n’est pas la première fois qu'un parti nationaliste participe au pouvoir. A l'époque, c'était la Volksunie qui y est arrivée. Mais ce qui est particulier, c'est que la N-VA est ici le premier parti en termes de voix, et qu'il ne revendique pas le poste de premier ministre", souligne Jean Faniel. "Cela a particulièrement modifié le regard porté sur les discussions". Et cela n'a pas spécialement facilité les choses, ou rassuré les observateurs estime-t-il.

 

W. Fayoumi

 

 

 

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