Un budget wallon "pour jouer les Saint Nicolas dans quelques années"

Budget wallon : simple « rigueur » ou terrible « austérité »?
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Budget wallon : simple « rigueur » ou terrible « austérité »? - © kroll

Oubliés les débats houleux au niveau fédéral. La 6e réforme de l’État a transféré de nombreuses compétences vers les entités fédérées et c’est maintenant aux Régions d’assumer les coupes budgétaires. Un exercice qui s’annonce particulièrement difficile en Wallonie pour les deux années qui viennent. Et selon que l’on soit dans ou hors du gouvernement, la vision du budget passe par des filtres particulièrement déformants.

Comme en France, le débat sémantique fait rage. Et logiquement, l’interprétation que l’on donne du budget varie selon que l’on est, ou non, membre de la majorité à la Région wallonne.

MR : "Tout rejeter sur le fédéral et l’Europe"

Pour Pierre-Yves Jeholet – chef de groupe MR au Parlement Wallon – le temps est clairement à l’austérité : "Le gel des investissements, la taxation, la suppression d’aides aux entreprises, les titres services… Tout cela montre le manque de vision du gouvernement wallon depuis les transferts des moyens financiers du fédéral vers les régions alors que la Wallonie a maintenant les leviers pour agir." Et d’accuser la Région wallonne, "dont les chiffres ne sont pas bons", de rejeter ses propres fautes sur l’Europe et le fédéral.

Ecolo : "Pour jouer les Saint Nicolas dans quelques années"

C’est encore d’austérité dont parle Stéphane Hazée – chef de groupe Ecolo au Parlement Wallon – même si l’angle d’approche est différent : "Les personnes aux revenus élevés ne sont pas attaquées par le gouvernement wallon qui choisit un rythme accéléré pour saigner certains secteurs. Le gouvernement mise sur la possibilité de jouer à Saint-Nicolas dans quelques années lorsqu’on aura oublié ce qui est fait maintenant"

PS : "40% des mesures prises ne concernent pas le citoyen"

Changement de registre avec Christophe Lacroix PS – Ministre du Budget wallon – qui défend le qualificatif de "rigueur" et justifie la rapidité des mesures mises en œuvre : "Nous devons aller vite car nous sommes à la limite du déficit de 3% autorisé pour le PIB d’un État européen et nous devons être loyaux avec le fédéral." Mais il défend que 40% des mesures prises ne concernent pas le citoyen. "Le plan Marshal, le Forem et d’autres institutions sont immunisés de toute d’économie."

cdH : "Les années 2015 et 2016 seront compliquées"

Maxime Prévot – cdH vice-président du Gouvernement Wallon – refuse, lui de jouer au jeu des définitions budgétaires. Il prône l’importance du contenu : "Nous sommes contraints de réaliser un milliard d’euros d’économie et nous avons toujours dit que les années 2015 et 2016 seront compliquées. Nous avons immunisé des secteurs et limité la voilure de nos propres dépenses en réduisant la fonction publique et en limitant les crédits en études et en communication pour ne pas toucher au levier des recettes."

FGTB : "Nous saurons dans trois jours si c’est de l’austérité"

Du côté de la FGTB, on se veut volontairement indécis. Avant de se prononcer sur ce qui qualifie le mieux le budget wallon, Thierry Bodson veut se donner quelques jours, le temps de lever plusieurs inconnues : "Il faut attendre pour connaître toutes les mesures et leur ampleur. Nous saurons dans trois jours si c’est de l’austérité". Mais déjà, le syndicaliste craint que le manque de clarté n’indique que les marges de négociation soient minces ou inexistantes. "Et cela nous ne pourrions pas l’accepter. Pour l’instant on ne voit pas de différence sur la qualité de la négociation sociale entre le fédéral et la Région. Pour nous, l’autonomie fiscale importante dont jouissent maintenant les Régions doit être utilisée, sinon le second pas de rigueur sera totalement insoutenable. Des couches supplémentaires seront mises à charges des Régions et des communes, et notamment par le transfert des charges du chômage vers les CPAS. Et cela n’est pas encore pris en compte dans le budget wallon."

