Twitch va-t-il révolutionner la communication des personnalités politiques belges ?

Twitch : où en sont les personnalités politiques belges ?
Twitch : où en sont les personnalités politiques belges ? - © Capture d'écran Twitch

Meetings, cérémonie de vœux, rencontres citoyennes, avec la crise sanitaire, les personnalités politiques ont dû se réinventer pour dialoguer avec leurs électeurs. Certains se sont donc dirigés vers Twitch, une plateforme leur permettant de faire des vidéos en direct.

Twitch, c’est le phénomène du moment. À la base, c’est un réseau social lancé en 2011 et qui est consacré au monde des jeux vidéo. Chaque jour, des millions d’utilisateurs se branchent avec leur webcam et leur micro pour proposer un live à leurs abonnés. Ils y proposent des parties de FIFA, Fortnite ou encore Call of Duty et discutent avec leur communauté pour apprendre les trucs et astuces qui leur permettront de s’améliorer. Depuis son rachat par Amazon en 2014, le phénomène prend de plus en plus d’ampleur et s’est même renforcé avec la crise sanitaire.

En janvier dernier, on comptait en moyenne 1,3 million de spectateurs aux quatre coins de la planète connectés au même moment et près de 4 millions d’utilisateurs au total.

L’objectif : ne pas se faire devancer par les autres

Parmi les nouveaux utilisateurs du réseau, on retrouve plusieurs partis et personnalités politiques. Avec Twitch, ils découvrent une manière de rester en contact avec leurs électeurs, bloqués chez eux. Pour Nicolas Baygert, spécialiste en communication politique, les personnalités politiques vont sur Twitch pour "suivre un effet de mode et ne pas être dépassés par ces nouvelles technologies". Il met en avant le choc des résultats des dernières élections qui avaient vu grimper le Vlaams Belang grâce à sa forte présence sur les réseaux sociaux. Selon lui, les partis ont tiré les leçons du passé. Ils ont pris conscience que "la différence d’investissement dans les réseaux sociaux avait eu un impact sur les résultats".

Aller sur la plateforme leur permet de séduire un autre public, plus jeune. "Sur Twitch, les personnalités politiques vont toucher un public de gens curieux, un peu geek et qui veut participer à ce type d’échanges et non à des entretiens cadenassés comme on peut le retrouver dans les médias traditionnels", analyse Nicolas Baygert. Ce type d'exercices permet de s'éloigner des prises de parole qu’on peut retrouver dans des meetings politiques. Là-bas, "on touche un public qui n’est pas seulement composé de partisans de nos idées et cela permet de créer du débat".

Une manière d’échanger de manière plus décontractée que dans les médias traditionnels

Ces derniers mois, nous avons donc vu plusieurs personnalités politiques francophones se lancer sur le réseau. Une des premières qui a tenté l’expérience, c’est la députée écologiste bruxelloise Margaux De Ré. En janvier, elle a organisé une discussion avec des experts, des professeurs et des internautes pour discuter du cyberharcèlement. Pendant plusieurs heures, ils ont parlé des améliorations possibles sur le sujet. Au final, elle a utilisé son live pour agrémenter un texte législatif sur laquelle elle travaillait en y ajoutant plusieurs propositions issues des discussions. "Ce type de plateforme permet de tirer clairement profit du fait que tout le monde soit enfermé. On ressent que les gens ont envie de discuter et de débattre, ce qui est assez paradoxal quand on voit que le monde est un peu en pause depuis le début de la crise", explique l’élue bruxelloise.


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Le Parti socialiste a lui aussi décidé de lancer sa propre chaîne. Paul Magnette a déjà organisé deux directs pour discuter avec ses électeurs. L’occasion pour lui de "parler de tout et de rien" avec son électorat. Dans l’une de ses vidéos, il se réjouissait d’avoir trouvé "une manière d’échanger de manière plus décontractée que dans les médias traditionnels". Une relation qu’il faut maintenir à tout prix car "les combats pour lesquels les personnalités politiques se battent ne peuvent être rapportés aux personnalités politiques sans le contact humain, sans le dialogue".

Durant une heure, il n’était pas seulement question de politique. Le président socialiste s’est prêté au jeu du classement des meilleures bières belges et il a aussi dû retrouver une localisation précise en se baladant virtuellement dans les rues d’une ville.

Un phénomène plus marqué en France

Niveau audience, c’est difficile de quantifier les résultats des personnalités politiques belges. Lors du dernier live de Paul Magnette, on dénombrait en moyenne une centaine de participants en simultané. Un score qui est loin du nombre de vues faites par certains hommes politiques français. Chez nos voisins, ils se bousculent au portillon pour aller sur la plateforme. Le premier à se lancer était Jean-Luc Mélenchon. Lors du premier confinement, il s’est servi de la plateforme de streaming pour garder un lien avec les Insoumis. 

Ces derniers jours, ce sont surtout les passages de François Hollande et de Jean Castex chez Samuel Etienne qui ont montré l’ampleur que pouvaient prendre les interventions sur le réseau. L’interview de l’ancien Président français a réussi à réunir plus de 100.000 personnes en simultané et de se positionner comme vidéo la plus vue au monde au moment de sa diffusion. Un succès qui est lié à la forte communauté de l’animateur de France Télévisions.

Où s’arrêtera le phénomène Twitch ? Pour Nicolas Baygert, cela continuera de marcher tant que les codes sont respectés. En venant sur la plateforme, les viewers attendent de la discussion mais surtout de l’interaction. Ils ne viennent chercher ce qu’on pourrait trouver en allumant la télévision.


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C’est d’ailleurs un des reproches qui a été fait suite au passage de Jean Castex chez Samuel Etienne. Pour de nombreux spectateurs, le Premier ministre français n’a pas su s’adapter aux codes de la plateforme. Et les internautes n’ont pas hésité à le faire remarquer. Une chose est néanmoins sûre, c’est que la relation entre Twitch et les personnalités politiques est loin d’être terminée.

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Soir Première 05/03/2021

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