Un syndicaliste inculpé après la plainte de Marie-Christine Marghem

On l'apprenait en septembre 2015, Marie-Christine Marghem portait plainte contre deux permanents de la CNE. Aujourd'hui, on sait qu'une juge d'instruction de Tournai a décidé de donner suite : elle a inculpé l'un des deux permanents de calomnie et d'usurpation d'identité.

Action de sensibilisation aux contrôles des chômeurs

L'affaire remonte au 5 juin 2015. Ce jour-là, Frédéric Lefèvre, secrétaire permanent CNE pour la province du Hainaut se présente au domicile de Marie-Christine Marghem (MR) à Tournai. Comme d'autres syndicalistes le font en même temps chez d'autres politiques, il se fait passer pour un contrôleur de l'ONEM. Le but : dénoncer la mesure gouvernementale autorisant les visites surprises au domicile des chômeurs.

Malgré les demandes de la ministre fédérale de l'énergie, la CSC décide de publier la vidéo la concernant. L'opération intitulée Fraude à la Une est un succès, la vidéo est vue plus de 35 000 fois début juillet. Le 16 juillet, la ministre met en demeure la CSC pour demander le retrait de la vidéo. Cette fois, le syndicat chrétien obtempère. Mais Marie-Christine Marghem porte tout de même plainte pour injure, calomnie, violation de la vie privée et usurpation d'identité.

Inculpation pour calomnie et usurpation d'identité

Aujourd'hui, on apprend donc que la calomnie et l'usurpation d'identité ont été retenues à l'encontre de Frédéric Lefèvre par une juge d'instruction de Tournai. Le permanent syndical est défendu par Alexis Deswaef, avocat au Barreau de Bruxelles, mais aussi président de la ligue des droits de l'Homme. Il ne comprend pas que cette affaire ait été aussi loin, alors que selon lui, le syndicat ne faisait qu'exercer son droit à la liberté d'expression.

"En tant qu'avocat, je suis surpris de voir qu’une personne qui a tant rêvé d’être ministre de la Justice encombre les tribunaux avec ce type de plainte et instrumentalise à ce point la justice pour régler le sort d’une action syndicale qui se voulait tout à fait parodique", nous confie Alexis Deswaef.

"C'est incompréhensible"

Frédéric Lefèvre, lui non plus, n'imaginait pas qu'il finirait inculpé dans cette affaire. "Je ne sais pas si c’est de l’acharnement. En tout cas, c’est incompréhensible au vu du sujet de départ. L’action syndicale ne mérite pas autant de choses, et c’était clair dès le départ", précise-t-il. Il faut dire que les autres personnalités politiques ayant reçu de telles visites, dont cinq issues du MR, n'ont pas porté plainte.

Le tribunal de Tournai : pas assez impartial?

Avec son avocat et le service juridique de la CSC, ils ont aussi décidé d'introduire une demande de dessaisissement du tribunal de Tournai auprès de la cour de Cassation. Ce petit arrondissement judiciaire où Marie-Christine Marghem exerce comme avocate depuis plus de 25 ans ne présenterait pas les conditions nécessaires à un jugement en toute impartialité.

Alexis Deswaef précise : "Nous avons relevé une série d’éléments qui créent une suspicion légitime pour le tribunal de Tournai et nous demandons à la cour de cassation de renvoyer cette cause devant une autre juridiction qui présente toutes les garanties d’impartialité".

"Il faut laisser la justice faire son travail"

Nous avons pu en parler avec Marie-Christine Marghem qui n'était visiblement pas au courant de cette procédure, ni des suites apportées à sa plainte. Elle ne souhaite pas s'exprimer sur l'affaire qui suit son cours, mais nous dit tout de même ceci : "Je dirais que tous les espoirs sont permis. Si ce confrère estime qu’il doit saisir une juridiction pour traiter ce problème, qu’il le fasse, je n’y vois pas d'inconvénient. Il faut laisser la justice faire son travail".

Si le syndicaliste est renvoyé devant un tribunal correctionnel, il risque jusqu'à 2 ans de prison et 1200 euros d'amende.

Ci-dessous, retrouver la vidéo de l'action Fraude à la Une telle que la CSC nous l'a transmise.

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