Un Premier ministre, à quoi ça sert en Belgique ?

Les partis de la coalition Vivaldi viennent d'accoucher d’un gouvernement à la tête duquel se trouve un Premier ministre, le chef de cet exécutif fédéral. Mais à quoi sert un Premier ministre en Belgique ? Quelles sont ses compétences et sa réelle influence ?

Depuis quand existe la fonction ?

D’abord, depuis quand existe cette fonction de Premier ministre dans notre pays ? Officiellement, elle remonte au lendemain de la Première guerre mondiale. En 1918, le Premier ministre belge obtient enfin un cabinet et peut s’entourer d’une équipe. Léon Delacroix est le premier Premier ministre belge, désigné le 21 novembre 1918.

Avant cette date, le Premier ministre, le "chef du cabinet ministériel" comme on le qualifiait, était un ministre parmi les autres, détenteur d’une compétence spécifique (Affaires intérieurs, Economie, Affaires étrangères…). Sa particularité, outre celle d’avoir formé le gouvernement et de gérer ensuite son propre portefeuille, était de coordonner le travail de l’équipe ministérielle et d’en faire rapport à Roi, notamment en son absence. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, mais à partir de 1830 et la création de la Belgique, le Roi préside les conseils des ministres.

Le Souverain va s’effacer progressivement au profit du Premier ministre dont le titre est donc créé officiellement en novembre 1918. A l’époque toujours et jusqu’en 1949 avec Paul-Henri Spaak, "le Premier ministre cumule sa charge avec un autre portefeuille", comme l’explique le site de la Première ministre actuelle Sophie Wilmès (MR). Cela peut occasionnellement être le cas aujourd’hui, mais la charge est alors très réduite (l’accord de coopération Etat fédéral-Bruxelles et les institutions culturelles fédérales pour Sophie Wilmès aujourd’hui).

"Après la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre s’affirme en tant que chef du gouvernement. Sa fonction devient également plus complexe. Comme il est généralement à la tête d’une coalition, il doit jouer un rôle de conciliateur entre des ministres issus de différents partis", ajoute le site en précisant qu’il faudra attendre 1970 pour que le titre de Premier ministre soit enfin reconnu par la Constitution belge. La quatrième réforme de l’Etat de 1993 (dite de la Saint-Michel) liera "expressément la fonction de Premier ministre à la formation ou à la démission des gouvernements".

Pour l’anecdote, c’est Charles Rogier qui a exercé la fonction pendant le plus de jours, 5614 exactement, en deux périodes (d’août 1847 à octobre 1852 et de novembre 1857 à janvier 1868). Vient ensuite Wilfried Martens dans l’histoire récente, entre mars 1979 et mars 1981 et entre décembre 1981 et mars 1992.

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Léon Delacroix est le premier Premier ministre belge. © D. R.

Le chef du gouvernement

En Belgique, c’est le Premier ministre qui dirige le gouvernement, composé de 15 ministres maximum. Il préside le conseil des ministres du vendredi et le "Kern". Le "Kern" est le conseil des ministres restreint composé des Vice-Premiers ministres. Chaque parti composant la majorité fédérale a un poste de Vice-Premier.

"La fonction de vice-Premier ministre trouve son origine dans une règle coutumière qui s’est progressivement confirmée à partir de 1925. On a ainsi reconnu, dans un contexte de gouvernements constitués de deux partis, des qualités représentatives particulières au chef de file des ministres appartenant au parti de la coalition allié à celui du Premier ministre", précise le CRISP, le Centre de recherche et d’information socio-politiques. "La règle a été appliquée de façon constante à partir de 1958-1961."

Que ce soit en conseil des ministres ou en "Kern" (qui se réunit en général en cas de dossiers sensibles ou de blocages), le Premier ministre a pour mission d’assurer le dialogue entre les partis de sa coalition, de coordonner les politiques et de se tenir au courant de chaque dossier. Il est membre d’un parti politique mais doit prendre de la hauteur dans le cadre de sa mission.

Important également de ne pas se laisser déborder par un des partis ou un membre de son gouvernement. Le gouvernement parle d’une seule voix, celle du Premier ministre. La cacophonie ou les discours contradictoires ne sont pas permis. Auquel cas et si le désaccord est profond, c’est la crise et parfois la chute du gouvernement, comme en 2010 lorsque l’Open VLD d’Alexander De Croo décide de faire tomber le gouvernement sur le dossier BHV ou en 2018 lorsque la N-VA décide de quitter la Suédoise sur la question migratoire.

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Charles Rogier, record de longévité au poste de Premier ministre. © D. R.

Le représentant du gouvernement en Belgique

"Le Premier ministre est à la fois le visage et la voix du gouvernement à l’égard des principales institutions du pays", dit le site premier.be. Lors de manifestations, d’événements, de réunions à grande échelle, publiques ou politiques, le Premier ministre représente le gouvernement. Exemple : lors d’une Fête de la Communauté flamande ou lors de l’inauguration d’une entreprise.

