Une 7e réforme de l'Etat ? Pour Dehaene "ça n'a pas de sens"

"Quelque chose qui commence à me taper sur les nerfs, c’est l’hypocrisie de la double mesure"
"Quelque chose qui commence à me taper sur les nerfs, c’est l’hypocrisie de la double mesure" - © Tous droits réservés

C’est l’ancien premier-ministre et ancien président de Dexia, Jean-Luc Dehaene, qui était l’invité du Grand Oral La Première/Le Soir ce samedi. L’homme n’a décidément pas perdu son franc-parler et il passe en revue les quelques dossiers chauds du moment.

Sur les primes de départ des parlementaires et le cas Stefaan De Clerck, l’ancien premier dénonce la méthode : "Ce sont des décisions lance-flammes c’est-à-dire qu’il y a un incident et puis il faut très vite prendre des mesures. (…) C’est le cas typique où il faut une pression externe pour que ça bouge et alors on prend une mesure lance-flammes qui est souvent improvisée et qu’il faut revoir par après."

Hypocrisie de la double mesure

"Le second élément, c’est quelque chose qui commence à me taper sur les nerfs, c’est l’hypocrisie de la double mesure. C’est-à-dire que c’est légal mais parce que c’est un politique ou que c’est dans la chose publique, il faut une autre moralité que la légale. Ou bien on change la loi, et tout le monde peut se tenir à la loi ou bien il y a un problème."

Salaire des top managers : populisme

Sur les mesures visant à encadrer le salaires des top-managers (max. 290 000€), Jean-Luc Dehaene dénonce le "populisme" : "Je trouve que ce n’est pas bien de mettre une limite par rapport à un secteur public qui est en concurrence avec le privé, si vous voulez retourner à un fonctionnariat des entreprises publiques, eh bien allez-y mais je ne trouve pas que ce soit une bonne affaire pour les entreprises publiques. (….) mettre comme limite le salaire du premier ministre, c’est tout simplement ridicule, ce serait tout aussi ridicule aux États-Unis de mettre le salaire du président parce qu’il est très faible aussi."

Crainte d'une "repolitisation" des entreprises publiques

Jean-Luc Dehaene va même plus loin : "Je constate que de plus en plus de politiques s’en occupent (des entreprises publiques) alors que je trouve que les entreprises publiques doivent avoir l’autonomie nécessaire pour travailler dans une économie de marché qui ne travaille pas d’après les règles politiques. (…) Je crains qu’on repolitise les entreprises publiques alors qu’on avait été dans l’autre direction, que j’ai d’ailleurs poussée lorsque j’étais aux communications et que j’étais premier ministre."

L’invité du Grand Oral s’est aussi exprimé sur le cas de Jo Cornu, nouveau patron de la SNCB. Doit-il abandonner ses mandats pour se consacrer à plein temps à la SNCB ? "Au moment où on l’a recruté, il a dit qu’il voulait continuer ses fonctions dans certaines entreprises, on lui a dit oui". Pour l’ex-premier, il n’y a donc pas de raison de changer sous la pression populaire.

Une 7e réforme de l'État après les élections : ça n’a pas de sens

En tant qu’artisan de plusieurs réformes de l’État, Jean-Luc Dehaene envoie aussi un message, y compris aux membres de son parti : "Ça n’a aucun sens de recommencer, après les élections en 2014, à refaire une réforme. Il faut dix ans pour appliquer celle d’aujourd'hui, et après dix ans on voit ce qui marche et ce qui ne marche pas". Ceci dit pour l’ex-homme fort du CVP… la réforme de l’État est un processus sans fin qui doit sans cesse évoluer. 

Confédéralisme : une guerre d’étiquettes

Jean-Luc Dehaene est-il confédéraliste ? Entre le confédéralisme de la NVA et celui du CD&V, pas facile d’y voir clair : "Il n’y a aucun des deux qui définit ce que c’est, donc c’est purement une guerre d’étiquettes".

Dexia : "Si j’avais su…"

Enfin sur Dexia, Jean-Luc Dehaene le dit : "Si j’avais su, je ne l’aurais pas fait (prendre la présidence de la banque en crise) mais c’est un peu facile, en ce sens que j’ai été confronté à une question du premier ministre qui devait avoir une solution avant le lendemain, sans quoi Dexia et son gouvernement étaient dans les problèmes. Donc bon, c’est un peu mon éducation scoute qui a joué à ce moment-là…".

Arnaud Ruyssen

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