Un an après les élections : quelle évolution pour les partis ?

C’était il y a un an. Cela semble tellement loin. Et pourtant, politiquement, pour ce qui concerne l’échelon fédéral, la situation n’a pas fondamentalement changé : les trois mêmes partis (MR, Open Vld, CD&V) qu’avant les élections sont toujours au gouvernement, qui a reçu la confiance du Parlement uniquement à cause de la situation sanitaire liée au coronavirus.

Le Covid-19 a suspendu les discussions en vue de former un gouvernement, des discussions qui semblent reprendre ces derniers jours. Pour revenir sur cette année politique pas comme les autres, nous vous proposons une série d’articles : nous avons interrogé tous les partis francophones représentés au Parlement.

Et avec chacun d’eux, nous avons évoqué l’impact politique du coronavirus, et sommes revenus sur les élections du 26 mai 2019 et avons posé la question "Faudra-t-il retourner aux urnes au niveau fédéral ?". Ce lundi, nous évoquons l’évolution des partis depuis un an.

Cela doit être une première : hors PTB, tous les partis belges francophones ont changé de président en un peu plus d’an. Jean-Marc Nollet a pris le relais de Patrick Dupriez le 9 novembre 2018, Maxime Prévot a succédé à Benoît Lutgen le 26 janvier 2019, Rajae Maouane a relayé Zakia Khattabi le 15 septembre 2019, Paul Magnette a remplacé Elio Di Rupo le 20 octobre 2019, Georges-Louis Bouchez a suppléé Charles Michel (qui s’était substitué à Olivier Chastel en février) le 29 novembre 2019. Et enfin, François De Smet a hérité de la présidence détenue par Olivier Maingain le 1er décembre 2019.

Un "turn-over" unique dans l’histoire politique belge, en tout cas contemporaine. Qu’ils et elle soient arrivés avant ou après le scrutin du 26 mai 2019 est un détail : ces nouveaux dirigeants de parti ont en commun de devoir relancer leurs formations politiques.


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Tous auront une tâche compliquée, entre questions fondamentales sur l’avenir (cdH), nécessaire refondation après le départ d’une grande figure (PS, DéFI), résistance à la baisse structurelle des résultats électoraux des partis traditionnels, ou encore confirmation d’un succès d’une élection à l’autre (Ecolo). Et même le PTB doit "digérer" son arrivée importante dans tous les hémicycles et veiller à former ses nouveaux élus et collaborateurs.

La crise sanitaire du coronavirus ne fait encore que rajouter un défi supplémentaire pour ces formations politiques. Alors, que s’est-il passé, dans les partis, depuis un an ? Voici quelques éléments de réponse…

Paul Magnette et le PS "dans la continuité"

Le parti socialiste a obtenu ses pires résultats électoraux depuis le suffrage universel de 1948, rappelle Paul Magnette. Pour ce parti de gouvernement qu’est le PS, résister à l’effritement structurel de son électorat est le plus grand défi.

"Chacun rêve toujours de renouer avec des scores électoraux supérieurs à ceux dont il a hérité quand il est devenu responsable, confie-t-il. Mais je suis aussi conscient qu’on est dans un contexte belge et européen, même mondial, extrêmement compliqué."

"Se maintenir à un niveau où on est le premier parti en Wallonie et à Bruxelles et qu’on a la possibilité de former des majorités de progrès, ça reste essentiel."

Avec un tournant "à gauche" ? Alors que le Carolo a souvent été présenté comme le "sauveur" du PS, celui qui allait mettre la barre à gauche, Paul Magnette indique que son parti est "dans la continuité de son histoire. Mais je m’étais déjà aussi beaucoup impliqué les années précédentes, avant d’être président. Le chantier des idées, tout le travail ce qu’on a sur le renouvellement du projet socialiste, qui est désormais écosocialiste, je m’y étais beaucoup impliqué."

Seul changement tangible, pour le moment : la place des femmes. "Chaque nouveau président apporte sa marque. Je crois que la parité et la féminisation des fonctions partout où on le peut, c’est quelque chose à quoi je tiens beaucoup. On a un bureau de parti paritaire, on a essayé que lorsqu’on attribue des responsabilités, de ministre, de chefs de groupe ou ailleurs, qu’on puisse au maximum réaliser la parité, c’est une chose qui me tient très profondément à cœur."

On rappellera qu’au lendemain des élections du 26 mai 2019, le parti socialiste était le pire élève de la classe politique belge en termes de parité.

