Un an après les élections : trois députés entre désillusion et espoir

Alexia Bertrand est l’aînée, même si la députée bruxelloise MR n’a que 40 ans. A peine plus que la parlementaire socialiste mouscronnoise Fatima Ahallouch, 38 ans. Et à 27 ans, le cadet de ce trio de circonstance est un élu écologiste hutois, Rodrigue Demeuse.

Ces trois-là ont au moins un point en commun : le 26 mai 2019, ils ont été élus pour la première fois dans leur parlement régional, à Bruxelles ou à Namur. Ils se croisent d’ailleurs aussi régulièrement sur les bancs d’une assemblée commune, à la Fédération Wallonie-Bruxelles.


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Un an après, c’est l’heure d’un premier bilan croisé, hors parenthèse exceptionnelle liée à la crise du Covid-19 et aux pouvoirs spéciaux accordés aux gouvernements.

Le grand saut

26 mai 2019 donc. Point d’orgue d’un engagement et d’une campagne. "J’avais envie de changer des choses, de proposer, de pouvoir débattre, et d’amener des idées nouvelles", se souvient Alexia Bertrand. "J’avais la volonté d’agir comme relais de la société, des associations, des entreprises, pour rapprocher le citoyen du monde politique", poursuit Rodrigue Demeuse. Le soir du jour J, les trois candidats se muent en élus. Fatima Ahallouch vit alors "un grand moment de satisfaction" mais a aussi le sentiment d’être emportée "dans une sorte de tourbillon".

Passé le moment de la prestation de serment et de la photographie main levée, pour l’histoire, il faut prendre ses marques et découvrir un monde nouveau. "Quand on débarque comme jeune député, on est d’abord impressionné de se retrouver assis à côté de gens qu’on voyait à la télévision. C’est bizarre, mais on s’habitue vite et c’est assez facile de trouver sa place avec sa personnalité et ses convictions", estime le député Ecolo. "On se sent rapidement au cœur de l’action, pour faire remonter les préoccupations du terrain, notre rôle essentiel", ajoute sa collègue socialiste.

Lourdeur

Les assemblées parlementaires ont entamé ces dernières années un lent travail de modernisation de leurs pratiques. Mais il n’a pas fallu longtemps à ces nouveaux élus pour se rendre compte du chemin encore à parcourir.

"Il y a effectivement un côté très rigide et des lenteurs dans le processus parlementaire. Il y a des habitudes et une façon de faire de la politique qu’il faut encore faire évoluer. Je préférerais moins de longs discours et plus d’action et de co-construction", constate Rodrigue Demeuse.

Alexia Bertrand enfonce le clou : "On sait ce que c’est le jeu politique majorité-opposition, mais, le vivre de l’intérieur, c’est encore différent. On se rend compte qu’il y a des clivages qu’il est difficile de transcender, même avec une nouvelle génération et des personnes de bonne volonté".

"C’est vrai que ça manque de dynamisme, que c’est lourd, que ça prend du temps, et c’est parfois frustrant, reconnaît Fatima Ahallouch. Mais est-ce qu’on doit subir la tyrannie de l’instantané ? Prenons l’exemple des auditions. Aux yeux de certains, ça ne sert à rien. Je ne suis pas d’accord. Nous avons besoin d’expertise pour nourrir nos actions. Cette lenteur, c’est aussi le prix du système démocratique, et on n’a pas trouvé mieux pour l’instant."

Le rapport aux citoyens

Ces parlementaires se sont aussi lancés dans l’arène au moment où le monde politique est en déficit d’image et de confiance auprès d’une large partie de la population.

"C’est vrai, et on ne pourra répondre aux aspirations des citoyens qu’en leur donnant plus de place au sein des institutions, estime Rodrigue Demeuse. Il y a eu des améliorations ces dernières années, mais il y a encore du boulot pour ouvrir davantage les portes du parlement, notamment en créant des commissions mixtes, constituées d’élus et de citoyens tirés au sort."

Plus de participation citoyenne : l’ambition est partagée par les deux élues de Bruxelles et de Mouscron, mais l’une et l’autre tordent aussi le cou à certains a priori.

"Le mandataire politique déconnecté des citoyens ? Je ne me reconnais pas du tout dans cette affirmation, déclare Fatima Ahallouch. Nous sommes confrontés aux mêmes problèmes de garde d’enfants, d’enseignement, d’offre de transport en commun ou d’offre culturelle pour ne citer que quelques exemples. Je me souviens qu’un jour, alors qu’un individu avait volé le sac d’une parlementaire, certains avaient réagi en disant : 'Comme ça, elle saura ce que c’est'. Mais non ! Nous ne sommes pas immunisés, nous sommes dans la société comme les autres. Je ne me sens pas du tout déconnectée du terrain."

"Avant d’être des élus, nous sommes des citoyens, rappelle Alexia Bertrand. On n’a pas changé en entrant dans l’institution parlementaire. Ce qui change, c’est d’intégrer un système majorité-opposition. Mais si vous mettez une vingtaine de citoyens ensemble, ils vont se retrouver dans une logique similaire. Ils ne seront pas tous d’accord, ils auront aussi des débats. Donc, il faut bien entendu débattre avec eux, il faut évidemment accentuer la participation citoyenne. Mais je crois encore et toujours en la démocratie représentative, avec des députés qui assument et qui doivent rendre des comptes."

Motivation intacte

Un an après les élections, quatre ans avant la fin de la législature, ces trois nouveaux élus ont conservé l’entrain initial. Après cette année "riche et mouvementée" – dixit Fatima Ahallouch –, Rodrigue Demeuse a "toujours la même énergie et la même motivation" pour ce mandat "passionnant", et pour affronter l’après-crise sanitaire, "un enjeu énorme".

Alexia Bertrand reconnaît avoir traversé parfois "des moments de désillusion et de découragement du fait de ne pas avoir un impact direct qu’on peut voir, sentir, toucher". Mais elle aussi reste satisfaite de son engagement, et du mandat qui en découle, avec la "conviction intime que le travail parlementaire reste très important".

Sujet du JT du 24/05/2020 - Gouvernement fédéral: qui veut des élections?

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