Un nouveau manifeste Ecolo pour prolonger les valeurs de gauche

Quasi unanimité moins une voix et une abstention pour le vote des 700 militants réunis ce dimanche à Bruxelles.
Quasi unanimité moins une voix et une abstention pour le vote des 700 militants réunis ce dimanche à Bruxelles. - © Herbert Meyer

Près de 30 ans après sa déclaration de Louvain-la-Neuve-Péruwelz, Ecolo s'est doté dimanche d'un nouveau manifeste politique. Le texte approuvé quasi à l'unanimité réactualise les fondements d'un parti vert qui a considérablement modifié son fonctionnement.

Adoptée en 1985, cinq ans après la fondation d'Ecolo, la déclaration de Louvain-la-Neuve s'inscrit dans un monde encore marqué par le conflit est-ouest et une Europe déjà frappée par la crise et vivant de douloureuses "années de plomb". Elle vise surtout à décrire les modes d'action des Verts. Il y est question d'autogestion à promouvoir dans toute la société, d'une prise de conscience des dégâts du progrès, de contagion culturelle ou de fédéralisme intégral en vue de "disséminer le pouvoir". Plus qu'un parti, Ecolo se veut un mouvement en contact permanent avec les associations qui forment le tissu écologiste.

À l'époque, il n'est fait aucune référence à la gauche

Le nouveau manifeste s'attache quant à lui à définir Ecolo non pas comme un parti de gauche mais comme la prolongation des "mouvements qui combattent toutes les formes de privilèges, d'exploitation et d'ignorance, mouvements dans lesquels s'ancrent depuis deux siècles les valeurs de gauche". Il y est toujours question de dénoncer le productivisme, de défendre un environnement sain ("apprendre à vivre à l'intérieur des limites de la biosphère constitue sans doute la plus grande des révolutions mentales qu'ont à affronter les sociétés humaines", dit le texte) ou de temps consacré à l'engagement social.

La transition comme pilier de l'action

Le nouveau manifeste pose comme pilier de l'action écologiste la transition écologique (complétée par une transition énergétique), la lutte pour une société plus juste, l'égalité entre femmes et hommes (il préconise notamment des mesures correctrices pour lutter contre les stéréotypes dès l'école), un pouvoir mieux distribué et éthique (entre autres le non-cumul de mandats ou l'alternance politique), la démocratie participative (en complément de la démocratie représentative, Ecolo veut de nouvelles formes de participation) ou encore une "culture du respect, de la tolérance et de la reconnaissance" qui passe par le respect d'une stricte séparation entre l'État et toute croyance.

La sécurité sociale fait son apparition, le soutien mais aussi la régulation de l'économie occupent une place importante, l'alliance avec Groen en vue d'une modernisation du fédéralisme belge est rappelée.

Six mois de travail collectif

Ce l'effort qui a été nécessaire pour remplacer la déclaration de 1985 par un nouveau manifeste. "Le fait de prendre des décisions collectivement fait partie de nos projets. Maintenant, nous avons un texte qui définit le monde plus juste que nous voulons", a expliqué le co-président Olivier Deleuze en marge de l'assemblée générale. L'adoption de ce nouveau texte se justifiait à ses yeux par un monde et un parti qui ont changé. "Ecolo aussi a changé. Il y a eu les expériences de participation (au pouvoir). Nous avions déjà les pieds sur terre ; nous les avons encore plus", a-t-il souligné.

"Peser sur le réel"

"Ecolo pèse sur le réel et a bien l'intention de peser sur le réel après 2014", a lancé dimanche la co-présidente Emily Hoyos devant les quelque 700 militants réunis à l'ULB pour adopter le nouveau manifeste. L'ambition des Verts est de poursuivre la "modernisation de Bruxelles et de la Wallonie", a-t-elle martelé. L'indépendance énergétique constitue l'un des piliers de cette modernisation. "N'en déplaise à la vieille droite qui nous dit qu'en période de crise, il faut mettre la pédale douce sur l'ambition énergétique", a ajouté Emily Hoyos qui voit dans l'ambition énergétique une "nécessité économique et sociale".

À entendre la co-présidente, cette ambition, c'est aussi ce qui émancipe Ecolo "de la gauche du XXe siècle" qui s'est abîmée dans la mondialisation. Et d'appeler à une "transition écologique juste parce qu'elle ne laissera personne sur le chemin".

Accents de gauche également chez les écologistes flamands

Groen souhaite se positionner davantage comme parti social en plus de son traditionnel ancrage écologique, dans la perspective des élections de 2014, a affirmé dimanche son président Wouter Van Besien dans le programme Het Nieuws de la chaîne privée VTM.

"Nous voulons être un parti solidement debout sur deux jambes, l'une étant celle de l'écologie et du verdissement de notre économie, l'autre celle du social, pour les salaires, les pensions, l'emploi et les soins de santé", a affirmé Wouter Van Besien. Groen dit vouloir se détacher du stéréotype d'un parti focalisé sur l'écologie, au contraire des "trois partis traditionnels qui semblent en revenir aux recettes classiques, dans leurs opérations de renouveau".

"La justice sociale est aussi importante que l'écologie", insiste Wouter Van Besien. Il réfute mener une opération visant à capter des électeurs du sp.a ou du PTB (PVDA+). C'est la politique sociale défaillante du gouvernement qui est à l'origine du positionnement plus social de son parti, dit-il. Groen souhaite concrétiser cette impulsion lors d'un congrès "socio-économique" en octobre. Wouter Van Besien envisage un "hat-trick" électoral en 2014, après les "victoires" des législatives de 2010 et des communales de 2012. Le parti est dans l'opposition au fédéral comme dans les entités fédérées. Il espère une participation gouvernementale en 2014.

Patrick Bartholomé avec Belga

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