Une consommation belge freinée par la politique salariale du gouvernement Michel ? Pas si simple

Etude BNB : une consommation belge freinée par la politique salariale du gouvernement Michel. Pas si simple.
Etude BNB : une consommation belge freinée par la politique salariale du gouvernement Michel. Pas si simple. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Ce 14 mai est donc la journée retenue par la FGTB pour mener une série d’actions de contestation du gouvernement fédéral Michel, à quelque 12 jours des élections ; le syndicat socialiste entend dénoncer les promesses « non tenues », selon lui, du gouvernement fédéral en termes de pouvoir d’achat et de coup de pouce à la consommation. Et certains syndicalistes de pointer notamment vers le fait que la consommation intérieure aurait été freinée par la politique salariale du gouvernement Michel. Et là ce n’est pas la FGTB qui le dit mais une récente étude de la Banque nationale de Belgique.

L’étude complète est en voie de finalisation, n’ont fuité pour le moment que 19 pages/slides d'un rapport présenté courant avril au conseil de Régence de la Banque. Le constat qui « inquiète » : la consommation privée serait faible dans notre pays, autour de 1% – contre 1,5% en Allemagne et aux Pays-Bas – alors que cette demande intérieure est le moteur principal de l’économie belge. Et c’est là que le lien est fait avec la politique salariale du gouvernement – avec le mix saut d’index, tax-shift et progression limitée de salaires -, un mix qui freinerait la consommation et donc la croissance sur la période 2014-2018. Entre 2014 et 2017, les salaires ont bien progressé moins vite que dans les pays voisins. En 2015 et 2016, ils ont été freinés par le saut d’index, le saut d’index a même fait reculer les salaires bruts si on tient compte de l’inflation. Et le tax-shift, qui a augmenté le salaire net du Belge, n’aurait pas encore aujourd’hui fourni tous ses effets censés compenser ce frein aux salaires.

Sauf que

Sauf que les pays voisins ne font que rattraper aujourd’hui le fait que la consommation belge avait mieux survécu aux crises bancaires et financières de 2008-2009 – grâce à différents « amortisseurs », stabilisateurs (comme les allocations sociales, l’indexation automatique des salaires, l’emploi public…). Sous cette période et jusque 2014, les Belges ont bien davantage consommé, une croissance de la consommation désormais en voie donc de ralentissement.

Sans oublier que les Belges consomment toujours autant en produits de base et logements et que le décrochage avec les pays voisins ne se marque que sur certains « produits durables » (voitures, vêtements, électronique, électroménager) ou « non essentiels » (vacances, restaurants). Ce qui veut bien dire que le Belge, victime tout de même d’une compression de son pouvoir d’achat, doit choisir de se centrer donc sur les dépenses essentielles et postposer les autres. La croissance des revenus disponibles des Belges (hors revenus de la propriété) était de 1,3% sur la période 2014-2017 alors qu’elle était de 2,3% en Allemagne et de 1,5% aux Pays-Bas et en France. Mais ce profil de consommation prudente est, insiste la BNB, « similiaire à celui de la zone euro », graphiques à l'appui...

Et attention - ultime avertissement - sur une période de 10 ans, le taux de croissance de la consommation belge reste par contre supérieur à celui des voisins, sauf l’Allemagne qui vient de nous rattraper. Une analyse à longue vue que privilégie le gouvernement Michel aujourd’hui qui attend fin juin la publication du rapport complet de la BNB. Histoire d’avoir notamment en main les chiffres sur la croissance des revenus disponibles 2018. Avant de répliquer.

Et comme un avant-goût de la clarification qui pourrait être faite dans les prochains jours, la BNB a pris soin de nous faire parvenir - et de nous rappeler ses « projections économiques pour la Belgique Automne 2018 », publiées déjà en décembre 2018 (sur fond de crise gouvernementale donc, avec la sortie de la N-VA de l'équipe Michel - avec quel impact ? A voir encore). Des prévisions qui annoncent - ce qui tombe bien - une augmentation du pouvoir d'achat par belge de l'ordre de 3,5% sur la période 2019-2021. Mais depuis, la crise politique et les affaires courantes sont passées par là, avec un budget à suivre de près. Et déjà ces prévisions de la BNB annonçaient que « compte tenu de la nette détérioration du solde budgétaire, il n'est pas exclu que le prochain gouvernement prenne des mesures susceptibles de peser sur la demande intérieure ». Et donc la consommation intérieure... A suivre donc.  

Explications sur le pouvoir d'achat, dans notre JT 13h:

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