Une coalition sans les Verts: la menace de l'Open VLD "audacieuse"

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Illustration - © BRUNO FAHY - Belga

Le futur gouvernement se fera-t-il avec ou sans les écologistes ? Une question que le formateur va devoir trancher d'ici mercredi. En attendant, l'Open VLD met la pression en menaçant de ne pas participer à cette coalition si les Verts y sont. Une position que nous analyse Vincent de Coorebyter, politologue au Crisp. Nous avons également pris le pouls du côté francophone.

Comment interpréter les propos tenus ce lundi matin dans la presse flamande par le porte-parole de l'Open VLD ? Faut-il y voir une tactique de la part des libéraux flamands ? 

Vincent de Coorebyter, directeur général du CRISP, le centre de recherche et d'information socio-politiques, parle pour sa part de "radicalisation" : "On savait que l'Open VLD voulait éviter que Groen! soit au gouvernement, ou les Verts en général, ici on est presque dans une forme de chantage. On met véritablement le formateur au pied du mur. Ce qui peut paraître audacieux de la part du parti à l'origine de la chute du gouvernement en 2010". 

"Sent-il le besoin de montrer qu'il (l'Open VLD, ndlr) est fidèle à ses engagements et qu'il ne va pas trahir sa ligne politique en entrant dans un gouvernement marqué à gauche ou centre-gauche", s'interroge le politologue. Sans doute y a-t-il un lien avec les derniers sondages où l'Open VLD continue à perdre des points contrairement à la N-VA, radicalement à droite. En d'autres termes, "les partis de centre-droit ou de droite en Flandre estiment qu'il y a une droite et une gauche et que sur les dossiers dont il faut discuter maintenant (...) ils estiment qu'il y a des différences, des oppositions à faire valoir (...). Certains partis flamands ne veulent pas courir le risque d'être dans un gouvernement où l'aile gauche est conséquente et où ils auraient du mal à faire valoir leurs priorités". 

Un gouvernement sans l'Open VLD ?

Arithmétiquement, cela pose un "énorme problème" car, côté, flamand, cela réduirait la majorité gouvernementale à la Chambre, analyse Vincent de Coorebyter. L'aile néerlandophone passerait ainsi à 35 sièges sur 88, soit 10 sièges en-dessous de la majorité absolue. "Un gouvernement dont la légitimité politique sera tout de suite dénoncée par la N-VA", explique-t-il. 

Sans les Verts, par contre, on se rapprocherait de la majorité absolue (l'Open VLD ayant 13 sièges contre 5 pour Groen!) mais elle resterait minoritaire. Ce qui ne serait pas le cas avec un gouvernement d'unité nationale (avec les huit partis autour de la table, ndlr) comme le préconise le formateur. "Mais c'est précisément ça qui fait peur en Flandre", explique le politologue, parce qu'"un gouvernement d'union nationale est un gouvernement équilibré droite-gauche". "Avec une N-VA, très puissante en Flandre et très marquée à droite, c'est politiquement très dangereux pour les partis flamands de centre-droite". Et l'approche des élections communales n'arrange rien. 

Autre problème mis en évidence par le politologue : les liens entre l'Open VLD et le MR. Si l'Open VLD refusait effectivement de monter dans un gouvernement avec les écologistes, est-ce que le MR suivrait ? Dans tous les cas, "c'est ouvrir la voie à un scénario d'asymétrie franche à l'intérieur de la famille libérale alors qu'elle se présentait ou se prétendait plus unie que d'autres".   

En attendant, du côté des libéraux francophones, on refuse de prendre position même si on laisse entendre, entre les lignes, que le MR entrera au gouvernement avec ou sans l'Open VLD et que les propos tenus par le porte-parole de l'Open VLD ne seront peut-être pas relayés par Alexander De Croo. Officiellement, en tout cas, le parti de Charles Michel ne réserve aucune exclusive. 

Pas de commentaire non plus du côté du PS qui met en avant son droit de réserve par rapport au fait qu'Elio Di Rupo mène les négociations. Quant au cdH, il plaide depuis la controverse pour "la loyauté", nous a rappelé sa porte-parole sans vouloir commenter les propos tenus par les libéraux flamands. 

"Une attitude audacieuse qui ne va pas plaire à tous les états-majors" 
 
Comme le rappelle Vincent de Coorebyter, si on est parvenu à boucler l'accord politique sur la réforme de l'Etat c'est "grâce à la participation des quatre tendances politiques" et donc des huit partis actuellement autour de la table. Les Verts y ont joué un rôle essentiel, il est donc "logique de leur permettre de prendre pleinement leurs responsabilités plutôt que de les abandonner sur le bord de la route". 

Pour le politologue, il s'agit clairement d'un "manque d'élégance par rapport à un partenaire de la réforme de l'Etat et une manière d'affirmer une forme de diktat, un peu étrange de la part d'un parti à l'origine des élections anticipées de 2010", "Une attitude audacieuse qui ne va pas plaire à tous les états-majors". 

Quant aux écologistes, même s'ils en connaissaient le risque, il est très probable "qu'il y ait de l'amertume au bout du chemin s'ils sont écartés".  

C. Biourge

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