Un mois après les élections: les élus vont-ils entendre le signal de l'électeur?

Négociations, coalitions, un mois après les élections législatives et régionales, où en sommes-nous ? La question s'est beaucoup posée ces dernières semaines. Nos élus ont-ils entendu le signal de l'électeur ?

"Oui et non. Il n'est jamais extrêmement clair, puisqu'il y a finalement autant de signaux qu'il y a d'électeurs", explique Caroline Sagesser, chargée de recherches au sein du CRISP, le Centre de recherche et d'informations socio-politiques. "Mais je dirais qu'on a tout de même le sentiment que les grandes tendances ont bien été retenues, puisqu'on l'a répété souvent et ça correspond à une réalité : la Wallonie a voté plus à gauche, la Flandre a voté nettement plus à droite, et on voit que les majorités qu'on essaye de constituer suivent très largement ces signaux-là qui ont été donnés par l'électeur. J'aurais donc tendance à répondre aujourd'hui que oui, on a bien vu dans quel sens les résultats du scrutin allaient de part et d'autre de la frontière linguistique".

Chez les germanophones pourtant, tout semble se passer plus vite qu'ailleurs. "Quelques jours après les élections, on avait un gouvernement à Eupen, alors qu'ailleurs, maintenant un mois après le scrutin, on n'est guère plus avancé", précise-t-elle. "On savait que ce serait compliqué au fédéral, et un mois après, peu de choses filtrent de la mission des informateurs Reynders et Vande Lanotte, mais on a quand même l'impression que ça ne se décante pas vraiment, et du côté des régions où on pensait les choses plus simples, depuis elles se sont compliquées. Donc, effectivement, on n'a pas beaucoup avancé".

Dans la région Bruxelles-Capitale, les choix de coalition sont apparemment faits mais les différents acteurs concernés ont tendance à temporiser. "Notamment du côté de l'Open VLD. Traditionnellement, à Bruxelles, on laisse chaque aile linguistique former sa propre majorité, puis après on se rencontre pour discuter du programme", rajoute Caroline Sagesser. "Et là, effectivement, l'Open VLD, qui est incontournable au sein du groupe linguistique néerlandais, a finalement décidé de ralentir le tempo parce qu'il souhaiterait que le MR soit présent du côté francophone. A priori, c'est plutôt quelque chose de nature à ralentir la formation du gouvernement sans déboucher vraiment sur une remise en question de la majorité du côté francophone". Côté francophone, on s'achemine plutôt vers une coalition PS-Écolo-DéFI, tandis que du côté néerlandophone, l'Open VLD, Groen et la SPA seraient ensemble.

Le cordon sanitaire maintenu?

En Wallonie, le PS et Écolo sont en train de négocier une feuille de route qui étonne les observateurs et les citoyens. "C'est effectivement assez étonnant parce que ces deux partis, ensemble, n'ont pas la majorité", précise Caroline Sagesser. "Il leur manque cinq sièges pour avoir la majorité au Parlement wallon. On ne sait donc pas très bien où on va. On entend dire qu'on pourrait avoir un gouvernement minoritaire parce que ça se pratique dans d'autres pays, mais ce sont des pays qui ne sont pas dans les mêmes circonstances que nous. On ne sait pas très bien comment ce gouvernement minoritaire serait mis en place et soutenu par le Parlement".

Du côté de la Flandre, la grande question concerne le maintien du cordon sanitaire politique. "Je crois que la question ne se pose malheureusement quasi plus, dans la mesure où la NV-A conduit des négociations approfondies avec le Vlaams Belang sur une feuille de route, sur un programme. On peut difficilement parler encore d'un cordon sanitaire, même si in fine l'aboutissement pourrait être une reconduction de l'ancienne majorité flamande, donc NV-A, Open VLD et CD&V. Il y a quand même eu une intégration du Vlaams Belang dans des discussions politiques et on peut considérer que ce cordon sanitaire n'a finalement plus énormément de largeur". 

Caroline Sagesser rajoute que le Vlaams Belang est un concurrent principal de la N-VA. "Au lendemain du scrutin, on a bien vu dans l'attitude de Bart De Wever la volonté de ne pas rejeter les électeurs du Belang, donc on s'attendait à ce qu'il discute avec le Belang. Ce à quoi on ne s'attendait pas, c'est qu'il discute tellement longtemps et pour le moment, semble-t-il, principalement, voire exclusivement, avec eux. C'est donc une nouvelle donne".

Alors que cela fait 200 jours qu'il n'y a pas de gouvernement majoritaire, une crise politique aussi longue que celle de 2010-2011 n'est pas à exclure. Avec les enjeux différents par niveau de pouvoir, chaque niveau de pouvoir est-il vraiment indépendant l'un de l'autre ? "Oui et non", estime Caroline Sagesser. "Effectivement, on peut avoir des majorités différentes à tous les niveaux de pouvoir, et on peut même avoir des majorités différentes, comme on l'a vue en fin de législature à la Région wallonne et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ça, c'est quelque part la logique du fédéralisme. Mais d'autre part, on se rend néanmoins bien compte qu'au fédéral, toutes ces tendances se rencontrent et qu'il faut arriver à faire une synthèse des tendances qui sont de plus en plus différentes. L'exercice est donc de plus en plus difficile et de plus en plus long".

 

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