Une république belge? "La royauté évite un clivage linguistique qui peut être polarisant"

Christian Belhrendt
Christian Belhrendt - © Archive RTBF

Cela fait un peu plus de 3 ans que la N-VA, parti républicain nationaliste flamand, est au gouvernement fédéral. Elle n'a pas réussi à diminuer le rôle du Roi, le rôle de la monarchie. Le constitutionnaliste et professeur à l'ULG, Christian Behrendt, remet les choses en contexte:

"Historiquement, quand vous regardez d'où vient notre modèle monarchique, on est frappé de voir qu'il revient initialement d'un constat qui a été dressé dans un ouvrage de Joseph Lebeau en 1830. En 1830, quand on a créé la royauté, nous étions dans un pays qui était profondément attaché à la république, et on a choisi la royauté parce qu'au niveau international, la royauté paraissait plus facilement acceptable. Vous avez cette phrase absolument extraordinaire dans l'ouvrage de Lebeau de 1830 où il dit que 'la royauté nouvelle ne diffère de la présidence d'une république que par l'hérédité et la viabilité'."

"Donc au fond, ce qu'on a cherché dans la Constitution belge dès 1830, c'est une royauté avec un pouvoir personnel absent, donc avec un pouvoir qui est détenu par les ministres, par le gouvernement et un roi qui est chef d'État, qui représente le pays, qui est facture d'unité, de stabilité et de continuité, mais qui n'a pas de pouvoirs personnels propres. Et donc c'est pour ça que quand vous savez ça, que dès 1830 tel était le modèle, on ne peut qu'être surpris d'entendre des déclarations des uns et des autres qui s'insurgent que le roi aurait tels et tels pouvoirs, pouvoirs personnels que le roi en réalité n'a pas".

Si le roi a si peu de pouvoirs, à quoi sert encore une monarchie aujourd'hui, alors qu'on sait qu'elle a un certain coût pour l'État ?

"Tout d'abord, évidemment, il faut bien un chef d'État. Sans doute plus qu'une république, c'est-à-dire une présidence alternante à des échéances régulières, il y a une dimension d'unité, de stabilité et de continuité. Et puis, il faut bien avouer que dans un pays comme le nôtre, avec à peu près 60 % de néerlandophones, 40 % de francophones et 1% de germanophones, une élection présidentielle serait quelque chose qui, par définition, pourrait s'avérer polarisant. Et qui pourrait d'ailleurs aussi bien sûr permettre à la majorité néerlandophone de systématiquement plébisciter un dignitaire néerlandophone."

"Au fond, la royauté évite ce clivage linguistique, qui peut s'avérer polarisant. Maintenant, nous avons une royauté qui, dès le début, est assez moderne. Le roi n'est pas le roi de Belgique, c'est le roi des Belges et pour symboliser le fait qu'il est légitimé par la nation belge, par la population belge, il prête serment dans l'enceinte de la Chambre et du Sénat, donc dans l'enceinte du Parlement. C'est important au niveau des symboles, ce ne sont pas les parlementaires qui se déplacent au palais royal pour y entendre le serment du roi, mais c'est le roi qui va au Parlement y prêter serment. Et d'ailleurs aussi, chose intéressante qui montre le fait que la légitimité du roi se trouve dans la population, c'est le fait que le roi n'a pas de couronne. Le roi des Belges n'a pas de couronne parce que la couronne est un symbole de territoire, de sol, et on veut symboliser le fait que sa légitimité découle d'une adhésion de la population exprimée par la Constitution".

Le prochain roi en Belgique sera une reine, Élisabeth, la fille aînée de Philippe et Mathilde. Comment est-elle préparée à ce futur rôle ?

"Je trouve qu'il est utile de lui laisser le temps: à l'âge qu'elle a, c'est-à-dire 16 ans, elle est encore une adolescente et elle a aussi droit à une certaine forme de vie privée. Je crois qu'il faut qu'elle puisse terminer sa scolarité dans une forme de tranquillité et aussi dans une certaine absence d'un intérêt médiatique permanent. Le contraire n'est pas sain, nous le savons. Dans l'absolu, je crois qu'il y a un intérêt médiatique, mais nous ne sommes pas, fort heureusement d'ailleurs, dans un système de paparazzi permanent et je crois qu'il est bon de continuer comme cela. Dans la suite, je présume qu'il y a une formation après sa scolarité qui va être poursuivie, et donc je crois qu'on a beaucoup de temps."

"Pour moi, le débat sur, par exemple, une question de dotation, tout ça pour moi ce sont des débats à ce stade complètement prématurés. Je crois qu'on peut en discuter le jour où elle aura 25 ans. Je crois qu'il est bon qu'elle puisse s'inscrire dans la durée. Précisément, la royauté s'envisageant à long terme, elle peut prendre le temps. Nous avons un roi finalement assez jeune, qui peut encore certainement régner un grand nombre d'années, et donc sachant que le roi règne et ne gouverne pas — c'est une formule qui, comme vous le savez, remonte du XIXe siècle d'Adolphe Thiers — cette durée permet d'envisager des choses, à mon sens, avec beaucoup de hauteur de vue".

Ce sera la première femme chef d'État en Belgique, en quoi cela peut-il changer la monarchie et peut-être l'image aussi de la Belgique ?

"Je n'y vois, à titre personnel, pas beaucoup de différence, au contraire. Si l'on est convaincu par l'égalité des sexes — et je présume que nous le sommes — c'est un geste qui est favorable. Historiquement, le Grand-Duché de Luxembourg a connu bien avant nous la grande-duchesse Charlotte, qui d'ailleurs fut grande-duchesse lors de la Seconde Guerre mondiale. La reine Wilhelmine aux Pays-Bas fut reine également dès la Seconde Guerre mondiale."

"Donc il y a dans nos pays voisins des exemples beaucoup plus anciens et je crois qu’il est très favorable que chez nous également la loi salique ne s’applique plus. Comme vous le savez, elle a été abrogée en 1991 et la première à bénéficier de cette abrogation de la loi salique va effectivement être, en principe, la princesse Élisabeth, qui est en première dans l'ordre de succession du trône".

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