Au MR, la fin de l’isolement ?

Rarement un parti n’avait vu un tel changement de casting à tous ses étages : présidence, Première ministre, vice-Premier, ministres, cheffe de groupe, présidence de fédération régionale, etc. En un an, il y a eu un changement de génération.

De plus, selon le président Georges-Louis Bouchez, le parti s’ouvre sur d’autres thématiques tout en gardant ses fondamentaux : "Les gens nous attendent sur les questions de fiscalité, d’économie, de fiscalité. Mais on a aussi pris en charge des domaines qu’on avait peut-être trop délaissés ces dernières années : la culture, l’enseignement qu’on a comme première priorité et des points comme l’équilibre vie privée-vie professionnelle, beaucoup d’encrages sur les nouvelles technologies, une autre manière de vivre. Je crois que ce changement nous permet peut-être d’être mieux connectés aux réalités du XXIe siècle."

Politiquement, le Montois voit surtout cette année passée comme celle de la fin de l’isolement politique de sa formation : "Globalement, on était très isolé par une situation politique qui était inédite, seul parti francophone dans la coalition fédérale. Nous avions facilement cinq opposants systématiquement à tous les débats, dans tous les débats en permanence. Ici, on est rentré dans une phase de négociation qui a abouti de façon heureuse en région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles, on a déjà perdu de cet isolement. On a des partenaires comme le PS ou Ecolo".

"La négociation fédérale avançant, ça a aussi ouvert le jeu, poursuit-il. On est un peu moins dans cette logique où tout était la faute du MR, tout était contre nous de façon très artificielle, mais qui était due à la position politique d’être le seul parti francophone du gouvernement fédéral."

Ecolo "est plus fort"

1999, 2004, 2009, 2014, 2019. Pour Ecolo, les années en 9 riment avec succès et les années en 4 avec défaite. L’enjeu principal de la coprésidence Nollet-Maouane sera de faire mentir ce yo-yo électoral systématique depuis la première entrée dans un gouvernement des écologistes.

Depuis un an, Jean-Marc Nollet estime que son parti a mûri, en témoignant les plus de 90% de "oui" pour la montée d’Ecolo dans les gouvernements régionaux, des scores très élevés, ce qui n’était pas nécessairement l’habitude.

Grâce aux succès électoraux du 26 mai 2019, le parti a pu se déployer en termes financiers et en moyens humains – on se souviendra des 300 emplois perdus après la défaite de 2014 – de quoi, selon Jean-Marc Nollet, "retrouver une place dans le schéma politique".

Surtout, pour l’Hennuyer, le contexte politique renforce son parti : "Ecolo est plus fort que par le passé, parce qu’il a son expérience, y compris des moments difficiles. Mais Ecolo devient surtout un parti central, car, les enjeux qu’il porte et la manière dont il les porte sont en résonance avec ce qui se vit, ce qui se dit dans la société".

"Et ça se sent aussi dans les déclarations de politiques régionales : à Bruxelles, sur la Mobilité, en Wallonie, le Climat ou les haies, on voit bien que la marque Ecolo n’est plus seulement un appendice, mais vraiment au cœur des politiques. Et c’est une grande première."

PTB, un parti en "construction"

De deux à douze députés d’une législature à l’autre au fédéral. Au total, tous parlements confondus, de 8 à 38 parlementaires : le PTB a fait un bond de géant, "un grand défi" selon Raoul Hedebouw : "Il faut construire les équipes, les attachés. Il y a des défis énormes pour être à la hauteur de plein de dossiers politiques".

Le Liégeois juge très positivement cette première année et évoque une première "victoire, très symbolique".

"C’est cet amendement 'blouse blanche'. Et avec le recul, quand on voit la crise sanitaire, cet amendement qui a été présenté par le PTB, qui visait à renflouer les caisses des hôpitaux de 400 millions d’euros avait été décrié comme 'populiste', que c’était 'impossible', 'qu’on ne peut pas utiliser autant d’argent'."


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Le rapport de force – qui est venu avec le combat des blouses blanches sur le terrain, dans les hôpitaux avec les syndicats tous les mardis –, on a vu qu'il était arrivé petit à petit dans le monde politique. Et quand on l’a présenté les partis de gauche ne pouvait pas faire autre chose que de suivre. Finalement, on a aussi vu les partis de droit dire 'Ok, oui, on doit voter', tellement y avait une pression."

