Un saut d'index à l'Index?

Les syndicats peuvent se réjouir. Une de leurs revendications est rencontrée : il n’y aura pas de saut d’index en 2015 ! Et le gouvernement fédéral peut même dire qu’il n’a pas cédé d’un pouce… un véritable win-win !

Déclaration

Par contre, si le gouvernement Michel entend malgré tout appliquer un saut d’index quand une indexation sera programmée (2016 ? 2017 ?) il devra renier sa propre déclaration gouvernementale qu’il renâcle tant à renier.

En effet, la déclaration gouvernementale (p.7) prévoit expressément que le gouvernement s’engage à résorber complètement, avant la fin de la législature, au moins le handicap salarial mesuré depuis 1996 avec les pays voisins. Ceci sera concrètement possible en 2015 et 2016 entre autres via:

- Un saut d’index en 2015

- L’avancement de la réduction des charges prévue dans le pacte de compétitivité

- Une période supplémentaire de modération salariale en 2015-2016 (ou tant que la compétitivité n’est pas restaurée).

Le saut d’index ne valait que pour 2015 et la modération salariale risque bien d’être automatique puisque les salaires ne sauront augmenter. Le gouvernement Di Rupo avait déjà gelé les salaires, de facto le gouvernement Michel se retrouvera dans la même situation.

Compétitivité et idéologie

Dans la logique du nouveau gouvernement fédéral, le saut d’index était censé favoriser la compétitivité des entreprises belges, même si plusieurs économistes ou certains patrons ont émis plus que des réserves sur cette opération. Selon la Banque Nationale en novembre dernier, un saut d’index devait créer 33.000 emplois. Ce ne sera donc pas le cas, même si des économistes avaient souri devant cette prévision.

Comme le soulignait l’économiste Bruno Colmant (par ailleurs, ancien chef cab’ de Didier Reynders aux Finances), l'emploi n'est pas déclenché par un saut d'index. Il l'est par une dynamique de demande économique qu'un saut d'index risquerait peut-être de contrarier.

La nouvelle coalition a fait plusieurs concessions à l’idéologie : à quoi bon repousser l’âge de la retraite à 67 ans si l’immense majorité des gens s’arrête à 60 ans ? Va-t-on dissuader les entreprises de pousser dehors leurs travailleurs de plus de 55 ans ? La mise au travail des chômeurs ne posera-t-elle pas plus de problèmes qu’elle n’en résout ? Des entreprises ne seront-elles pas en concurrence ? Il en va de même pour le saut d’index dont on finit par se demander si il ne se retrouve pas dans l’accord de gouvernement plus pour contenter le FMI, l’OCDE ou la Commission Européenne que pour aider les entreprises belges. Celles-ci voulaient améliorer leur compétitivité grâce paraît-il, à ce saut d’index, remis dorénavant aux calendes grecques. Ce n’est pas pour autant que les entreprises belges vont gagner en performance.

La déflation est là et elle va peut-être ranger le saut d’index dans le rayon des fausses bonnes idées. Le gouvernement fédéral dispose en tout cas de plus d’un an pour y réfléchir et pour travailler à réduire la fiscalité sur le travail (et donc l’accroître sur d’autres types de revenu), le véritable handicap compétitif belge. Mais pour cela il faudra faire preuve de plus de pragmatisme et de moins d’idéologie.

 

Philippe Walkowiak

 

 

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