Une association anti-nucléaire plaide au tribunal l'arrêt de Doel 3 et Tihange 2

Une association anti-nucléaire plaide au tribunal l’arrêt de Doel 3 et Tihange 2
Une association anti-nucléaire plaide au tribunal l’arrêt de Doel 3 et Tihange 2 - © Tous droits réservés

L’asbl "Nucléaire Stop Kernenergie" s’oppose à Electrabel. Elle réclame l’arrêt des deux réacteurs dans les cuves desquels des micro-fissures avaient été découvertes pendant l’été 2012. L’asbl conteste les conclusions de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire sur lesquelles Electrabel s’est basé pour relancer les réacteurs.

D’un côté, une asbl. De l’autre le géant de l’énergie Electrabel. Une sorte de combat de David contre Goliath. L’asbl "Nucléaire Stop Kernenergie" plaidait sa cause ce lundi 8 février 2016 devant une chambre civile du Tribunal de première instance de Bruxelles. Elle réclament la fermeture des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 en vertu du risque qu’ils représentent. Comme l’explique Léo Tubbax, le président de l’asbl "Nucléaire Stop Kernenergie" : "S’il il y a une catastrophe nucléaire à Doel, par exemple, (…) il faut fermer le complexe chimique, raffinerie, pétrochimie d’Anvers. On perd le port d’Anvers, on perd 10% du PIB. Les dégâts seraient énormes. Ce réacteur à Doel est de l’ordre de 10 000 fois plus dangereux qu’un réacteur dans un état normal. Il serait refusé dans un chantier de centrale atomique actuel".

Pierre Chomé, l’un des avocats des plaignants évoque un danger majeur pour l’environnement et les populations : "Pas nécessairement les populations limitrophes à Doel et à Tihange mais les risques peuvent aller jusqu’à 80 km, découlant des observations de l’accident de Fukushima".

Pour rappel, des micro-fissures ou bulles d’hydrogène ont été découvertes dans les parois des cuves des réacteurs. C’était à l’été 2012. Fin 2014, les réacteurs étaient mis à l’arrêt, le temps d’entamer une enquête sous l’égide de l’AFCN, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire. En novembre 2015, l’Agence avait finalement autorisé le redémarrage des deux réacteurs de Doel 3 et Tihange 2.

"Pas de risque inacceptable"?

Les représentants de "Stop Nucléaire Kernenergie" épinglent les conclusions de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire. Celle-ci avait estimé qu’il n’y avait pas de "risque inacceptable", autrement dit, que le risque était acceptable. C’est cette notion d’acceptabilité du risque qui a permis à Electrabel de relancer les réacteurs. Ce qui fait bondir Me Pierre Chomé : "Je doute des éléments d’expertise simplement parce que beaucoup d’autres experts pensent tout à fait le contraire. Même l’AFCN dans son rapport parle d’un risque acceptable. Qu’est-ce que ça veut dire un risque acceptable quand on joue la vie des gens et les risques de santé, tels que les cancers qu’on a vus suite aux accidents précédents. Donc, rien qu’eux déjà donnent une certaine tonalité à leur rapport".

Du côté d’Electrabel, on estime qu’il n’y a pas lieu de stopper les réacteurs de Tihange 2 et Doel 3. Le rapport de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire qui a permis de relancer les réacteurs est tout à fait valable. Me Tangui Vandenput, avocat d’Electrabel : "C’est l’avis de l’AFCN et rien ne démontre dans le dossier que l’AFCN n’aurait pas décidé en connaissance de cause. Sur base d’un nombre incalculable d’avis d’experts et d’autorités consultatives, tout démontre effectivement que ces deux réacteurs peuvent reprendre leur activité sans qu’il n’y ait de risques".

Quant à cette notion "d’absence de risque inacceptable" contestée par les plaignants, Electrabel se défend : "En matière scientifique, le risque zéro n’existe jamais. A l’évidence, je pense que l’AFCN lorsqu’elle énonce qu’il n’y a pas de risque inacceptable ne veut pas dire que l’exploitation ne peut pas reprendre mais que les risques sont bien circonscrits et que tout se fait dans le respect des règles et le respect des normes applicables", poursuit Me Tangui Vandenput.

Désigner de nouveaux experts?

Pour son client, l’asbl "Stop Nuclaire Kernergie", Me Chomé avance un autre argument : la qualité des analyses faites sur les parois des réacteurs : "A côté de ça, vous avez plusieurs experts qui disent que les données qu’on leur a données ne sont pas d’une fiabilité absolue. Parce qu’il faut savoir qu’il n’y a jamais de prélèvement qui peut être fait au cœur d’un réacteur nucléaire puisqu’il est inaccessible à l’être humain. Donc, ce ne sont jamais que des comparaisons sur des morceaux de métal. On a vu que certains morceaux de métal réagissaient très très mal. Du côté d’Electrabel, on les a mis à la poubelle et puis on a pris d’autres morceaux en disant, finalement on est rassuré. Cela, pour moi, ce n’est pas de la science pour moi et ce n’est pas quelque chose de suffisamment rassurant pour le citoyen".

Les avocats de l’asbl demandent donc la désignation d’un collège d’experts pour lever les doutes sur la qualité des expertises de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire.

De son côté, Electrabel défend sa position, Me Tangui Vandenput : "Pour qu’il y a ait arrêt, il faudrait que soit démontré qu’il y a violation de certaines dispositions. Aucune disposition n’a été violée en l’espèce donc, l’action n’est pas fondée et rien ne justifie non plus qu’il y ait une expertise alors qu’on voit qu’il y a un nombre incalculable d’experts, de laboratoires internationaux, d’instances consultatives et d’instances désignées non pas par Electrabel mais l’Agence fédérale de contrôle nucléaire et par le conseil scientifique. Tous ces gens sont intervenus en énonçant qu’il pouvait y avoir reprise de l’exploitation de réacteurs, sans risque. Donc rien ne justifie qu’il y ait une nouvelle expertise".

La présidente du Tribunal a fixé rendez-vous dans un mois pour rendre son ordonnance. On saura alors si elle estime recevable la plainte de l’asbl anti-nucléaire et si elle accepte le principe de nouvelles expertises.

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