Un de ces deux hommes sera Premier ministre: pourquoi avoir choisi Paul Magnette et Alexander De Croo ? (portraits)

Un de ces deux hommes sera Premier ministre: pourquoi avoir choisi Paul Magnette et Alexander De Croo ? (portraits)
Un de ces deux hommes sera Premier ministre: pourquoi avoir choisi Paul Magnette et Alexander De Croo ? (portraits) - © Tous droits réservés

Selon les bruits qui couraient, on a failli ne pas avoir de nom du tout, faute d'accord sur celui qui serait à la tête du gouvernement. Mais le Roi a choisi de trancher... tout en ne tranchant pas vraiment, puisqu'il a nommé non un homme mais un duo de formateurs.

Toute la question est donc de savoir lequel des deux, de l'Open VLD Alexander De Croo ou de Paul Magnette endossera le costume de Premier ministre. Rappel de leurs parcours et de leurs atouts...

Paul Magnette, le choix "logique"?

Paul Magnette Premier ministre, ce serait la logique liée au fait que le socialiste préside le parti le plus fort au sein de la première famille politique du pays (19 PS sur 28 sièges socialistes, le reste étant détenu par le sp.a).

Sans que l'on sache si finalement le président du PS décroche le siège, de plein gré ou plutôt contraint et forcé par les événements...

Même si l'homme n'a cessé de répéter combien, aux différentes phases de cette bien longue formation, le PS s'est démené pour la réussite d'un accord de gouvernement, offrant préformateur (Rudy Demotte en binôme avec le N-VA Geert Bourgeois), informateur (déjà Paul Magnette lui-même), un président de parti en mission (à nouveau Paul Magnette) avec son homologue du sp.a Conner Rousseau pour relancer les discussions, puis avec celui de la N-VA Bart De Wever... Et d'être cité régulièrement parmi les "premier-ministrables" aux côtés de Alexander De Croo (Open Vld) ou Koen Geens (CD&V).

L'homme aux multiples casquettes

C'est en 2007 que Paul Magnette apparaît sur la scène politique et se fait connaître du grand public. Né le 28 juin 1971 à Louvain, ayant grandi à Charleroi, une mère avocate, un père médecin, Paul Magnette c'était d'abord et jusque 2007 le politologue de l'Université libre de Bruxelles, expert des questions européennes (directeur de l'Institut d'études européennes de l'ULB). Il est alors catapulté par le Boulevard de l'Empereur comme médiateur afin de résoudre la crise au sein du PS de Charleroi dont plusieurs responsables sont éclaboussés par des faits de corruption et détournement.


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Le "grand nettoyage" effectué - une tripartite inédite mise sur pied avec libéraux et chrétiens, avec Jean-Jacques Viseur bourgmestre -, il devient ministre wallon de la Santé et de l'Action sociale (juillet 2007), puis au bout de quelques mois (décembre 2007) ministre fédéral du Climat, de l'Environnement et de l'Énergie dans les équipes Verhofstadt puis Leterme; il s'illustre alors dans un bras de fer répété avec Electrabel et son monopole historique. En 2009, il mène le PS carolo au scrutin régional; élu (avec 37.500 voix sur son nom), il reste au fédéral. Aux élections de juin 2010, tête de liste au Sénat, il décroche pas moins de 264.167 voix 1er score wallon. 

En 2011, il intègre le gouvernement Di Rupo comme ministre fédéral des Entreprises publiques, de la Politique scientifique et de la Coopération au développement , entamant notamment les difficiles discussions pour l’établissement de " plafonds " pour les salaires des grands patrons des entreprises publiques.

Aux communales de 2012, retour à Charleroi, il est élu bourgmestre (plus de 24.000 voix de préférence) avec une majorité absolue au conseil communal (30 sièges sur 52), ce qui ne l'empêche pas de remiser sur une tripartite. Sauf que d'autres fonctions l'attendent encore.

Deux fois déjà président du PS

En janvier 2013, Elio Di Rupo étant Premier ministre fédéral, son successeur au parti Thierry Giet en partance pour la cour constitutionnelle souhaitant être déchargé de son intérim, Paul Magnette est désigné président faisant fonction du Parti socialiste. Il démissionne alors du gouvernement fédéral où le Liégeois Jean-Pascal Labille va le remplacer.

Au triple scrutin de 2014, il opte à nouveau pour le niveau régional, Elio Di Rupo menant la liste au fédéral et Marie Arena à l’Europe. Il frôle les 50.000 voix de préférence dans la circonscription de Charleroi (deuxième taux de pénétration le plus fort du paysage politique francophone, derrière Elio Di Rupo) et est élu député wallon. 

Mais en juillet 2014, nouveau changement : Paul Magnette, négociateur PS en vue de former les gouvernements wallons et de la FWB aux côtés d’Elio Di Rupo toujours, devient ministre-président du gouvernement wallon à la tête d'une coalition avec le cdH; il renonce quelques mois plus tard à la direction du PS. On en retient surtout son opposition en octobre 2016 à la ratification par la Belgique de l’accord économique du CETA Europe-Canada. Une opposition wallonne qui aura fait le tour du monde.


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En juillet 2017, le gouvernement wallon Magnette est renversé après le changement d'alliance voulu par le cdH qui opte pour un partenaire libéral. Il abandonne alors son mandat de député wallon pour redevenir bourgmestre de Charleroi, fonction où il est facilement réélu aux communales d'octobre 2018. Retour à Charleroi donc, tout en adoptant de plus en plus une position de dauphin en attente de la présidence. D’où un surnom grinçant parfois de " Prince Charles " du PS. C'est le 19 octobre 2019 qu'il est finalement est élu président du PS par les militants en remplacement d'Elio Di Rupo, nouveau chassé-croisé entre les deux hommes : il était le seul candidat en lice et recueille 95,4% des suffrages exprimés.  Au scrutin de mai 2019, Paul Magnette était tête de liste à l'Europe tout en disant très tôt qu'il ne siègerait pas... 