Le Premier ministre représente également le gouvernement fédéral auprès du Roi, qui le reçoit en audience, au palais de Bruxelles, une fois par semaine.

Sur les bancs de la Chambre ou par écrit, il est questionné et répond aux nombreuses interpellations des parlementaires.

"Le Premier ministre et ses ministres déposent également des projets de loi et exposent ceux-ci devant les commissions compétentes de la Chambre ou du Sénat. Tout cela suppose une bonne collaboration entre les pouvoirs exécutif et législatif et un Premier ministre capable de défendre ouvertement son gouvernement et sa politique devant le Parlement. Cette responsabilité implique aussi des réunions, des rencontres informelles et une solide connaissance des dossiers", précise premier.be.

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Le Premier ministre Guy Verhofstadt (Open VLD) inaugurant en 2007 un centre de contrôle de vaccins chez GSK à Wavre. © FRANCOIS WALSCHAERTS - BELGA

Le représentant de la Belgique dans le monde

Lors des sommets internationaux, à l’Europe, à l’Otan ou à l’ONU, le Premier ministre représente la Belgique avec le ministre des Affaires étrangères. En fonction de la nature de la réunion, le Roi peut également être présent, notamment lors de visites officielles. Lors du sommet de l’Otan en 2017 à Bruxelles, le Premier ministre et le roi Philippe sont présents aux côtés du nouveau président américain Donald Trump, pour son premier déplacement en Belgique.

En dehors des sommets, le Premier ministre belge est en contact avec ses homologues chefs de gouvernement ou d’Etat des autres pays. Il se rend également à l’étranger pour défendre les intérêts de la Belgique.

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Charles Michel, en 2017, lors du sommet de l'Otan avec Donald Trump et le roi Philippe. © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Le visage du gouvernement auprès de tous les Belges

Ce fut une évidence lors de cette crise du coronavirus : le gouvernement belge avait un visage, celui de Sophie Wilmès. C’est elle qui portait, au nom du gouvernement, les décisions prises lors du Conseil National de Sécurité, présidé d’ailleurs par le Premier ministre. Ce CNS n’a pas de cadre formel mais depuis les attentats djihadistes de 2015, il se réunit lorsqu’une crise sécuritaire grave survient. Y assiste des acteurs politiques (ministres, ministres-présidents…) mais aussi sécuritaires ou de santé publique, comme avec la crise du Covid-19 depuis mars.

Le Premier ministre porte la parole de son gouvernement et va au-devant des médias pour défendre le bilan de sa coalition. Cela se fait lors d’interview à un organe de presse en particulier ou lors de conférences de presse, comme celles du vendredi, à l’issue du conseil des ministres.

Cette part de la fonction est essentielle, dans une monarchie parlementaire et fédérale comme la Belgique où les niveaux de pouvoir s’entrecroisent et où il est parfois compliqué pour le citoyen de savoir qui fait quoi.

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Sophie Wilmès, lors d'un Conseil national de sécurité. © POOL FRANCOIS LENOIR - BELGA
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Alexander De Croo est notre nouveau Premier ministre. Il enlève son costume de formateur et de ministre des Finances pour enfiler celui de big boss du gouvernement « Vivaldi ». Voici 5 choses à savoir sur lui. ????‍ Ingénieur commercial de formation, Alexander De Croo ne se destinait pas à entrer en politique. Il saute finalement le pas en 2009. Il connait bien le milieu puisqu’il est le fils d’Herman De Croo (député, ministre fédéral, bourgmestre de Brakel, président du VLD, ministre d’Etat, président de la Chambre, et député flamand). Alexander est un « fils de » qui a réussi à se faire un prénom. À seulement 34 ans, Alexander De Croo devient président de parti. Lui qui n’a alors aucun mandat politique à son actif prend le relais du très expérimenté Guy Verhofstadt à la tête de l’Open VLD. Son intention : repositionner le parti plus à droite, le moderniser et le relancer. En 2012, il cède la place à Gwendolyn Rutten. Alexander De Croo est surtout connu pour avoir fait tomber le gouvernement Leterme II en 2010, faute de solution dans le fameux dossier de la scission de l’arrondissement politique et judiciaire de Bruxelles-Halle-Vilvoorde. Une décision qui a eu de lourdes conséquences puisqu’elle a provoqué la tenue d’élections et la crise politique des 541 jours. En seulement 11 ans de carrière politique, Alexander De Croo a acquis une grande expérience au niveau fédéral. Il a occupé différents postes ministériels et compte 8 années comme vice-Premier. Alexander et Herman De Croo ont deux passions communes : la politique (de toute évidence) et… l’équitation ! Une activité familiale qui n’est pas sans risques : en 2010 Alexander De Croo était apparu au 16 rue de la loi en chaise roulante suite à une mauvaise chute. · Belga / Benoît Doppagne (1), Dirk Waem (2), Jorge Dirkx (3), Julien Warnand (4), Laurie Dieffembacq (5). · #rtbf #rtbfinfo #begov #formatie #formation #vivaldi #politique #decroo

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