Une employée de MSF évacuée d'un avion à Bruxelles lors de l'expulsion d'un migrant somalien

Ce lundi 2 décembre, Abduhali A., un Somalien de 19 ans arrivé en Belgique en 2015, devait faire l’objet d’une expulsion vers son pays d’origine. Après avoir vu sa demande d’asile rejetée à plusieurs reprises, c’est la quatrième fois que la police belge tentait de le rapatrier. Ce rapatriement n’a pas pu être mené à bien suite à la mobilisation de plusieurs passagers, hier, à Bruxelles, alors qu’ils se trouvaient déjà à bord.

Une tentative d’expulsion d’Abduhali A. avait déjà échoué en juillet de cette année. Elle s’était par ailleurs très mal passée. Le jeune homme, via son avocat, avait dans la foulée porté plainte pour "torture, traitements inhumains et dégradants, coups et blessures volontaire, détention arbitraire et vol".

Il explique avoir été drogué de force lors de son expulsion en juillet, privé de nourriture, privé de se laver. Deux nuits de suite, il affirme avoir été maintenu sur une chaise, menotté au siphon d’un lavabo dans la salle de bains d’une chambre d’hôtel, roué de coups par les policiers qui l’escortaient. Il était alors à Istanbul dans l’attente de son transfert vers son pays d’origine.

Ce sont des passagères qui devaient embarquer à bord du même vol que le jeune homme, pour Djibouti, qui se sont manifestées et qui ont fait avorter la tentative d’expulsion d’Abduhali A. Il est alors rapatrié en centre fermé en Belgique.

A ce sujet, une enquête est menée par le Comité P, le Comité permanent de contrôle des services de police.

Nouvelle expulsion avortée

Hier, ce sont à nouveau des passagers qui ont permis à ce demandeur d’asile de ne pas être expulsé vers la Somalie. A bord de l’avion qui devait les emmener à Addis Abeba, plusieurs passagers ont manifesté leur refus de décoller dans ces conditions. "C’est un enfant", crie l’un. "On va tous descendre", menace un autre passager. Une employée de MSF, elle-même à bord de cet avion, prend également la parole. GSM à la main, elle martèle : "Il a encore des droits ici en Belgique !", "Restez debout s’il vous plaît ! Il a des droits ici en Belgique, il n’a pas de père, pas de mère."

Comme en témoigne la vidéo ci-dessous, elle est alors elle-même évacuée de l’avion par plusieurs policiers. Une autre personne a également été contrainte de quitter l’appareil.

Arrestations administratives

Contactée par nos soins, la police fédérale indique que l’AIG, l’inspection générale de la police, était présente hier soir pour contrôler la tentative de rapatriement, comme cela arrive parfois de manière inopinée ou annoncée. Un rapport des faits sera donc établi par l’AIG.

Selon la police fédérale, deux personnes ont appelé les autres passagers du vol à empêcher le rapatriement. Plusieurs voyageurs ont alors refusé de s’asseoir. "Comme le prévoit la procédure, un membre de police fédérale a décidé d’interrompre le rapatriement. Les deux personnes ayant incité les passagers à rester debout ont été arrêtées administrativement pour avoir mis à mal la sécurité du vol".

L’Office des étrangers signale pour sa part qu’un fonctionnaire de l’office était présent lors de cette tentative de rapatriement, compte tenu des difficultés rencontrées précédemment. Des rapports doivent maintenant être rédigés et analysés. Dans l’attente de ces rapports, aucune décision ne sera prise concernant l’avenir du demandeur d’asile débouté, le jeune somalien reste pour l’instant en centre fermé. L’Office des étrangers indique par ailleurs qu’un médecin du centre Fedasil de Steenokkerzeel avait jugé la personne apte à être rapatriée par avion, quelques heures avant le vol.

MSF soutient son employée

L’ONG Médecins sans frontière, pour laquelle travaille la jeune femme, confirme l’incident. Elle soutient son employée, qui partait en mission en Afrique à bord de ce vol. "MSF confirme que la nuit dernière une employée de MSF […] a été forcée de quitter l’avion de manière agressive et brièvement détenue pour avoir protesté avec un groupe de passagers contre l’expulsion forcée d’un jeune somalien. Si son action est le fruit d’une décision personnelle, MSF comprend ce geste au vu des éléments à notre connaissance sur la situation de ce jeune homme. Elle a agi comme une humanitaire agirait dans n’importe quelle partie du monde face à ce qu’elle a perçu comme une injustice. Nous espérons vivement que notre employée ne fera pas l’objet de poursuites et pourra rejoindre sa mission au plus vite."

Mobilisation des ONGs

Ce soir, plusieurs organisations – Médecins du monde, le Ciré, la Ligue des Droits humains, le JRS et BXL Refugees- dénoncent un usage disproportionné de la force à l’égard de migrants et de citoyens. Elles dénoncent d’une part, que le jeune Abduhali A. n’a toujours pas été entendu par la Justice malgré le dépôt d’une plainte et d’autre part, que "malgré une résistance pacifique, des coups ont été portés tant au jeune homme qu’aux passagers le soutenant dans l’avion. Une des passagères a été convoquée par les autorités et risque des poursuites judiciaires".

Elles demandent donc que l’expulsion du jeune Somalien soit suspendue, "le temps qu’une enquête sérieuse soit menée sur les mauvais traitements allégués", mais aussi "qu’un réel contrôle des expulsions soit mis en place" et qu’il soit mis fin à "la criminalisation des passagers qui s’indignent et s’opposent à une expulsion jugée violente".

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