Une "blanchisserie" pour transformer la cocaïne en quantité industrielle. De quoi s’agit-il ?

Dans l’enquête qui a permis, ce lundi en province de Liège, la saisie de 1,9 tonne de cocaïne (dernier chiffre issu du pesage, communiqué par le parquet fédéral ce mardi), les éléments recueillis laissent penser que les criminels avaient aménagé une chaîne d’extraction de la drogue, ce que les spécialistes des " stups " appellent une blanchisserie. Afin de minimiser le risque de détection lors du transport des conteneurs par bateaux puis par camions, les trafiquants auraient imprégné la cocaïne dans une marchandise présumée légale dont il fallait ensuite l’extraire lors d’opérations menées par des complices dans des laboratoires clandestins.

La cocaïne imprégnée dans des vêtements, du plastique, du caoutchouc…

Dans quel type de marchandise l’organisation mafieuse a-t-elle camouflé la drogue ? La RTBF n’a pas pu recueillir cette information. Les enquêteurs sont toujours au travail pour déterminer avec précision les contours du stratagème employé par les criminels. Mais le principe est le suivant : la cocaïne est littéralement fondue dans des objets présumés légaux, comme des vêtements, du plastique, du caoutchouc, du bois, du carton, du charbon, de la peinture ou encore des produits alimentaires. Dissimulée de la sorte, la drogue trompe l’odorat des chiens policiers, les rayons des scanners et les contrôles visuels des douaniers.

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Une partie du processus de transformation de la cocaïne se déroulait dans ce hangar de ferme à Strée. © RTBF

Une fois arrivée dans le pays de destination, la marchandise imprégnée du produit illégal passe par une " blanchisserie ", un laboratoire d’extraction. La réaction déclenchée par un cocktail de produits chimiques entraîne la cristallisation de la cocaïne et sa libération. La drogue ainsi ressortie est ensuite séchée, avant d’être recompressée. Les trafiquants actifs en province de Liège auraient réalisé les dernières étapes de la transformation dans le hangar découvert par les enquêteurs de la police judiciaire ce lundi à Strée.

Les premières blanchisseries découvertes en Belgique

En Belgique, la justice anversoise avait annoncé fin mars la découverte d’une " blanchisserie " de cocaïne dans un bâtiment situé à Arendonk ; une première sur notre territoire précisait alors le parquet. Les constatations faites sur place indiquaient que de la cocaïne injectée au préalable dans des marchandises était extraite sur place et recompressée sous forme de blocs.

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Le premier laboratoire de type « blanchisserie » a été démantelé en Belgique en mars 2021. © Parquet d’Anvers

À Liège, comme à Arendonk, les enquêtes ont confirmé la présence de suspects colombiens travaillant dans les laboratoires. Le procédé de la " blanchisserie " est maîtrisé depuis plusieurs décennies par les cartels sud-américains qui cachent la cocaïne pour le transport depuis les pays producteurs et délèguent parfois leurs membres en Europe pour les opérations d’extraction. Dans un rapport publié en septembre et intitulé " Cocaïne Insights Report ", l’agence européenne de police Europol rappelle que " des ressortissants colombiens participent, en Europe, à l’extraction de la cocaïne trafiquée dans des matériaux-supports ".

Technique connue aux Pays-Bas

Les laboratoires d’extraction de cocaïne sont bien connus aux Pays-Bas, où leur découverte n’est pas rare ces dernières années, parfois à la suite d’incendies violents provoqués par une manipulation dangereuse d’acétone lors du processus d’extraction et d’incidents lors du séchage de la drogue.

En août 2020, la police néerlandaise démantelait ce qui était alors le plus gros laboratoire de cocaïne découvert aux Pays-Bas, avec une capacité de production de 150 à 200 kg de cocaïne par jour. Au moins 17 personnes avaient été arrêtées, en majorité des Colombiens.

Extrait de notre journal de la mi-journée :

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