Un film alimentaire zéro déchet, à base de cire d'abeille, made in Wallonie

A l’heure où beaucoup de Belges cherchent à réduire leur production de déchets, les alternatives aux produits jetables se multiplient dans les rayons. Mais par quoi remplacer la feuille d’aluminium ou le film plastique qui recouvrent les aliments et servent de couvercle de protection sur un plat ? Faute de trouver la réponse, un couple de Wallons a décidé de créer son propre film alimentaire écolo et durable, à base de cire d’abeille.

C’est un produit qu’elle vend tous les jours et, consciente de son pouvoir d’attraction auprès de sa clientèle, Stéphanie Mahiat ne perd jamais une occasion d’en vanter les mérites. « Vous avez un verre de jus que vous n’avez pas terminé et que vous ne voulez pas jeter, c’est simple vous mettez le film alimentaire dessus, c’est complètement hermétique, j’ai beau le retourner, ça ne coule pas ». La démonstration est visuelle et les arguments de vente bien rodés. « On peut le réutiliser entre 50 et 100 fois, le tout c’est de le laver entre chaque utilisation. »

Entre ses mains, un film alimentaire réutilisable, son nom Wrapi. Cinq petites lettres, et un engouement qui ne se dément pas. « Un concept très intéressant », dixit un client. « Une invention encore plus efficace que le film plastique », renchérit sa voisine, avant qu’une autre ne conclue : « C’est écolo et en plus et c’est joli, ce qui n’enlève rien ». Des clients emballés par des pièces de coton hexagonales, déclinées en une dizaine de couleurs, qui à en croire Stéphanie Mahiat, à la tête d’un magasin de vrac situé à Jambes, arrivent à point nommé : « la clientèle est vraiment en recherche de limiter ses déchets et le film plastique restait difficile à éliminer. »

« On a passé 6 mois à faire des essais dans la cuisine »

Cette frustration c’est justement ce qui a décidé Alyne François à se lancer. En 2017, aucune marque belge ne propose d’alternative au film plastique. « On s’est dit mais c’est idiot de faire venir des produits du Canada ou des Etats-Unis pour remplacer des produits jetables, autant les faire localement. » 

Première étape, dégoter la matière première. « On fait venir de France un tissu à base coton, non traité, sans produits chimiques et sans métaux lourds. » Deuxième étape, la plus compliquée, parvenir à obtenir un mélange à même de transformer une pièce de tissu en film alimentaire. « En tout on a passé 6 mois à faire des essais dans la cuisine avant de parvenir à la bonne formule », explique François Chasseur, mari d’Alyne, et co-créateur du Wrapi.

Une formule qui assemble trois ingrédients naturels, avec pour chacun, une propriété différente : « La cire d’abeille pour le côté antibactérien afin de préserver les aliments, la cire végétale pour le côté autoadhésif et enfin l’huile de jojoba qui vient apporter de la souplesse au produit. »

Un produit qui a très vite trouvé son public, avec quelque 10.000 pièces écoulées l’année dernière et 40 points de vente en Wallonie, à Bruxelles, mais aussi en France. De quoi obliger la petite entreprise, dont le siège social est toujours situé dans la maison familiale d’Éghezée, à recourir à une main-d’œuvre supplémentaire.

« C’est un troisième bébé pour nous »

Depuis quelques mois, l’enduisage des pièces de coton se déroule à quelques kilomètres de chez eux, dans un atelier de travail adapté. « C’est une manière d’ajouter un objet social au projet en donnant une opportunité d’emploi à des personnes porteuses de handicap » précise Alyne. Aujourd’hui deux ouvrières travaillent en cadence.

Chaque semaine, ce ne sont pas moins de 1000 pièces qui sortent de l’atelier. Avec une promesse, offrir aux consommateurs un emballage non jetable, au sens propre « C’est compostable, donc on peut le mettre dans son compost, ou alors on peut le découper en morceaux et s’en servir comme allume-feu » explique François, occupé à emballer les Wrapi.

Vendu par pack de trois au prix de 21 euros, cet emballage « made in Wallonie » est d’abord une affaire de famille. « C’est un troisième bébé pour nous, c’est le petit dernier de la famille, bon il prend plus de temps que les autres pour l’instant », sourit Alyne. A l’heure de la prise de conscience environnementale, ce couple de touche-à-tout – elle, a une formation d’agronome, lui, est informaticien – propose avec leur innovation une solution simple pour limiter drastiquement sa production de déchets.

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