"Cette dialectique est intéressante, car elle est devenue réelle. Cela fait des années que je dis qu’il y a une interaction entre le parlement et l’extraparlementaire. Là, on l’a vu, on voit qu’on avait été précurseur dans une alerte, qu’on avait sentie, car, nous, on est on les deux pieds sur les terrains."

Au cdH, l’espoir qu’il fera beau demain, et le "bon sens"

La question de la survie du cdH se pose depuis de longues années. Benoît Lutgen n’a pas été en mesure de redresser la barque humaniste. Arrivé quelques semaines avant le scrutin de 2019, Maxime Prévot n’a pu que constater la faiblesse électorale désormais structurelle de son parti.

Des six formations politiques francophones présentes à la Chambre, le cdH est celui qui a le plus à perdre (et à gagner) des années à venir.

Les humanistes se sont lancés dans un processus de refondation, "Il fera beau demain", processus en cours avant que la pandémie n’éclate. Pas de quoi freiner Maxime Prévot : "On avait prévu de faire du porte à porte, des dizaines de milliers de contacts physiques avec les gens, pour leur prêter une oreille attentive. Le contexte sanitaire ne l’a pas permis. Ce n’est que postposé. En attendant, on a utilisé les moyens virtuels pour travailler, avec une plateforme, ilferabeaudemain.team, sur lequel les gens ont pu déposer des idées".

"On n’a pas abandonné ou mis de côté ce processus de refondation, parce qu’il est essentiel, assure le Namurois. Pas seulement pour le cdH, mais plus globalement, on voit que la société aspire à autre chose."

Maxime Prévot parle d’un processus "enthousiasmant" et sans guère d’œillères politiques : "On doit quitter les costumes historiques de la gauche, de la droite, des 'socialo', des 'écolo', des 'humano', des libéraux. On doit être dans une démarche où finalement, on prend le meilleur de chacun sans réfléchir à savoir si on se sent de gauche ou de droit. Je suis pour le bon sens, pour l’efficacité dans l’action, pour les gens. Il n’y a pas une seule école en matière politique, qui a dans ses mains, toutes les bonnes réponses."

Une question de survie pour le cdH ? "Ne rien faire, c’est un risque. Les gens font la démonstration dans leurs votes qu’ils ne croient plus dans les partis historiques, traditionnels, ni dans leur capacité à venir avec des réponses à leurs besoins quotidiens", argumente le président orange.

Selon lui, il y a "la nécessité d’une recomposition politique dans les idées, avant de voir si ça doit concerner les acteurs politiques aussi".

Le Défi d’une nouvelle génération

Une première pour DéFI en 25 ans : se choisir un nouveau président de parti. François De Smet élu, il admet que quelques mois avant d’être choisi, "ce n’était pas du tout quelque chose de prévu". Pour le Bruxellois, DéFI est "à un moment important de son histoire".

"On a pris quelques virages dans de bons moments : avec le MR quand il le fallait et en arrivant à s’en dé-scotcher quand il est devenu trop néolibéral, trop proche d’une certaine droite, trop nationalisto-compatible, comme il l’a prouvé à partir de 2014. Même si le FDF n’était pas parti en 2011, il aurait dû vraisemblablement le faire en 2014, au moment du gouvernement avec la N-VA."

DéFI, dit-il, "a aujourd’hui une place de libéral-social, de centre, centre-gauche, ça dépend des sujets, intransigeant sur les droits fondamentaux. C’est un parti qui a bien négocié le virage communautaire. Le parti aurait dû disparaître après la scission du BHV. Eh bien non."

"Aujourd’hui, je crois que c’est un succès, le fait qu’on demande l’avis de DéFI et qu’on soit un parti crédible sur tous les sujets prouve qu’on a conquis une place dans l’électorat qui ne se réduit pas à la défense des Francophones. On garde toute notre place, nous réinventer."

Reste, bien entendu, à réussir ce déploiement wallon qui se fait attendre depuis bientôt une dizaine d’années. Et surtout, alors qu’Olivier Maingain, Bernard Clerfayt et Didier Gosuin entament, chacun à leur rythme, le crépuscule de leur carrière politique, la priorité du parti est connue selon le président amarante : "Il faut que le parti soit le parti de plus que d’une, deux ou trois figures. Que mon mandat soit court ou long, il sera réussi si le parti est identifié à 5 ou 10 figures".

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