Vincent Reuter : "L’UWE ne doit pas être confondue avec le royaume des Bisounours "

À l’Union Wallonne des Entreprises, Vincent Reuter plaide pour un tissu économique solide et plus étendu qu’aujourd’hui. "L’UWE ne doit pas être confondue avec le royaume des Bisounours. Nous savions que le risque de taxes existait, mais ici, on remet en cause un chapitre essentiel du plan Marshal : la suppression de la fiscalité antiéconomique comme le précompte sur le matériel et l’outillage. Les budgets de recherches et de subvention ont été préservés, mais si on taxe l’investissement, on touche aux lignes de production, on taxe donc la production en Wallonie."

Les communes wallonnes ne veulent pas de zoning

Maxime Prévot justifie pourtant la réintroduction de taxe sur le matériel par un effet pervers de la mesure : "Les entreprises ne réinvestissaient plus. On a réactivé la taxe mais cela reste neutre pour le budget de cette législature (5 ans). L’idée est de permettre aux communes de disposer de ressources pour investir dans les zonings. Nous sommes prêts à discuter pour trouver une alternative le cas échéant".

Au PS, Christophe Lacroix justifie la taxe pour des raisons de finances communales : "Des communes ne veulent plus accueillir les entreprises sans en retirer aucun avantage. Il faut donc un incitant pour les communes. On veut un système qui ne pénalise ni les entreprises, ni les communes." Un argument contesté par Vincent Reuter (UWE) qui rétorque que pour par euro investi, les entreprises rapportent plus à une commune que le résidentiel. Il est rejoint par le MR Pierre-Yves Jeholet pour lequel la réintroduction de la taxe sur le matériel et l’outillage consiste à dire aux entreprises "Nous vous faisons mal, mais c’est pour votre bien".

À nouveau philosophe dans ce combat qu’il veut arbitrer, Thierry Bodson pratique l’art de la synthèse : "Certaines communes préfèrent des jardins et des barbecues que des zonings." Pour le syndicaliste, réinstaurer la taxe pour inverser cela n’est pas la bonne solution, mais comme cette mesure n’interviendra qu’en 2020, une alternative devrait être trouvée durant les 5 prochaines années. Raison pour laquelle l’écolo Stéphane Hazée, propose de réunir syndicats et patrons "plutôt que de se lancer des slogans destructeurs."

La construction à la peine

L’un des secteurs mis en danger par le budget 2015 est celui de la construction. Une crainte que Maxime Prévot explique par le report d’un montant de 300 millions d’euros d’investissements. Mais ce n’est qu’un report, le vice-président  du gouvernement wallon : "Ces 300 millions ne sont pas reportés aux calendes grecques. Les investissements seront lissés dans le temps. Seul le calendrier est modifié."
Une vision non partagée par Ecolo pour qui une partie du report des investissements est bien imputable au gouvernement wallon : "Le budget des primes est réduit de moitié." Se présentant à nouveau comme médiateur, Thierry Bodson veut régler le problème en demandant une consultation des acteurs sociaux. "Le Conseil supérieur de la finance et de la fiscalité en Wallonie n’a jamais été consulté sur ces matières. Étudions les effets d’aubaine sur les primes et prenons des décisions sur des analyses. Ni les syndicats, ni les entreprises n’ont été consultés sur ses matières. Et c’est la même chose pour les titres-services."

Le dernier coup de gueule viendra de Maxime Prévot : "J’en ai marre de ce petit jeu par plateaux de TV interposés. Que le PS accepte qu’il est dans l’opposition au fédéral, que le MR accepte une fois pour toutes qu’il est dans l’opposition à la Région et que chacun travaille là où il occupe des responsabilités pour que l’on puisse bosser sur les dossiers. Ce n’est pas dans l’invective perpétuelle que l’on aura le meilleur climat. On a besoin du fédéral."

Jean-Claude Verset

Pour débattre de l’État des finances wallonnes et de ses conséquences sur votre portefeuille, Baudouin Remy a invité :

Maxime Prévot – cdH – vice-président du Gouvernement Wallon

Christophe Lacroix – PS – Ministre du Budget wallon

Pierre-Yves Jeholet – chef de groupe MR au Parlement Wallon

Stéphane Hazée – chef de groupe Ecolo au Parlement Wallon

Thierry Bodson – FGTB

Vincent Reuter – Union Wallonne des Entreprises

 

 

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