Un "QR" code pour entrer au restaurant, l'application est disponible mais personne n'est en mesure de l'imposer

La volonté de tracer les clients d’un restaurant n’est pas neuve. Jusqu’ici cela s’est traduit par un carnet à compléter par le client avec son identité, son téléphone et l’heure de son arrivée avec comme but de prévenir ceux-ci en cas de contaminations dans le restaurant. 

Inutile de dire que ce système n’a guère eu beaucoup d’utilité ni de succès jusqu’à présent en raison de sa fiabilité très relative et il a peu de chance d’offrir à l’avenir de meilleures garanties. Une autre idée a dès lors fait son chemin, désormais plusieurs pays dont la France, l’Allemagne, la Suisse et bientôt l’Espagne ont choisi de profiter de la généralisation des smartphones pour proposer d’alerter les clients d’un restaurant en cas de foyer de contaminations via un système de QR code garantissant l’anonymat du client.


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Sur le mode de "Coronalert" qui regroupe déjà près de 2.700.000 d’utilisateurs en Belgique, c’est le client qui garde sur son smartphone à la fois les données du QR code et c’est le client encore qui peut vérifier en cas d’alerte reçue pour ce restaurant s’il est concerné ou pas en fonction du jour et l’heure où il s’est rendu dans ce restaurant.

Pourquoi limiter cette application au secteur Horeca ?

Facile d’utilisation et plus sécurisé sur le plan de la vie privée, on ne doit laisser ni son nom ni son adresse et le numéro de son GSM dans un carnet accessible à tous. Maxence Van Crombrugge, restaurateur à Genappe et coordinateur du collectif Horeca Wallonie, ce n’est pas tant le système qui l’inquiète que la volonté de l’imposer exclusivement à l’Horeca : "Nous n’accepterons pas et nous irons à nouveau en justice pour plaider une discrimination si ce n’est imposé qu’au seul secteur de l’Horeca. Si ce QR doit être appliqué, on estime qu’il doit l’être à l’ensemble des entreprises et commerces du pays."

Nous irons à nouveau en justice pour plaider une discrimination

Pour Axel Legay, professeur en cybersécurité à l’UCL qui se définit comme un gestionnaire de risques, la volonté n’a jamais été de l’imposer à un secteur particulier. Mais de mettre au point un système qui combine à la fois un respect de la vie privée et une protection des consommateurs en termes de prévention et de détection. Car prévenir anonymement des personnes qu’elles ont pu être contaminées dans un cadre déterminé peut à la fois les aider à vérifier rapidement si elles ont été atteintes par le virus et donc casser une chaîne potentielle de contamination.

C’est donc bien une initiative d’utilité publique mais pour Axel Lagay, pas question de l’imposer : "la loi peut par arrêté ministériel imposer un suivi des contacts car tout le monde peut disposer d’une feuille de papier et d’un stylo à bille mais on ne peut pas contraindre une population par un moyen digital pour des raisons à la fois constitutionnelle et pratique".

On ne peut contraindre une population par un moyen digital, c’est illégal

Et Axel Legay d’évoquer les nombreuses pressions imposées par une série d’acteurs économiques et culturels qui insistent pour généraliser l’usage du QR code en le rendant contraignant afin de leur permettre de rouvrir leurs installations, idée qu’il juge personnellement inopportune et qui reste aujourd’hui formellement interdite : "ce sont des systèmes qui sont faits pour aider à vaincre la pandémie et cela s’arrête là. Je sais que certains restaurateurs craignent qu’on conditionne leur réouverture à cela, mais non ! Il faut vraiment les rassurer parce que vous n’imaginez pas à quel point l’on en est". Et d’indiquer au secteur Horeca qu’ils doivent arrêter de tirer sur le pianiste, car ceux qui ont conçu cette application sont des scientifiques gestionnaires de risque et donc leurs meilleurs amis en termes de possibilités de remises au travail sans fermeture linéaire de secteurs entiers.

Faux sentiment de sécurité car le respect de la mesure ne peut être assuré

Pour Maxence Van Crombrugge, la crainte est effectivement de voir l’Europe imposer au travers de ce système de QR code un système de contrôle qui aboutira pourtant assez rapidement à des fermetures de restaurants : "la France rouvre le 9 juin avec le QR code et ce qui se dit c’est que si le code trace trois contaminations dans un restaurant il sera fermé pour quinze jours". Pour lui le QR code n’apportera de plus aucune sécurité réelle au client en termes de suivi des contaminations. Car pas mal de clients ne respecteront pas l’usage du QR code et peu de patrons vont refuser d'accueillir des clients pour cette raison.

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