Un jeune enseignant sur cinq quitte la profession dès sa première année

Un jeune enseignant sur cinq quitte la profession dès sa première année
Un jeune enseignant sur cinq quitte la profession dès sa première année - © BELGA PHOTO MICHEL KRAKOWSKI

L'abandon du métier par les enseignants au cours de leurs cinq premières années de pratique est un problème connu. Une étude de l'UCL menée en collaboration avec l'ULB sur la trajectoire des jeunes enseignants francophones a tenté d'affiner les chiffres, de mieux définir les causes et de proposer des solutions. On y apprend ainsi que tous niveaux d'enseignement obligatoire confondus, 35% des profs quittent le métier endéans les cinq premières années de pratique. L'étude démontre que plus de la moitié de ces sorties précoces (19,1%) se déroulent lors de la première année. Trois types de facteurs expliquent cet état de fait.

Il y a tout d'abord des facteurs de contexte puisque le taux de sortie du métier varie selon le territoire où il est exercé et la fonction occupée. On remarque ainsi que Bruxelles est loin d'être le marché le plus difficile pour les enseignants débutants, au contraire même car c'est dans la région capitale qu'on note les trajectoires les plus stables durant la 1re année de métier. Autre facteur de contexte, les établissements scolaires et les pouvoirs organisateurs. Là, à l'inverse peut-être des idées reçues, on constate qu'avoir travaillé la 1re année dans une école dite "défavorisée" réduit très légèrement la probabilité de sortie.

Des facteurs individuels entrent aussi en ligne de compte, tel le diplôme obtenu. On constate donc que le taux de sortie au cours des 5 premières années est près de trois fois plus important parmi ceux qui ne possèdent pas de diplôme pédagogique (61% pour 21%). Or, il faut savoir qu'un tiers des enseignants débutants ne possèdent pas de diplôme pédagogique.

Enfin, il y a le facteur "conditions d'emploi". Entrent ici en ligne de compte le moment de l'engagement, le temps de travail presté et les périodes d'activité. A cet égard, on note que 19% de ceux qui ont travaillé 10 mois au cours de leur première année de métier ont quitté la profession avant la fin de leur 5e année. Si on compare ceux-là avec ceux qui n'ont presté que 2 à 5 mois pendant leur première année, on arrive à un taux de 58,2% d'abandon du métier avant 5 ans. On remarque aussi que 13% seulement des postes disponibles en septembre sont occupés par des jeunes diplômés. Par contre, ces jeunes profs sont essentiellement choisis pour occuper les places vacantes à partir d'octobre (plus de 50% de novices en 1re année pour les mois d'octobre à décembre), soit des places moins stables. L'emploi est clairement plus fluctuant pour les profs débutants.

Les auteurs de l'étude dont les statistiques sont basées sur les données fournies par l'administration des personnels de l'enseignement entre 2005 et 2011 ainsi que sur celles de la banque carrefour couplées aux données des étudiants diplômés en 2002, proposent plusieurs pistes pour faire face au problème. Ils suggèrent notamment de réduire les retards d'attribution des postes et d'atténuer la césure entre les enseignants bénéficiants d'un statut prioritaire (nommés) et ceux qui n'en bénéficient pas. Ils conseillent aussi de développer une politique de formation de ceux qui ne disposent pas d'un diplôme pédagogique et d'améliorer la coordination entre pouvoirs organisateurs présents sur un même marché. Enfin, il faudrait, selon eux, prévoir une année sabbatique dans la carrière de chaque enseignant afin de lui permettre notamment de se former. Par ailleurs, les chercheurs postulent qu'engager annuellement 4200 enseignants plutôt que les 4800 repris aujourd'hui réduirait la précarité et l'instabilité des trajectoires des jeunes profs.

Belga

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