2019-2020 : avec ou sans la N-VA ?

Président du parti dans la campagne et après les élections, Paul Magnette n'avait cessé de dire et répéter que PS et N-VA ne pouvaient, ne pourraient pas gouverner ensemble, préférant miser sur une coalition "Vivaldi" avec bleus, chrétiens et verts. Sauf que les libéraux et le CD&V ont longtemps exigé une majorité bâtie autour des deux plus grands partis du pays PS et N-Va, ou avec une majorité du côté flamand.

Le temps est passé, les passages au Palais se sont multipliés pour tenter de lancer des négociations. Paul Magnette était lui-même chargé en juillet 2020 d'une mission de pré-formation avec Bart De Wever. Mission qui n'a pas abouti. Jusqu'à ce que le CD&V choisisse finalement en septembre de lâcher la N-VA et d'opter pour des discussions pour une Vivaldi....

Et si Alexander De Croo devenait Premier ministre: mieux encore que Papa!

Enfin un poste que son père n’aurait pas exercé avant lui ! Premier Ministre. En effet, si Herman De Croo, 83 ans désormais, a été député, ministre (national, on ne disait pas encore fédéral), bourgmestre de Brakel, président du VLD, ministre d’Etat, président de la Chambre, et finalement député flamand, il n’est jamais allé jusqu’au 16, rue de la loi.

Et c’est clair, en 11 années de vie politique, Alexander De Croo, "fils de", a su se faire un prénom.

Marié, père de deux enfants, Alexander De Croo est né à Vilvoorde le 3 novembre 1975. Il ne se destinait précisément pas a priori à une carrière politique : un master d’ingénieur commercial à la VUB (en collaboration avec la Solvay Business School) en 1998, complété d’un MBA à l’Université de Chicago, travaillant même d’abord plusieurs années (2000-2006) au Boston Consulting Group, un cabinet de conseil international en stratégie d’entreprises. Il avait même fondé sa propre boîte de conseil en propriété intellectuelle, Darts-ip.

Président de parti à 34 ans

Mais le virus de la politique est bien là. Timide… au début. En juin 2009, Alexander De Croo se présentait aux élections européennes pour l’Open VLD, 10e sur la liste, mais n’était pas élu, malgré 47.779 voix de préférence. La surprise viendra de son élection avec 55% des voix (face à Marino Keulen) – alors qu’il n’a aucune expérience significative, aucun mandat électif même pas alors au plan communal -, le 12 décembre 2009, comme président du parti libéral flamand, succédant ainsi à Guy Verhofstadt revenu temporairement à la barre d’un parti en déroute. Un poste qu’avait aussi détenu son père Herman de 1995 à 1997.

Alexander De Croo s’illustre alors d’abord par la volonté de moderniser et relancer son parti, mais on retiendra surtout la décision en avril 2010 de "retirer la prise" du gouvernement fédéral Leterme, faute de solution dans le fameux dossier de la scission de l’arrondissement politique et judiciaire de Bruxelles-Halle-Vilvoorde. Décision qui entraîna la convocation des élections fédérales du 13 juin 2010.

Il sera alors élu sénateur (avec un joli score personnel de 301.917 voix de préférence, troisième meilleur score en Flandre après Bart De Wever et la CD&V Marianne Thyssen) mais l’Open Vld paiera dans les urnes le prix de son accélération du calendrier électoral. Alexander De Croo siégera au Sénat de 2010 à 2012, tout en étant négociateur libéral flamand des accords pour une 6e réforme de l’Etat.

Ministre fédéral depuis 2012

En octobre 2012, durant le même mois, il reprend à la fois le flambeau de son père comme bourgmestre de Brakel et devient ministre fédéral dans l’équipe d’Elio Di Rupo, comme vice-Premier ministre Open Vld et ministre des Pensions, en remplacement de Vincent Van Quickenborne parti ceindre l’écharpe maïorale à Courtrai. Il renonce alors – après 3 ans en fonction – à la présidence de son parti qui reviendra à Gwendolyn Rutten, l’une de ses adversaires lors du scrutin interne de 2009.

Elu député fédéral en mai 2014 (avec 78.000 voix de préférence, premier score de sa province), il poursuit sa carrière ministérielle dans le gouvernement de Charles Michel, comme vice-Premier toujours et ministre de la Coopération au développement, de l’Agenda numérique, des Télécommunications et de la Poste. Sauf qu’à ce moment il semble être quelque peu éclipsé par une autre figure plus populaire au sein de l’Open Vld, à savoir Maggie De Block. Mais son heure reviendra…


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Après le départ de la N-VA du gouvernement Michel en décembre 2018, il était devenu ministre des Finances. Poste qu’il détient toujours aujourd’hui dans le gouvernement de Sophie Wilmès, s’étant notamment illustré récemment par un livre "De eeuw van de vrouw" plaidoyer pour l’égalité hommes femmes ou notamment en menant personnellement les négociations pour un refinancement de la compagnie Brussels Airlines. 

En mai 2020, lors du scrutin interne pour le bureau politique de son parti, il a été élu vice-président de l’Open VLD dont Egbert Lachaert, qu’il avait soutenu, avait été choisi comme nouveau président. Une carrière fulgurante en somme…

 

Extrait de notre 19h30 de ce mercredi 23 septembre :

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